Les spéculations allaient bon train depuis la publication du Livre blanc de la défense et de la sécurité nationale en juin. Le premier ministre François Fillon a révélé l’étendue des dégâts dans une conférence de presse jeudi.
Le gouvernement prévoit le départ de 54 000 hommes - 20 % des effectifs actuels - et la suppression de 83 unités militaires à travers la France à partir de 2009. Vingt ans après la chute du mur de Berlin, ce sont les régions Est et Nord de la France, dont l’intérêt stratégique a fortement diminué, qui sont le plus touchées.
Dans les villes de garnison concernées, municipalités et administrés se sont mobilisés pour manifester leur attachement aux troupes et leurs craintes pour l'économie locale. Mais ce ne sont pas les seuls à être attaché à l'armée.
A en croire le baromètre annuel "Les Français et la Défense" du ministère de la Défense publié le 22 juillet, 87 % des personnes interrogées ont une bonne image des armées françaises, le plus haut niveau depuis mars 2000.
Jean-Vincent Brisset, ancien général de l’armée de l’air et chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), réagit aux principales conclusions de l’étude réalisée par BVA.
Que pensez-vous de la nouvelle carte militaire française présentée ce matin par le Premier ministre ?
En tant qu’ancien commandant de la base de Brétigny-sur-Orge dont la fermeture a été annoncée ce matin, je ressens une certaine tristesse. On a l’impression d’un gaspillage, toutes ces dépenses d’argent pour quelque chose qui ne dure pas. C’est une réforme qui arrive après beaucoup d’autres mais elle est plus lourde que les autres. Les premières grosses coupes datent de 1958-59 et les effectifs ont été divisés par trois depuis la Guerre d’Algérie.
Les Français ont une bonne image de l’armée alors que celle-ci semble ressentir un certain malaise lié notamment aux réformes.
Depuis la fin du service militaire les rancœurs et l’image de l’adjudant chef alcoolique tendent à disparaître. Les Français ne sont pas si bêtes, ils savent que l’armée est là quand on en a besoin.
J’ai l’impression qu’il y a plus de malaise chez les anciens militaires que chez les militaires en activité. Si l’éducation nationale ou une autre administration avait subi le quart du dixième de la moitié de ce qu’on a imposé à l’armée depuis des années - baisse de 20 % des effectifs disponibles et division par deux des moyens matériels - il y aurait déjà des drapeaux rouges et du sang sur les murs. Chez les militaires, il y a surtout une tristesse, une nostalgie.
L’étude montre que les Français jugent, pour leur grande majorité, légitimes les interventions de l’armée française à l’étranger. Qu’en pensez-vous ?
Les Français sentent le danger. A force de mieux s’informer, ils ont compris qu’il y avait des retentissements possibles en France de ce qui se passe au Pakistan.
La majorité des Français adhèrent aux réformes engagées par le ministère de la Défense. Au sein de l'armée, certains critiquent l’importance donnée au renseignement plutôt qu’au renouvellement de l’équipement dans le Livre blanc. Ne risque-t-on pas d’aboutir à une armée certes mieux renseignée mais moins capable d’agir ?
Si on arrive à mettre une bombe sur un poste de commandement ennemi, est-ce que ce n’est pas mieux que de tirer sur une centaine de fantassins en première ligne ? J'ai une critique à l’égard du Livre blanc. Il faut garder des gens au sol pour occuper le terrain et exercer une contrainte comme en Afghanistan, même si ce ne sont pas des bataillons entiers.
Les Français soutiennent à 88 % une Europe de la défense. L’idée a-t-elle fait son chemin au sein de l’armée ?
L’armée française a toujours travaillé avec l’Otan même si la France est partie du commandement intégré. Elle fonctionne selon les règles en vigueur à l’Otan. Et les militaires français ont toujours travaillé avec des étrangers. L’idée d’une défense européenne n’existera pas tant qu’il n’y aura pas de mesure concrète et c’est un travail exclusivement politique. Si on dit aux militaires, on consacre ça de budget et vous êtes tant, ils s’y mettront .














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