Dans la salle d'attente du Borinquen Center, la plupart des patients sont des habitués. Cette clinique de Miami est devenue un véritable refuge pour ceux qui ne peuvent se payer une couverture santé.
"Dans une clinique privée, il vous faut payer d'emblée entre 250 et 350 dollars au premier rendez-vous", explique le directeur du centre de soins Paul Velez. Ici, les patients les plus démunis paieront le dixième de ce prix.
"On doit souvent attendre des heures, mais il n'y a qu'ici que je peux faire soigner toute ma famille sans trop payer", explique une femme, assise dans la salle d'attente avec son mari et ses enfants. Comme beaucoup de patients, elle vient de Little Haïti, le quartier haïtien de Miami, situé à quelques rues du centre de santé.
Depuis son ouverture en 1972, le centre s'est enrichi en personnel et a ouvert des antennes dans deux autres quartiers de la métropole floridienne. Il accueille aujourd'hui plus de 20 000 patients par an.
Aux Etats-Unis, les centres de soins primaires sont subventionnés par un budget fédéral. Le centre Borinquen reçoit 10 millions de dollars par an. Cela permet de rémunérer 11 médecins, 4 dentistes, des travailleurs sociaux, infirmières et psychologues, ainsi que deux psychiatres. De tels centres se font de plus en plus rares, car ils ne sont pas toujours rentables, et surtout peu ont réussi à durer aussi longtemps.
Nadia Ade s'occupe du programme "Healthy Start" pour les femmes enceintes et les jeunes enfants. "On leur apprend à nourrir leur enfant et à bien les soigner", raconte-t-elle. "Je me rends aussi chez elles car la plupart d'entre elles n'ont pas de voiture". Sonia, une mère célibataire de 22 ans, n'est pas éligible pour le programme Medicaid, réservé aux 2 % les plus pauvres de la population : "Alors il me faut compter sur d'autres programmes et d'autres formes d'aides. Je ne peux pas payer une assurance pour moi et mon enfant. Heureusement, en Floride, il existe des systèmes d'aides, notamment pour assurer les enfants, et des centres comme celui de Borinquen."
Par peur de payer, les patients se soignent trop tard
Une échelle de paiements variables a été instaurée selon les revenus des malades : 25 dollars une consultation en premiers soins pour les patients dit A, les plus pauvres, un peu plus pour effectuer une radiographie ou pour des soins dentaires (entre 45 et 60 dollars). Les patients de catégorie B paient 35 dollars, alors que les malades les plus aisés doivent payer jusqu'à 140 dollars, pour les mêmes types de soins.
Pour Paul Velez, cette échelle de paiements pourrait constituer une solution aux difficultés du système de soin américain. "Nous sommes le secret le mieux garder du pays", ironise le directeur de Borinquen. "Les centres de soin de proximité sont la solution la plus concrète pour améliorer notre système de santé. Le plan idéal, c'est d'établir des échelles de paiements comme nous le faisons !". Avec ses tarifs et grâce aux subventions publiques, le centre parvient à équilibrer son budget. Mais pas a réaliser des profits, d'où le faible nombre de ce genre de centres aux Etats-Unis.
Borinquen est un véritable refuge pour les Américains non assurés, assure Paul Velez, et encore plus pour les étrangers en situation illégale. "Le problème", explique-t-il, "c'est que les malades ont peur de payer et se soignent souvent trop tard". "800 000 personnes non assurées à Miami ! Pour une population de 2,5 millions d'habitants, c'est près d'un tiers", insiste Deborah Gracia, médecin au Borinquen Center.
Sur une population de 300 millions, près de 50 millions d'Américains ne disposent d'aucune couverture maladie. Approximativement 90 millions de personnes dépendent, elles, des programmes fédéraux destinés aux personnes âgées ou sans ressources. Enfin, 15 % des Américains seraient "sous-assurés", selon les données publiées par un think tank américain, le Commonwealth Fund. Leurs assurances se révélant insuffisantes, ces personnes doivent donc débourser des sommes considérables pour des gestes médicaux dont elles ne peuvent pas se passer. La plupart du temps, elles cessent pratiquement de se soigner…
La santé devient plus que jamais un enjeu politique
Paul Velez s'inquiète pour l'avenir de la santé dans son pays. Il se souvient de l'échec du dernier plan de sécurité sociale universelle. Présenté par la première Dame Hillary Clinton en 1993, le plan avait fait l'unanimité contre lui pour finir par rester lettre morte. "C'était un projet parti d'en haut, des bureaucrates", insiste-t-il. "Personne n'est venu voir le travail du personnel médical sur le terrain ni consulter les besoins des patients".
Mais depuis, le dossier de l'assurance-maladie est devenu un sujet de préoccupation majeur des électeurs et les candidats à l'élection présidentielle de novembre 2008 ont tous deux pris position sur le sujet, promettant – chacun à leur façon – de rendre l'assurance médicale universelle. "J'ai besoin d'entendre une vision claire, un programme fort pour la santé de la part des deux partis", insiste Paul Velez.
"Ce que nous voulons, c'est continuer à fournir des soins de qualité à un coût raisonnable", avoue Mme Gracia. "Mais nous ne sommes pas un hôpital. Quand un patient a besoin de soins plus poussés, il nous faut l'envoyer au Jackson Memorial de Miami. Et là, certains patients ne peuvent pas payer".














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