Le torchon brûle entre Le Caire et Téhéran. C’est un film iranien intitulé "L’Exécution du Pharaon" qui a mis le feu aux poudres. Il relate l’assassinat de l’ancien président égyptien, Anouar el-Sadate, en 1981. L’assassin, Khaled Istambouli, y est érigé en martyr alors que l’ex-chef de l’Etat égyptien y est décrit comme un traître pour avoir signé, en 1978, les accords de Camp David, qui marquent la reconnaissance d’Israël par l’Egypte.
Côté égyptien, la réaction ne s’est pas fait attendre. Le 9 juillet dernier, le gouvernement a convoqué le représentant des intérêts iraniens au Caire, exigeant des éclaircissements sur ce film.
La presse égyptienne - notamment la presse officielle - s’est "saisie" du dossier criant au scandale et menaçant de réagir en réalisant un film qui nuirait à l’image de l’imam Khomeiny, le défunt Guide de la Révolution iranienne. "Je ne crois pas que ces menaces seront mises à exécution", déclare toutefois Tarek Mounir, journaliste égyptien.
Quand le football s’en mêle
Etonnamment, c’est sur le terrain sportif que l’Egypte a décidé de réagir. Par la voix de son président, Samir Zaher, la Fédération égyptienne de football a annoncé qu’elle annulait le match amical qui devait opposer, le 20 août prochain aux Emirats arabes unis, son équipe nationale à l’Iran. Saisie par Téhéran, la Fédération internationale de football (Fifa) n’a pas encore statué. "On observe aujourd’hui ce que j’appellerais le ‘syndrome de la diplomatie du football’. Au vu de la popularité de ce sport dans le monde arabe, annuler un match de football est un moyen de montrer son mécontentement", conclut Tarek Mounir.
"L'Iran a rompu ses relations diplomatiques avec l'Egypte en 1980 en signe de protestation à la signature des accords de Camp David. Les relations entre les deux pays se sont encore envenimées lorsque les autorités iraniennes ont donné le nom de Khaled Istambouli à une rue de Téhéran, affirme Bernard Hourcade, directeur de recherche au CNRS, spécialiste de l’Iran. Il y a eu cependant une période de ‘détente’ entamée en 2004 lorsque l'Iran a annoncé vouloir débaptiser la rue et l’appeler Intifada en hommage aux Palestiniens. Mais cela n’a pas été officiellement fait puisque, aujourd’hui encore, l’appellation de cette rue demeure floue, variant d’Intifada à Istambouli au gré des relations qu’entretiennent les deux pays", précise le chercheur.
"La situation restera bloquée"
Ces derniers mois, les deux pays travaillaient à la "normalisation" de leurs relations diplomatiques. Le président égyptien Hosni Moubarak et son homologue iranien Mahmoud Ahmadinejad se sont entretenus au téléphone afin de discuter de la crise au Proche-Orient.
Hussein Darar, ministre-adjoint égyptien des Affaires étrangères, avait également effectué une visite à Téhéran. Il a rencontré des responsables iraniens au début de 2008. "Les deux parties ont qualifié les discussions de constructives et ont décidé de les poursuivre", précisait alors un communiqué publié à l’issue de ces entretiens. Un équilibre qui reste "fragile" pour les spécialistes. D’après François Géré, président de l’Institut français d’analyses stratégiques (Ifas), "la diffusion du film démontre l’extraordinaire fragilité des améliorations récentes entre les deux pays". Ce fragile équilibre est-il réellement menacé ?
"La diffusion du film risque de faire avorter les récentes tentatives visant à élever la représentation diplomatique entre les deux pays, avance Bernard Hourcade. Tant qu’il n’y a pas d’intérêts politiques majeurs, la situation restera bloquée puisque qu’il existe un groupe de personnes à l’intérieur même du régime iranien qui prône l’isolement du pays par rapport au monde arabe. La diffusion de ce film n’est certainement pas neutre", conclut Bernard Hourcade.



















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