- Révision constitutionnelle - Turquie - Voile
La justice turque se penche sur la demande de dissolution de l’AKP, le parti au pouvoir accusé par ses opposants de porter atteinte au principe de laïcité. Si par le passé, les juges ont déjà interdit des formations politiques pour ce même motif, "c’est la première fois qu’ils doivent se prononcer sur un parti qui bénéficie d’un aussi grand soutien populaire", observe Assia Shihab, correspondante de FRANCE 24 à Istanbul, avant de rappeler que l’AKP a rassemblé près de 47 % des voix aux dernières élections législatives, en juillet 2007.
Outre la demande de dissolution, le tribunal doit également se prononcer sur l’interdiction faite au Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, au président Abdullah Gül et à 69 autres dirigeants de l’AKP d’appartenir à un parti politique pendant cinq ans.
"L’acte d’accusation ne contient pas de preuve réelle, poursuit Assia Shihab. Le procureur à l’origine de la saisine de la Cour constitutionnelle s’est beaucoup inspiré de plusieurs discours du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan où, à chaque fois, l’AKP est un peu limite." Parmi les décisions qui prêtent à commentaire, l’autorisation du port du voile islamique à l’université, qui a été censurée par la Cour constitutionnelle, la même qui délibère sur le sort de l’AKP.
La question européenne
Pour le camp laïc, cette décision – comme celles restreignant la vente d’alcool – exprime la volonté de l’AKP d’imposer un régime islamiste. Les observateurs considèrent qu’environ un tiers de la population est opposé à l’ingérence de la religion dans la vie de tous les jours, et que, parmi eux, il existe un noyau dur de laïcs militants qui craint que le pouvoir actuel finisse par imposer la charia (loi islamique).
A moins que les laïcs ne se saisissent de cet argument pour reprendre les rênes du pays. Ils sont en particulier opposés à l’entrée de la Turquie en Europe, alors que l’AKP a lancé le pays dans les négociations d’adhésion. Telle est l’analyse d’Assia Shihab, pour qui "ce procès est le dernier épisode du conflit entre l’AKP et l’élite laïque. Au-delà de la vraie question de la religion, il s’agit surtout d’une lutte de pouvoir." Et d’ajouter : "Le vrai problème, c’est l’Union européenne. Une nouvelle crise politique pourrait conduire à suspendre le processus d’adhésion de la Turquie."
La Cour critiquée
La Cour constitutionnelle est composée de 11 membres, dont huit ont été nommés par l’ancien président turc, Ahmet Necdet Sezer, défenseur de la laïcité, opposé à l'AKP. Sept voix sont nécessaires pour prononcer la dissolution de l’AKP. "Ce type de cour est censé trancher sur la constitutionnalité des lois, or elle est plutôt en train de juger la nature même du gouvernement", commente Jasper Mortimer, également correspondant de FRANCE 24 à Istanbul.
Consultant indépendant spécialiste de la Turquie, Grenville Byford est encore plus critique : "Cette Cour a pris des décisions absolument ineptes qu’aucune juridiction occidentale n’aurait prise, déclare-t-il à FRANCE 24. On dirait qu’ils font la loi au fur et à mesure qu’ils jugent."
Le gouvernement d’Erdogan populaire
La justice peut soit classer l’affaire, estimant les preuves insuffisantes, soit décider de sanctions financières contre l’AKP. Elle peut aussi le dissoudre, mais sans interdire ses membres d’activité politique, ou décider les deux à la fois. Dans ces dernières hypothèses, des élections anticipées seraient organisées. Et même si Erdogan ne peut se présenter sous l’étiquette d’un parti, rien ne lui interdit de se présenter de façon indépendante.
"Selon les sondages, le gouvernement gagnerait de nouveau si des élections devaient être organisées, rapporte Jasper Mortimer de FRANCE 24. Les Turcs ne se sentent pas menacés par l’équipe d’Erdogan. Ils sont plutôt préoccupés par l’emploi et l’inflation. Et sur ces deux points le pouvoir affiche de bons résultats."
Le consultant Grenville Byford estime, quant à lui, que "ce serait une erreur de croire que les Turcs vont laisser passer" une décision de la Cour condamnant l’AKP.
De leur côté, les responsables politiques du pays attendent avec nervosité la conclusion de cette affaire. Le Premier ministre a demandé au Parlement de prolonger sa session, pour pouvoir être convoqué en séance à tout moment.
L’audience de la Cour constitutionnelle se déroule dans un contexte tendu, au lendemain d'un double attentat qui a fait une quinzaine de morts à Istanbul, et après le récent feu vert donné au procès d’un réseau nationaliste accusé de fomenter un coup d’Etat.

























Commentaires (1)
Ne pas confondre,
« « Laïcité stricte » et équité stricte avec des questions nécessairement entièrement convergentes »
Du moins dans mon entendement.
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