30 juillet 2008 - 16H28
- AKP - Turquie

La justice turque ne dissout pas l'AKP
La Cour constitutionnelle turque a rejeté la demande d'interdiction de l'AKP, parti au pouvoir accusé d'atteintes aux principes de la laïcité. Le Premier ministre Erdogan affirme que son parti continuera de protéger les valeurs républicaines.

La Cour constitutionnelle turque a rejeté mercredi une demande d'interdiction du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, évitant à la Turquie une crise politique majeure et de nouvelles tensions avec l'Union européenne.
   
"Il a été décidé de ne pas dissoudre le Parti de la justice et du développement (AKP)", issu de la mouvance islamiste, a annoncé le président de la cour Hasim Kiliç devant la presse.
   
Mais "le fait que 6 juges (sur 11) se soient prononcés en faveur d'une interdiction constitue un sérieux avertissement adressé à ce parti", accusé d'"activités anti-laïques", a souligné M. Kiliç.
   
Un accord de sept juges, c'est-à-dire une majorité qualifiée, était nécessaire pour interdire l'AKP, formation issue de la mouvance islamiste et dont les membres se présentent comme des "démocrates conservateurs".
   
Aux termes de l'arrêt rendu public, aucun membre de l'AKP, dont le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et plusieurs de ses ministres, ne seront interdits d'appartenance à un parti politique pendant cinq ans comme le réclamait le procureur général, qui visait au total 71 membres de l'AKP.
   
Les juges, à l'issue d'un marathon de trois jours de délibérations, ont cependant décidé de priver l'AKP, au pouvoir depuis 2002, de la moitié de son financement public pour cette année --soit environ 25 millions d'euros, selon l'agence Anatolie.
   
Le président du Parlement Köksal Toptan, un membre de l'AKP, a immédiatement salué la décision de la Cour, jugeant qu'elle aura "un impact très favorable pour réduire les tensions" exacerbées par cette procédure.
   
"C'est une décision qui nous fait dire +ouf!+", a-t-il lancé.
   
L'arrêt des juges va "relever le niveau de la démocratie en Turquie", qui aspire à intégrer l'Union européenne, a ajouté M. Toptan.
   
La décision a été saluée par des applaudissements au siège de l'AKP à Ankara, a rapporté la chaîne de télévision NTV.
   
Le Premier ministre devait s'exprimer dans la soirée.
   
Cihan Paçaci, un dirigeant du parti d'opposition de l'Action nationaliste (MHP), a exhorté le gouvernement à "tirer les leçons" de la décision des juges.
   
"Le pays a été polarisé entre laïcs et musulmans, ce n'est pas correct. Il revient au gouvernement de faire tomber la tension", a-t-il estimé sur NTV.
   
Cette procédure est la première ouverte en Turquie contre un parti au pouvoir, et la seule de ce type connue au monde dans un système démocratique. Jusqu'ici, la Cour constitutionnelle n'avait pas hésité à fermer 24 partis politiques depuis sa création en 1962.
   
Le procureur général avait soutenu dans son recours que "la République laïque n'a jamais connu un aussi grand danger" et accusé l'AKP d'instrumentaliser la démocratie dans le but d'imposer la charia, ou loi islamique, dans un pays musulman mais au régime strictement laïque.
   
L'AKP, qui avait remporté haut la main les dernières législatives avec près de 47% des suffrages l'an dernier, avait rejeté les accusations et dénoncé un "coup d'Etat judiciaire" pour l'éjecter du pouvoir.
   
Créé en 2001 et arrivé au pouvoir l'année suivante, le Parti de la Justice du Développement est le résultat d'une scission au sein du parti islamiste Fazilet, interdit la même année pour "activités antilaïques".
   
Il s'est attiré les foudres des milieux pro-laïcs en faisant accéder à la présidence l'un des siens, Abdullah Gül, et en tentant de légaliser le port du foulard dans les universités par un amendement à la constitution passé en février.
   
La Cour constitutionnelle avait annulé cet amendement en juin, jugé contraire à la laïcité.
   
La décision de la cour devrait éviter à la Turquie les critiques de l'UE avec laquelle elle a entamé en 2005 des négociations d'adhésion et qui avancent lentement depuis. C'est "une bonne nouvelle", a estimé la porte-parole du diplomate en chef de l'UE, Javier Solana, espérant qu'elle  ramènerait "la stabilité politique" en Turquie.
   
Cette décision avait été anticipée par la bourse d'Istanbul, qui a pris 5,6 points à la clôture, un peu plus d'une heure avant l'annonce.

Commentaires

vive la democratie

A mon avis la decision de la cours supreme turque est salutaire.la democratie etant le pouyvoir du peuple.....il revient a ce denier de sanctioner un regime qu'il a choisit a travers les urnes.l'AKP est un parti juissant d'une tres grande majorite au parlement et dont le premier ministre et le president sont issus.

Bravo.....

Bravo pour ce pays moderne et tres interessentla democratie a parle

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