- Chine - Jeux olympiques - Terrorisme
Regardez aussi les Débats de France24, "Pékin : sous la menace" et "Avis de tempête sur Pékin"
"Le parti islamique du Turkestan met en garde la Chine une fois de plus. Notre but est de prendre pour cibles les points les plus critiques liés aux Jeux olympiques. Nous tenterons d'attaquer les villes centrales chinoises en ayant recours à des tactiques qui n'ont jamais été utilisées". Ce message vidéo, lancé par le chef du groupe terroriste, le commandant Seyfullah, a été diffusé sur Internet le 23 juillet.
A quelques jours de l'ouverture des Jeux de Pékin (8-24 août), la menace terroriste s'intensifie sur la Chine. Mais quel crédit accorder à ce message et à ce groupuscule inconnu ? Pour les experts américains du centre de surveillance des menaces terroristes IntelCenter, la menace est jugée "crédible" et doit être prise au sérieux.
Thierry Wolton, historien, spécialiste du système communiste et auteur du livre « Le grand bluff chinois » est "intimement convaincu que ce groupuscule n'existe pas". De son côté, Jean-Vincent Brisset, directeur de recherches à l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) parle de "nébuleuse islamique radicale". Pour l'Intel Center, le parti islamique du Turkestan pourrait être une autre appellation du Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM), un groupe placé sur la liste des groupes dits terroristes par l'administration américaine. Washington et Pékin l'accusent de liens avec Al-Qaïda depuis que des activistes ouïgours ont été capturés en Afghanistan, et certains emprisonnés à Guantanamo.
"Si vous voulez effrayer le singe, égorgez le coq devant lui"
Le Turkestan est en fait l'appellation que les nationalistes ouïgours donnent à la région de Xinjiang, dans l'ouest de la Chine. Les Ouïgours sont des musulmans sunnites turcophones sur le point de devenir minoritaires face à l'arrivée, depuis les années 1980, de millions de Hans dans la région. Certains ont des revendications indépendantistes. "Ils sont plus nombreux que les Tibétains, et autant brimés", précise Jean-Vincent Brisset. "Mais ils n'ont pas de caisse de résonance comme les Tibétains ont avec le dalaï-lama".
Dans le message vidéo, marqué par une mise en scène djihadiste, le parti islamique du Turkestan revendique la double attaque visant des autobus à Kunming le 21 juillet (2 morts et 14 blessés), mais aussi de précédentes explosions à Shanghai le 5 mai (3 morts), et à Wenzhou et Canton le 17 juillet. Thierry Wolton doute aussi de l'origine de ces attaques. "C'est le gouvernement chinois qui a orchestré tout ça. Il y a un proverbe chinois qui dit : 'Si vous voulez effrayer le singe, égorgez le coq devant lui'".
Thierry Wolton, qui nie toute "menace terroriste" sur le pays durant les Jeux, est persuadé que cette stratégie vise avant tout à justifier l'intensification du système de sécurité et de la répression envers ceux qui pourraient nuire à l'image du pays. Les autorités chinoises ont fin juillet arrêté plusieurs dissidents.
Cette semaine un enseignant chinois a été condamné à un an de prison pour avoir divulgué des photos prises lors du séisme de mai dernier dans le Sichuan. Il a été reconnu coupable d'"incitation au trouble à l'ordre public". Sans oublier que le gouvernement vient de confirmer, malgré son engagement pris auprès du CIO en 2001, sa volonté de censurer Internet aux médias étrangers accrédités pour couvrir les Jeux.
"La Chine ne peut pas se permettre un autre Munich"
"Le gouvernement chinois a pris le risque d'organiser les Jeux", commente pour sa part Jean-Vincent Brisset. "La Chine [troisième puissance économique mondiale] doit éviter tout dégât et elle ne peut pas se permettre un autre Munich". L'histoire des Jeux olympiques a montré que les interférences politiques pouvaient être tragiques. Les Jeux de Munich, en 1972, avaient été entachés par la prise d'otages, orchestrée par un commando palestinien, de membres de la délégation israélienne. L'opération s'était terminée dans un bain de sang avec, au total, 18 morts.
La Chine est régulièrement touchée par des attentats surtout dans l'extrême-ouest du pays. Pour faire face à la menace terroriste, la police chinoise coopère depuis des années avec des polices de nombreux pays, dont le GIGN français, mais aussi avec les responsables de sécurité des JO d'Athènes, de Barcelone, de Los Angeles ainsi qu'avec des spécialistes israéliens de la sécurité. Résultat : 100 000 policiers seront mobilisés à Pékin, auxquels il faut ajouter 120 000 vigiles, et 3 000 agents de sécurité effectuent des fouilles dans le métro. Sans compter l’installation des appareils de détection radioactifs et la multiplication des contrôles des principaux axes routiers menant à Pékin.
Mais Jean-Vincent Brisset estime que la Chine a encore beaucoup de progrès à faire en matière de renseignement. "Le pays investit de plus en plus de moyens, et découvre donc de plus en plus de risques, ce qui implique de plus en plus de répression". Et admet : "l'attentat à Pékin, c'est possible".


























Commentaires
Réagir à cet article