Après l’annonce d’une refonte de son gouvernement en début de semaine, le Premier ministre Yasao Fukuda a accepté la démission d’une majorité de ses ministres. Il a ensuite nommé le numéro deux du Parti libéral démocrate, Bunmei Ibuki, au poste de ministre des Finances et offert à son rival Taro Aso la tête du parti.
Selon Frédéric Charles, correspondant de RFI pour FRANCE 24 au Japon, le très populaire Aso "ne cache pas ses ambitions de devenir un jour Premier ministre". Malgré quelques déclarations controversées, il reste un homme dynamique et populaire, deux aspects dont Fukuda espère tirer des bénéfices.
Fukuda le mal aimé
Fukuda, successeur de Shinzo Abe qui avait démissionné en 2007, est très impopulaire dans les enquêtes d’opinion japonaises. "Moins de 20 % de personnes interrogées soutiennent sont action", rapporte Frédéric Charles. Les raisons de cette disgrâce sont multiples et intimement liées au ressentissement provoqué par le parti de Fukuda ces dernières décénies. S’il est baptisé Parti libéral démocrate (PLD), il n’en n’est pas moins très conservateur, et surtout il a été "au pouvoir depuis la fin de la seconde guerre mondiale", rappelle F. Charles.
Si Fukuda a décidé de remanier son gouvernement, c’est surtout pour tenter relancer l’économie dont on lui impute le ralentissement. La production industrielle japonaise a chuté de 2 % en juillet 2008. Vendredi, l’index Nikkei a perdu 282,22 points, soit 2 % de sa valeur. Les experts parlent de récession.
Selon F. Charles, "le ministère des Finances est incompétent et ne veut pas de réformes." Les priorités de recrutement du chef de l’Etat ont donc été les ministres des Finances et de l’Economie, même si pour les experts, il s’agit plus d’un placebo qui n’aidera pas vraiment Fukuda à sortir de la crise.
Le PLD souhaite augmenter les taxes afin de réduire la dette nationale, au détriment de la croissance. "Les chefs d’entreprise appellent l’opposition à prendre le pouvoir", explique F. Charles. "Ce n’était pas arrivé depuis la Seconde Guerre mondiale, à l’exception d’un brève période dans les années 1990."
La dette nationale du Japon s’élève à 180 % de son PIB, la plus importante au monde. A cela viennent s’ajouter un déclin démographique et un scandale qui concerne la disparition de 50 millions de dossiers de retraite survenue pendant leur informatisation.
Est-ce vraiment de sa faute ?
Un grand nombre des problèmes reprochés à Fukuda ont des origines antérieures à son mandat. Un des soucis du Japon est lié au fait que "le pays soit dirigé par des bureaucrates et non par les ministres", estime F. Charles.
Le fait que la chambre haute du Parlement soit aux mains de l’opposition et la chambre basse à celles du parti de Fukuda contribuent à l’immobilité du pays. "Ils n’arrivent pas cohabiter ni à voter des lois", analyse .F Charles.
Vous appelez ça une récession ?
Mais que signifie une “récession” pour la deuxième économie mondiale ? Selon F. Charles, "c’est un paradoxe. Le Japon s’en sort mieux que les Etats-Unis ou l’Europe parce qu’il est moins touché par la crise économique mondiale. Leurs exportations se portent bien, mais elles ne constituent que 18 % du PIB. Le reste de l’économie est en sous régime, elle emploie trop de gens qui ne produisent pas assez."
Hausser uniquement les taxes n’est pas une solution au problèmes du Japon, estime F. Charles. "Il ne suffit pas d’augmenter les taxes, il faut augmenter la productivité", conclut-il.


















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