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Les charniers, page noire des relations syro-libanaises

©

Dernière modification : 06/08/2008

La question des détenus et disparus libanais en Syrie doit être débattue le 13 août par les présidents des deux pays. Ce dossier en cache un autre, celui des charniers imputés à l’armée syrienne au Liban.

A l’invitation du président syrien Bachar al-Assad, le nouveau chef de l'Etat libanais Michel Sleimane effectuera le 13 août sa première visite officielle à Damas. Plusieurs dossiers brûlants seront à l’ordre du jour lors de cette rencontre au sommet : les relations diplomatiques, le processus de paix, l'armement du Hezbollah, la délimitation des frontières, les détenus et disparus en Syrie... Un dossier d’autant plus sensible que les autorités syriennes ont toujours nié détenir au secret des citoyens libanais. En 1998 et 2000, 169 Libanais, dont certains étaient considérés comme mort par Beyrouth, ont été libérés.

 

Si le dossier des détenus est susceptible de connaître une heureuse issue - comme l’a annoncé, en juillet dernier, le ministre syrien des Affaires étrangères Walid el-Moallem en visite à Beyrouth -, celui des disparus risque de rester sans réponse. Plusieurs milliers de personnes portées disparues durant la guerre du Liban entre 1975 et 1990 seraient enterrées dans les nombreux charniers qui jonchent le sol libanais. Les responsables de ces charniers sont les deux armées syrienne et israélienne ainsi que les milices libanaises et palestiniennes qui ont pris part à la guerre civile. Selon Ghazi Aad, président de l’association Soutien aux Libanais en détention et en exil (Solide), "il y aurait des charniers à proximité des anciens bâtiments des services de renseignement syriens au Liban. De nombreux témoins résidant dans leur voisinage signalent la présence de fosses communes."

 

Des charniers par centaines

 

Depuis 2005, trois fosses communes exhumées ont été attribuées par les familles des disparus à l’armée syrienne qui a occupé le Liban entre 1976 et 2005. L’emplacement du premier charnier est très symbolique : l’enceinte du ministère libanais de la Défense à Yarzé, dans la banlieue est de Beyrouth. Les ossements de 13 soldats libanais fusillés le 13 octobre 1990, durant l’invasion syrienne des régions contrôlées par le général Michel Aoun, y ont été exhumés en novembre 2005. Les ossements sont identifiés conformément aux protocoles internationaux et, en matière d’exhumation, "toutes les normes scientifiques sont respectées", affirme Marie Daunay, présidente du Centre libanais des droits humains (CLDH), une organisation très impliquée dans ce dossier avec plusieurs comités de familles de disparus.

 

Mais les fosses communes suivantes ne bénéficient pas de la même attention. La volonté politique du gouvernement libanais qui voulait mettre à mal Damas après l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, le 14 février 2005, s’essouffle un mois plus tard lorsqu’il s’agit d’exhumer des ossements à Anjar dans la plaine de la Békaa. Des ossements appartenant à une trentaine de personnes seront exhumés à proximité d’un ancien bâtiment des services de renseignement syriens. Wadad Halwani, présidente du Comité des parents des personnes enlevées et disparues au Liban (CPPED), s’insurge contre la façon avec laquelle a été traité ce dossier : "L’emplacement d’un charnier s’apparente à une scène de crime. Or celle de Anjar a été piétinée par des dizaines de personnes et de journalistes."

 

Des exhumations d’une autre époque

  

L’enquête rendue publique en juin 2006 conclut que les restes découverts à Anjar remontent à 350 ans. Marie Daunay, du CLDH, rétorque à ce sujet que "les ossements analysés par le légiste remontent effectivement à cette période mais on n’a pas la certitude qu’ils aient été prélevés sur le site exact. Une mosquée est d’ailleurs située non loin de l’emplacement du charnier : il est donc possible d’y trouver des restes anciens. Mais le maire d'Anjar affirme avoir personnellement recouvert de terre, il y a plusieurs années, des cadavres pour éviter la propagation de maladies", s’empresse toutefois d’ajouter Marie Daunay. Pour le président de Solide, Ghazi Aad, le dossier d'Anjar "a été ouvert pour des raisons politiques puis clos pour des raisons politiques, car exhumer un charnier risque d'ouvrir la voie à beaucoup d’autres - ce qui n’est pas du goût de certains responsables libanais."

 

Le 27 juillet dernier, le président libanais déclarait vouloir commencer une nouvelle page "brillante" dans les relations libano-syriennes. Comme le rappelle cependant Ghassan Moukhayber, député du Bloc du changement et de la réforme du général Michel Aoun et membre de la commission des droits de l’Homme au Parlement libanais, "il ne peut y avoir de paix véritable que si justice est rendue et la justice ne peut être établie qu’à condition de révéler toute la vérité". L’ouverture de tous les charniers et la reconnaissance des responsabilités est un passage difficile mais obligé sur le chemin de la réconciliation. Et dans cet exercice de mea culpa collectif, les responsables syriens ne seront pas seuls…

Première publication : 04/08/2008

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