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Michel Kammoun, la jeunesse du Liban à l'écran

Dernière modification : 09/08/2008

C'est à travers les pérégrinations nocturnes d'un jeune dénommé Toufic que le cinéaste Michel Kammoum a souhaité explorer "les contradictions qui font le Liban d'aujourd'hui". Entretien avec le jeune réalisateur de "Falafel".

 

FRANCE 24 : Votre film "Falafel" associe l’insouciance et la dangerosité, l’innocence et la malveillance, la vie et la mort, la légèreté et la philosophie, pourquoi avoir choisi la nuit comme cadre temporel pour marier tous ces contraires ?

 

MICHEL KAMMOUM : Plusieurs paramètres ont déterminé mon choix. J’ai voulu tout d’abord travailler dans le cadre d’une seule unité de temps, que les événements du film se déroulent en une seule nuit. La nuit a l’avantage d’être révélatrice de la société, comme si elle la passait au rayon X. La nuit, les gens se dévoilent davantage. La ville aussi. Contrairement au jour, on laisse tomber le masque. C’est aussi un moment propice à la jeunesse et le film évoque l’histoire de jeunes.
Le cadre même de la nuit est situé dans un espace temporel plus large, celui de l’après-guerre, de 1990 jusqu’en 2005. Les gens vivent une période de pseudo-paix, sous un régime bizarre. Les jeunes désirent profiter de la vie, la croquer à pleines dents car l’avenir est incertain. On vit à un rythme accéléré, décuplé par une extraordinaire énergie. Ce rythme effréné et soutenu entraîne des réactions démesurées dans la joie mais aussi dans la colère. On circule dans une sorte de nappe de gaz qui risque d’exploser à tout moment d’où la cassure qui intervient dans la structure du film. Et c’est de cette structure que va émaner la réalité.

 

 

Quel est le mystère du vendeur de falafels, personnage-clé un peu philosophe voire énigmatique ?


Ce personnage est né de mes observations. Il ressemble à beaucoup de personnes qu’on peut rencontrer au Liban, des gens qui vous invitent dans leur monde et vous le font découvrir. C’est une sorte de philosophe de la rue. Il a réussi à sublimer la banalité des falafels, à les élever au rang d’icône, à les mystifier. Les falafels ne sont plus de simples falafels. Il en a fait une légende.

 


Dans le film, le surréalisme de certaines situations est accentué par les touches de magie que vous introduisez ici et là : l’étoile qui devient filante, la pluie de falafels, etc. Pourquoi jouer des limites du réel et du magique en confondant, voire en effaçant, les limites qui les séparent ?


J’aime travailler sur le sensoriel pour approcher l’impalpable. J’aime créer une atmosphère dans chaque film, c’est là un paramètre essentiel. Cet esprit de travail me plaît et la magie s’inscrit parfaitement dans ce cadre-là. Transposer le sensoriel s’apparente à évoquer un parfum : si on réussit à transposer une ville à l’écran, on devrait être capable de sentir son parfum.

On pourra transmettre toutes les sensations qu’évoque cette ville, en l’occurrence Beyrouth, mieux saisir l’attachement viscéral qui nous relie à cette ville, mais aussi comprendre la relation d’attraction et de répulsion qu’elle nous inspire. A travers le sensoriel, on arrive à décrire ce que procure cette ville en terme de sensations mais aussi de magie. A Beyrouth, malgré la banalité du quotidien, une certaine magie flotte dans l’air.
 

Première publication : 05/08/2008

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