Le verdict du premier procès d'un détenu de Guantanamo, Salim Hamdan, ancien chauffeur de Oussama Ben Laden, était imminent mardi, alors que les six jurés militaires de ce tribunal d'exception se sont retirés lundi soir pour délibérer.
Accusé de "complot" et de "soutien matériel au terrorisme", Salim Ahmed Hamdan, âgé d'une quarantaine d'années, encourt la prison à vie.
Arrêté en Afghanistan en novembre 2001, il a déjà passé plus de six ans enfermé sur la base navale américaine, le plus souvent à l'isolement.
Quel que soit le verdict des jurés, il restera emprisonné. Déclaré coupable, il purgera sa peine dans la prison de Guantanamo, mais sera séparé des autres détenus. Déclaré non coupable, il restera un "combattant ennemi", que les Etats-Unis pourront garder indéfiniment, comme la majorité des détenus actuels de Guantanamo.
L'annonce du verdict marquera quoi qu'il en soit une première puisque depuis l'ouverture du camp de détention début 2002, aucun détenu n'avait bénéficié jusque-là d'un procès grandeur nature, même militaire, en bonne et due forme.
David Hicks, un ressortissant australien avait déjà été présenté devant une juridiction d'exception, en mars 2007, mais ayant plaidé coupable, sa peine avait été réduite à 9 mois d'emprisonnement, qu'il avait purgés dans son pays.
Créées au lendemain des attentats du 11 septembre, les "commissions militaires" constituées en tribunaux d'exception pour juger des "crimes de guerre" ont été invalidées en 2006 par la Cour suprême américaine, sur un recours des avocats de M. Hamdan.
Ces tribunaux ont été rétablis quelques mois plus tard par le Congrès mais ont depuis été sujets à une série de revers qui n'ont cessé de repousser l'ouverture de ce premier procès.
Soucieux d'en faire un modèle du genre, pour laver le centre de détention des critiques de ses détracteurs, l'administration Bush a pris un soin tout particulier à donner à ce procès tous les atours d'un procès civil.
Des organisations de défense des droits de l'homme, ainsi qu'une trentaine de journalistes ont pu assister aux audiences, au cours desquelles M. Hamdan était totalement libre de ses mouvements.
Il n'en demeure pas moins que la procédure a été tout au long des quinze jours d'audiences vivement critiquée par les avocats de la défense, y compris ceux assignés par le Pentagone. Ceux-ci ont déjà annoncé leur intention de faire appel de la décision finale devant la cour d'appel fédérale du District de Columbia, à Washington, et jusqu'à la Cour suprême, plus haute juridiction du pays, un droit que le Congrès a introduit.
Pendant quinze jours de procès, ils ont tenté de montrer que leur client était un simple employé soucieux de gagner sa vie et non le "militant exalté" d'Al Qaïda, ayant fait allégeance à Oussama Ben Laden, présenté par l'accusation.
"Le général est un criminel de guerre et son chauffeur le serait aussi ?", a interrogé Joseph McMillan, un de ses conseils pendant la plaidoirie finale lundi. "Ca n'a pas marché ainsi pendant la Seconde Guerre mondiale, le chauffeur d'Hitler n'a jamais été poursuivi pour crime de guerre, et ça ne marche pas comme ça aujourd'hui", a-t-il ajouté.
Une fois clos, ce procès ouvre la voie à d'autres. Vingt et un détenus de Guantanamo - sur 265 - ont en effet été inculpés et doivent comparaître devant ces tribunaux d'exception, dont le jeune Omar Khadr, un citoyen canadien arrêté à 15 ans en Afghanistan et dernier Occidental encore détenu à Guantanamo, et cinq hommes soupçonnés d'avoir participé aux attentats du 11-Septembre.














Commentaires
Réagir à cet article