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Saint-Céré, l'exception pour jeunes chanteurs
Mercredi 06 août 2008
En donnant sa chance à de jeunes artistes lyriques, le festival de Saint-Céré marque sa différence. De moins en moins de structures en France proposent aux chanteurs qui débutent de se lancer dans la vie professionnelle.
Dossier Nous vous emmenons aux festivals !Mercredi 06 août 2008
Par Priscille LAFITTE (texte)Alain Herriau avait failli abandonner le chant lyrique. La difficulté de faire carrière en France avait ébranlé ses certitudes et sa vocation. Durant trois ans, il s'est essayé à d'autres choses. Puis en 2005, il s'est dit que la scène lui plaisait plus que tout. A l'âge de 34 ans, ce baryton-basse doit prouver de nouveau qu'il est capable d'être soliste. Il se refait cet été une jeunesse au festival de Saint-Céré. "Je suis à nouveau comme un nouveau", sourit-il.
Pourtant, Alain Herriau présente le curriculum vitae idéal : sorti du prestigieux Conservatoire national supérieur de musique de Paris, il décroche un rôle au festival lyrique d'Aix-en-Provence, dans la "Flûte Enchantée" de Mozart. Il fait ensuite un remplacement à l'opéra de Massy, près de Paris, dans une mise en scène d'Olivier Desbordes. Celui-ci engage ce baryton-basse alors âgé de 26 ans au festival de Saint-Céré. "Il n'y a pas beaucoup de directeurs qui donnent leur chance à de jeunes chanteurs. Desbordes fait exception", estime le chanteur.
"L'opéra français est devenu élitiste"
Le festival de Saint-Céré offre à de jeunes chanteurs l'occasion de se produire une trentaine de fois dans une œuvre, non seulement l'été au cours du festival dans le Lot mais également l'hiver, dans des dizaines de villes. Un fonctionnement qui était courant il y a 40 ans, et qui est devenu une exception. "Généralement, les opéras ne programment un même spectacle que trois ou quatre fois. Ce n'est pas assez pour se faire une expérience !", explique Olivier Desbordes, aujourd’hui directeur artistique du festival. Le fonctionnement de Saint-Céré permet aussi aux chanteurs de décrocher le statut d'intermittent du spectacle, si difficile à obtenir pour un chanteur lyrique.
"L'opéra en France est élitiste. Des événements exceptionnels pour des gens exceptionnels. Il n'y a pas ce réseau de scènes lyriques comme c'est le cas en Allemagne [qui propose plus de 100 scènes d'opéra, contre 26 en France, NDLR]. Il y a de quoi faire le même boulot de démocratisation et d'essaimage qui a été fait dans le théâtre à partir du festival d'Avignon", estime Olivier Desbordes. Le festival de Saint-Céré en fait la preuve : la troupe fait salle pleine dans des villes où les scènes lyriques sont absentes.
La situation est devenue critique, au point de faire réagir des personnalités telles que le chef d’orchestre Georges Prêtre et le chanteur Roberto Alagna, qui ont signé une pétition - aux côtés de centaines d'autres professionnels du chant - pour dénoncer le système actuel. Le texte, rédigé au printemps dernier, réclame la création de troupes et une politique protectionniste de la scène lyrique en France. "Dans le contexte actuel, commencer une carrière devient proprement impossible", dénoncent deux professeurs au Conservatoire supérieur de Paris, Gabriel Bacquier et Michel Sénéchal. La pétition déplore par ailleurs qu'il n'y ait que 12% de chanteurs résidants en France recrutés pour la saison 2007/2008 à l'Opéra de Paris.
Déjà, il y a sept ans, un rapport commandé par le ministère français de la Culture constatait la quasi-disparition de troupes de chanteurs lyriques en France - six actuellement. A commencer par l'Opéra de Paris, passé dans les années 1970 du système de troupe à des contrats courts privilégiant des stars internationales. Une décision qui a renforcé l'aura internationale de l'institution, mais qui a durci le marché du travail.
Autre raison de la crise : la "quasi-absence" - sauf pour la musique baroque - de chefs lyriques de prestige en France de la trempe du Britannique John Elliot Gardiner ou de l’Italien Claudio Abbado. "Or, les chefs d'orchestre tendent à travailler avec les chanteurs qu'ils connaissent", précise Pascal Dumay, auteur du rapport.
Pour réformer les circuits de professionnalisation en France, le rapport Dumay érige comme modèle l'Allemagne avec sa centaine de troupes en résidence, ainsi que l'opéra-studio de San Francisco. Dans cette école lyrique américaine, qui a formé notamment la mezzo-soprano Susan Graham, la scolarité aboutit à un contrat de trois ans à l'opéra de San Francisco. "Le constat du rapport est bon, mais rien n'a été fait depuis", déplore Olivier Desbordes.
Le problème n’est toutefois pas uniquement français. Beaucoup de chanteurs européens connaissent le même sort. "Les maisons d'opéra britanniques ré-auditionnent les chanteurs année après année, il n'y a plus d'emploi à vie", témoigne Sabine Garrone, mezzo-soprano formée à Londres et en Belgique. "Où que l'on soit, il faut tomber sur les bonnes personnes qui vont aimer votre voix", ajoute-t-elle.
Pour autant, cette jeune chanteuse de 33 ans, qui incarne Niklaus dans les Contes d'Hoffmann au festival de Saint-Céré, a signé la pétition de Gabriel Bacquier et de Michel Sénéchal. "Parce que j'adorerais qu'il y ait plus de troupes en France." Mais, ajoute-t-elle, "je n'ai aucune rancune vis-à-vis du métier".
Pour aller plus loin
Pour aller plus loin


08/08/2008 11:23:56 Signaler un abus
Je suis pour la pétition
Par Falconnet - France/ Aubigné-Racan 72800
Oui je suis prête a signer la pétition que soutiennent Messieurs Georges Prêtre et Roberto Alagna.
Il faut absolument que l'état aide tous ces jeunes chanteurs qui n'arrivent pas à percer et qui sont pourtant plein de talent, j'en connais personnellement plusieurs qui en attendant de devenir solistes sont dans des Choeurs, bien sur c'est mieux que rien, c'est déjà un pied à l'étrier.
Que faut-il faire pour signer cette pétition, pouvez-vous me le faire savoir, Roberto si tu lis cet article, tu vois ta fidèle Marèse te suis à fond.
Marèse le 08/08/2008 à 11h16