07 août 2008 - 15H30

Rwanda/génocide: principales accusations portées contre la France

Voici les principales accusations portées sur le rôle de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda par la commission d'enquête rwandaise. Elles se basent en particulier sur les récits de victimes et de témoins présumés, rwandais ou étrangers.

Jeudi, le ministre français de la Défense Hervé Morin a jugé "absolument insupportables" ces accusations et assuré que les militaires français n'avaient "rien à se reprocher".

1 - FORMATION DES MILICES GENOCIDAIRES AVANT LE DEBUT DU GENOCIDE:

- "Des militaires français (...) ont participé dès février 1992 au démarrage du programme de +défense civile+ qui avait pour but de former une milice de civils dont l'un des objectifs était de les préparer à tuer les civils tutsis de leur localité. A la même époque, ils ont aussi commencé à former des Interahamwe (extrémistes hutus, NDLR)"...

"Dès février 1992, les Interahamwe ont joué un rôle prépondérant dans les massacres, tueries et assassinats perpétrés dans le pays (...) Malgré cela, les militaires français ont continué à former les miliciens"...

- La commission cite, parmi d'autres, Ngarambe Pierre Célestin, ancien Interahamwe qui affirme avoir reçu une formation au camp de Gabiro (est), fin 1993:

"Les Français nous apprenaient à tirer sur des cibles. Ils dessinaient une tête sur laquelle nous tirions (...) Ils nous disaient que ce qui était important était de bien connaître l'ennemi, que l'ennemi était le Tutsi".

2- PROTECTION DES DIGNITAIRES RWANDAIS ET REFUS D'ASSISTANCE AUX TUTSIS AU DEBUT DU GENOCIDE:

- "Dès la matinée du 7 avril 1994, de nombreux dignitaires du régime (du président Juvénal) Habyarimana parmi lesquels figuraient les partisans de l'extermination des Tutsis se regroupèrent dans l'enceinte de l'ambassade de France où il furent hébergés avec leur familles (...) Les principales personnes rwandaises évacuées par le France furent les proches du pouvoir, en priorité la veuve du président défunt, Agathe Kanziga (...) Le rôle joué par Agathe Kanziga dans la politique des massacres était de notoriété publique".

- Jean-Loup Denblyden, un officier belge de l'opération belge d'évacuation Silver Back affirme: "pendant Amaryllis (opération française d'évacuation des ressortissants français et étrangers - 9 au 12 avril, NDLR), les soldats français triaient les Tutsis devant l'aéroport de Kanombe et les repoussaient vers les barrières" tenues par des miliciens armés.

3 - COMPLICITE AVEC LES MILICES ET EXACTIONS PENDANT L'OPERATION TURQUOISE: (fin juin-fin août 1994)

Dans les préfectures de Gikongoro (sud) et Cyangugu (sud-ouest), le rapport, citant des témoins, accuse des militaires français d'avoir:

- "commis des assassinats sur des civils non armés".

- "largué principalement des Tutsis dans et en dehors de la forêt de Nyungwe depuis des hélicoptères".

- "donné instruction aux Interahamwe de continuer à tuer (...) ou laissé les Interahamwe tuer sous leurs yeux" des rescapés tutsis.

- commis des exactions sexuelles (esclavages sexuels, viols) au camp de réfugiés tutsis de Nyarushishi.

"La pratique du viol par les militaires français ne s'exerçant que sur des rescapées tutsies, quelques fois très jeunes, semble avoir été fréquente et systémique", accuse le rapport, jugeant que cette pratique était "tolérée par l'institution militaire".

- Affaire du village de Bisesero (ouest), où jusqu'à 50.000 Tutsis avaient trouvé refuge: le rapport accuse l'armée française "d'avoir retardé sciemment de trois jours le sauvetage de près de 2.000 survivants afin de laisser le temps aux tueurs de les achever".

4 - CONCLUSION

- "Il n'existe aucun indice d'une quelconque tentative par les décideurs politiques et militaires français de mettre un terme à cette guerre contre des civils tutsis (...). Cette persistance montre que les décideurs politiques et militaires français avaient fait leur cette guerre contre les Tutsis".

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