16 août 2008 - 10H58
- États-Unis - Pologne - Russie

Kiev offre ses radars antimissile aux Occidentaux
L'Ukraine, désireuse d'intégrer l'UE et l'Otan, propose de mettre à disposition des pays européens ses radars de défense. Une décision qui intervient après l'accord sur le bouclier américain entre les États-Unis et la Pologne.

L'Ukraine, qui souhaite comme la Géorgie intégrer l'Otan et est montée en première ligne contre l'intervention russe dans ce pays, propose à l'Occident ses radars de défense antimissile et menace d'expulser la Flotte russe de la base louée par Moscou à Sébastopol, en Crimée.
   
Kiev s'est déclaré prêt samedi à mettre à la disposition des pays européens ou "d'autres pays étrangers" ses radars antimissile exploités jusqu'à une date récente en commun avec la Russie.
   
Après l'annulation cette année des accords avec la Russie sur l'utilisation commune de ces radars des bases de Moukatchevo (ouest de l'Ukraine) et de Sébastopol (Crimée, sud), l'Ukraine a "la possibilité d'établir une coopération active avec les pays européens (...) ainsi qu'avec des Etats étrangers intéressés par le renseignement spatial", a indiqué le ministère ukrainien des Affaires étrangères.
   
Kiev fait cette proposition deux jours après la conclusion, précipitée par le conflit russo-géorgien, d'un accord entre Washington et Varsovie sur l'installation en Pologne d'éléments du bouclier antimissile américain.
   
"Cette déclaration de Kiev est directement liée à l'intervention des forces russes en Géorgie", estime le politologue Vladimir Sessenko, directeur du Centre ukrainien des recherches politiques Penta.
   
Face à ce conflit armé, "l'Ukraine souhaite adhérer à un système de sécurité soutenu par l'Occident", explique-t-il.
   
Pour l'experte ukrainienne Alexia Bassarab, spécialisée en questions de sécurité, l'Ukraine cherche une protection occidentale après "la réaction dure" de Moscou à la décision de Kiev de restreindre les mouvements de la flotte russe de la mer Noire, engagée dans le conflit russo-géorgien.
   
Mercredi, la présidence ukrainienne a pris un décret aux termes duquel les navires de guerre et l'aviation russe doivent désormais prévenir les militaires ukrainiens "au moins 72 heures" à l'avance et obtenir l'"accord" de Kiev pour quitter Sébastopol et pour y retourner.
   
"Si ces exigences ne sont pas remplies", les autorités ukrainiennes "peuvent demander aux bateaux de guerre, à ceux de ravitaillement, aux aéronefs de la Flotte russe de la mer Noire de quitter immédiatement" le territoire ukrainien.
   
Moscou a aussitôt qualifié cette décision de "grave mesure anti-russe".
   
Pour nombre experts, en proposant ses radars "aux pays étrangers", l'Ukraine veut avant tout accélérer le lancement de son processus d'admission dans l'Otan, voulue par les Etats-Unis mais jugée jusqu'à présent prématurée notamment par l'Allemagne et la France, soucieuses de ménager la Russie.
   
"L'Ukraine profite du conflit russo-géorgien pour forcer son entrée dans l'Alliance atlantique", estime ainsi Andreï Ermolaev, directeur du Centre des recherches politiques Sofia à Kiev.
   
"Dans ce but, elle peut proposer à l'Otan non seulement ses radars, mais même le bassin du port de Sébastopol", ajoute l'expert.
   
Mais, exploités depuis 1979, "les radars ukrainiens Dniepr sont vétustes et il sera difficile de trouver un pays qui pourrait s'y intéresser", estime pour sa part l'expert militaire russe indépendant Alexandre Golts.
   
Au début de l'année, la Russie avait résilié sa participation à un accord de 1992 sur leur utilisation commune avec l'Ukraine, jugeant que ces équipements étaient obsolètes.
   
Sébastopol est le port d'attache de la Flotte russe de la mer Noire, loué à l'Ukraine aux termes d'un accord conclu en 1997 pour vingt ans entre la Russie et l'Ukraine. Le président ukrainien pro-occidental Viktor Iouchtchenko veut obtenir le retrait des navires russes, programmé pour 2017.
   
L'analyste russe Evgueni Volk, de la Fondation Heritage, "ne voit pas de solution douce aux problèmes qui opposent actuellement Moscou et Kiev: l'Ukraine veut rejoindre l'Otan et la Russie utilisera tous les leviers, y compris économiques", pour l'empêcher de le faire.

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