Dernière modification : 18/08/2008 

- Pakistan - Pervez Musharraf


Devant son peuple, Musharraf pourrait démissionner
Devant son peuple, Musharraf pourrait démissionner
Le président pakistanais, Pervez Musharraf, doit s'adresser au pays et annoncer ou non sa démission. Les rumeurs sur son éventuel retrait vont bon train depuis le lancement par le gouvernement d'une procédure de destitution à son encontre.

Le président pakistanais Pervez Musharraf s'adresse lundi à la nation après des jours de rumeurs sur une éventuelle démission, qui lui permettrait d'échapper à l'humiliante procédure de destitution lancée par le gouvernement.
   
Un bras de fer est ouvertement engagé au sommet de l'Etat de cette puissance nucléaire militaire musulmane depuis que la coalition gouvernementale, hostile au chef de l'Etat, a annoncé le 7 août qu'elle allait enclencher la destitution de M. Musharraf.
   
Ce gouvernement a été formé en mars après la victoire aux élections législatives du Parti du peuple pakistanais (PPP) de la défunte Benazir Bhutto et de la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N) de l'ex-Premier ministre Nawaz Sharif.
   
Les deux partis, alliés de circonstance contre M. Musharraf, reprochent au chef de l'Etat d'avoir évincé des magistrats qui s'apprêtaient à statuer sur sa réélection contestée en octobre 2007 et d'avoir instauré l'état d'urgence en novembre dernier.
   
A ces griefs s'ajoutent des haines plus personnelles: M. Sharif a été renversé par Pervez Musharraf lors de son coup d'Etat militaire d'octobre 1999.
   
S'il était destitué, cela consacrerait cinq mois de tensions extrêmes entre le gouvernement et la présidence et ce serait une première au cours des 61 années de l'histoire du Pakistan.
   
Mais l'allié des Etats-Unis dans leur "guerre contre le terrorisme" islamiste a fait savoir qu'il n'avait nullement l'intention de lâcher le pouvoir.
   
Après avoir lancé la semaine dernière aux deux artisans de la coalition --Asi Ali Zardari, le veuf de Mme Bhutto, et M. Sharif, un ultime appel à la réconciliation, "le président va s'adresser à la nation à 13H00 (07H00 GMT)", a déclaré son premier porte-parole, le général en retraite Rashid Qureshi.
   
Il a une nouvelle fois balayé les rumeurs de démission, jugeant que "cela n'avait aucun sens".
   
Pourtant, vendredi, les tractations allaient bon train entre le camp présidentiel et la coalition sur un départ arrangé de M. Musharraf, lui évitant ainsi une destitution, contre l'assurance de ne pas être poursuivi en justice ultérieurement.
   
Des responsables ont même indiqué que l'Arabie saoudite, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne servaient d'intermédiaires dans ces négociations.
   
Mais la question d'accorder ou non l'asile politique à Pervez Musharraf, dans le cas où il serait destitué, n'est pas à l'ordre du jour, a déclaré dimanche la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice.
   
Pour autant, le "destin politique" du président "est scellé, quoi qu'il dise", a affirmé Farhatullah Babar, porte-parole du PPP.
   
"Il a pris conscience des sentiments des représentants élus, mais aussi de ceux de diverses institutions (...) qui lui ont toutes demandé de ne rien déstabiliser", a expliqué le ministre des Affaires étrangères, Shah Mehmood Qureshi, sans pouvoir dire si le chef de l'Etat allait annoncer son départ.
   
Les quatre assemblées provinciales du Pakistan ont déjà adopté la semaine dernière des motions de défiance non contraignantes contre M. Musharraf.
   
Concrètement, la procédure de destitution doit être déclenchée avant mardi, avait déclaré dimanche le ministre de la Défense Ahmed Mukhtar. "L'acte d'accusation sera soumis au Parlement d'ici mardi", avait dit le ministre.
   
Ensuite, le président de l'assemblée nationale, la chambre basse du Parlement, aura trois jours pour transmettre le document à M. Musharraf afin qu'il vienne éventuellement devant le Parlement pour se défendre.
   
La procédure, si elle aboutit, prendra au moins des semaines.
   
En théorie, le président Musharraf a le droit constitutionnel de dissoudre l'assemblée nationale, voire de déclarer l'état d'urgence, même si cette dernière option semble assez improbable.

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