18 août 2008 - 09H19
- Pakistan - Pervez Musharraf

Musharraf quitte la présidence du Pakistan
Dans un discours télévisé, le président pakistanais Pervez Musharraf a annoncé sa démission, devançant la menace que faisait peser sur son mandat la procédure de destitution, lancée par son propre gouvernement.
Par Marie Sophie JOUBERT (texte)

Le président du Pakistan, Pervez Musharraf, a annoncé sa démission lors d’un discours télévisé, à la veille d'une procédure de destitution annoncée par son gouvernement.
 
A l'issue d'une longue allocution dans laquelle il a pu justifier sa politique, Pervez Musharraf a annoncé qu'il remettrait sa démission au président de l’Assemblée nationale.  "Après avoir considéré la situation et consulté divers conseillers en droit et alliés politiques, sur leurs conseils, j'ai décidé de démissionner", a-t-il déclaré. (Lisez le témoignage de l'un de nos Observateurs : il explique les raisons qui ont poussé Pervez Musharraf à quitter le pouvoir).  
 
Une annonce quelque peu surprenante selon Mathieu Mabin, correspondant à Islamabad, qui parle de "coup de théâtre". "Son discours fleuve ne laissait pas entendre qu’il annoncerait sa démission aujourd’hui", explique le journaliste. 
  
Devenu très impopulaire dans son pays, le président pakistanais semblait pourtant dos au mur. Il avait perdu le soutien de ses alliés traditionnels, les Etats-Unis et l’armée. "L’armée opère un désengagement de la vie politique civile, même si, en coulisses, elle va continuer à tirer les ficelles du gouvernement", explique sur FRANCE 24 Mariam Abou Zahab, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales.
 
Le soutien des Etats-Unis, quand à lui, reposait beaucoup sur le lien personnel tissé entre Musharraf et le président George Bush. "Aujourd’hui, dans cette période de ‘fin de règne’, les Américains sont conscients qu’ils ne peuvent pas continuer à soutenir une figure aussi impopulaire", analyse Mariam Abou Zahab.
 
"J’ai toujours pensé d’abord au Pakistan"
 
Dans son allocation télévisée de près d’une heure, Pervez Musharraf a dénoncé ceux qui, selon lui, ont déformé la vérité et lancé de "fausses" accusations contre lui pour justifier une procédure de destitution. Il a assuré ne pas rechercher de garantie de son immunité en échange de sa démission.
 
"Certains ont mis leurs intérêts au-dessus de ceux de la nation, ils ont menti et fait passer des mensonges pour de la vérité, ils ont essayé de déformer les choses, de les monter contre ce pays et contre moi afin de remporter la victoire contre moi, mais ils n'ont jamais parlé des conséquences désastreuses pour notre pays ", a-t-il  déclaré.
 
Pervez Musharraf assure que, grâce à lui, le pays est devenu une puissance mondiale importante.

Le général Musharraf avait pris le pouvoir en 1999, suite à un coup d’Etat contre l’ancien Premier Ministre Nawaz Sharif. Après les attentats du 11 septembre 2001, il  fit de son pays un allié clé des Etats-Unis dans la "guerre contre le terrorisme".
 
Une année mouvementée pour le président démissionnaire
 
La démission du président pakistanais intervient alors que la coalition au pouvoir depuis février 2008, conduite par le parti de feue Benazir Bhutto, s’apprêtait à lancer une procédure de destitution contre Musharraf, l’accusant d’avoir violé de la Constitution.  
 
Elle reprochait notamment au président pakistanais d'avoir évincé des magistrats, dont un juge de la Cour suprême.
La plus haute instance judiciaire du pays s’apprêtait à statuer sur sa réélection contestée d’octobre 2007. Confronté à une virulente opposition populaire, Musharraf a instauré l'état d'urgence en mars 2008.

Le discours du président démissionnaire a été accueilli par des scènes de liesse publique dans plusieurs grandes villes pakistanaises. Nombreux sont ceux qui voient le départ de Musharraf comme une revanche contre l’assassinat de Bhutto.
 
Un nouveau président dans 30 jours

Selon la Constitution, le président du Sénat, Mohammadmian Soomro, devrait assurer l'intérim de la présidence. Un nouveau président devrait être élu d’ici 30 jours, pour un mandat de cinq ans.

Mais la tâche risque d’être ardue pour le prochain gouvernement.
 
"On entre dans une période d’instabilité encore plus forte au Pakistan", estime Mariam Abou Zahab. "Les partis d’opposition étaient unis autour du départ de Musharraf", mais n’ont pas d’autre plateforme commune.
 
Elle ajoute que "la population va faire pression sur le nouveau gouvernement pour qu’il se penche sur les vrais problèmes du pays" : l'extrémisme grandissant, la pénurie alimentaire et énergétique, et l’instabilité économique.

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