- Attentat du Marriott - Pakistan - Taliban
Pour la troisième fois en six mois, Nawaz Sharif a accepté de repousser l’ultimatum de son départ du gouvernement en place depuis février 2008.
Le parti politique de Sharif, la Ligue musulmane pakistanaise (PML-N), et son vieil ennemi politique, autre membre-clé de la coalition au pouvoir, le Parti du peuple pakistanais (PPP), fondé par Benazir Bhutto, s’étaient mis d’accord pour destituer Pervez Musharraf et restaurer la démocratie dans le pays. Ils n’ont toutefois pas réussi à trouver un terrain d’entente concernant la réhabilitation des juges, l’avenir de Musharraf ni l’instauration d’un nouveau président.
"Nous allons donner encore une chance à la coalition, pour quelques jours supplémentaires. Mais les juges devraient être réinstallés dans leur fonction mercredi au plus tard, a déclaré Nawaz Sharif dans une interview téléphonique accordée à FRANCE 24 vendredi. Les juges auraient dû être réhabilités il y a presque cinq mois, juste après la formation du gouvernement de coalition", poursuit-il. Déjà, plus tôt cette semaine, Sharif avait menacé de démissionner du gouvernement pour cette même raison.
Le chef de file du PML-N affirme que son parti et le PPP vont rédiger un projet de loi sur la restauration des juges. Le texte sera présenté, lundi, au Parlement où il sera soumis à un vote, deux jours plus tard.
"Nous nous sommes engagés devant le peuple pakistanais à remettre sur pied le système judiciaire et à réhabiliter les juges. C’était l’un des points centraux de l’accord de coalition, rappelle Nawaz Sharif, au cours de l’entretien. Mais si nous devons quitter le gouvernement, nous deviendrons un simple parti d’opposition. Nous ne ferons rien pour déstabiliser le gouvernement en place", a-t-il affirmé.
Difficile compromis
"Tout est possible, le gouvernement pourrait très bien tomber, explique l’analyste politique pakistanais Talat Masood, lieutenant-général à la retraite, joint par téléphone à Islamabad. Les deux partis campent sur leurs positions, cela leur sera difficile de trouver un compromis."
D’après un responsable du gouvernement, et ancien conseiller de Musharraf, qui a souhaité rester anonyme, les juges révoqués, notamment le président de la Cour suprême Iftikhar Muhammad Chaudhry, représentent une réelle menace pour le chef du PPP, Asif Ali Zardari, veuf de Benazir Bhutto. En revanche, ils avantageraient politiquement Sharif. D’autant que la Cour suprême a interdit ce dernier de se présenter aux élections de février.
“Chaudhry annulera certainement l’amnistie qui a permis à Bhutto et à Zardari, alors impliqués dans des affaires de corruption, de rentrer d’exil sans passer par les tribunaux. Cette décision de Chaudhry mettra à mal les plans politiques de Zardari, poursuit l’ancien conseiller de Musharraf. Quant à Nawaz Sharif, il a de toute évidence passé un accord avec l’ex-président de la Cour suprême. Les juges, une fois réhabilités, annuleraient la décision de l’actuelle Cour rendant Sharif inéligible."
Qui pour succéder à Musharraf ?
Vendredi, le PPP a élu à l’unanimité Asif Ali Zardari comme candidat à l’élection présidentielle. Le veuf de Benazir Bhutto doit prendre sa décision dans les prochaines 48 heures.
Cette désignation est intervenue après l'annonce de la commission électorale pakistanaise selon laquelle l’élection présidentielle, qui devra désigner un successeur à Musharraf, démissionnaire en début de semaine, sera organisée le 6 septembre prochain.
Sharif, qui a affirmé que le mandat présidentiel ne l’intéressait pas, souhaiterait que le prochain chef de l’Etat fasse profil bas. “Il y aura un vote parlementaire pour élire le nouveau président, explique Nawaz Sharif, lors d’une interview à FRANCE 24. Le PML-N choisira quelqu’un qui sera au-dessus des partis politiques et élu à l’unanimité."
Les deux têtes de la coalition gouvernementale ont également discuté de l’avenir du président Musharraf. Si le parti de Zardari souhaite accorder l’immunité à l’ex-chef de l’Etat, celui de Sharif défend plutôt l’idée d’un procès pour violation de la Constitution.
La menace terroriste
Dans ce contexte politique tendu, le pays fait face à un terrorisme de plus en plus actif. Jeudi, un double attentat visant une usine d’armes a tué plus de 60 personnes parmi les salariés. Des dizaines de personnes ont été blessées. L’attaque a été revendiquée par les Taliban pakistanais.
C’est le second attentat en quatre jours depuis la démission de Pervez Musharraf. Mardi, un attentat-suicide a visé un hôpital, dans la ville de Dera Ismail Khan, dans le nord-ouest du pays. Au moins 30 personnes ont péri dans l’attaque.
“Ces attentats font écho à la multiplication des opérations militaires dans les zones tribales du Nord-Ouest, selon l’analyste militaire Masood. Ces terroristes profitent de l’affaiblissement du gouvernement et de l’instabilité politique. Leur message est très clair : si les opérations militaires ne s’arrêtent pas, le pays sera durement touché."


























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