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Le phénomène "Nour" s'invite à la maison

Texte par Amara MAKHOUL-YATIM

Dernière modification : 01/11/2008

"Nour", la série-fleuve turque à l'eau de rose, retraçant les éternelles péripéties amoureuses d'une riche famille, est devenue un véritable phénomène de société dans le monde arabe. Entre les "pro" et les "anti-Nour", rien ne va plus.

“Je ne peux envisager de rater un seul épisode !” assure Fatima al-Zahra al-Alaoui, aide-comptable marocaine qui fait partie des nombreux fans de la série télévisée "Nour".

Du Maghreb aux pays du Golfe, les conversations ne varient pas beaucoup depuis quelques mois. Ce ne sont pas la course à la Maison Blanche ou la baisse du pouvoir d’achat qui occupent les esprits, mais bien "Nour".

Ce feuilleton turc doublé en dialecte syrien fait de véritables ravages dans le monde arabe. On peut suivre les divers rebondissements amoureux qui rythment la vie d’une riche famille de la bourgeoisie d’Istanbul. Diffusée par la chaîne satellitaire saoudienne MBC 4, la série compte aujourd’hui ses fans par millions.

Un véritable phénomène de société


L’effet est tel qu’aujourd’hui on se pose en "anti-Nour" ou "pro-Nour". Sur Facebook, site de socialisation, les groupes "anti-Nour" se multiplient aux côtés de la multitude de ceux qui regroupent les inconditionnels de la série. Les "antis" du groupe "I hate Nour" dénoncent l’exagération et le côté irréaliste de la série mais surtout son influence néfaste.

"Pro" et "anti-Nour" s’opposent dans les sociétés arabes, jusque dans les couples. Fadi Makdissi, pharmacien d’origine syrienne vit à Paris et déteste cette série parce "grands et petits sont en adoration devant ce feuilleton, alors qu’il est ridicule". Alors même que sa femme la suit avec plaisir, pour lui, il ne s’agit que d’une mode passagère à laquelle la société arabe oisive se rattache pour combler un vide.

Car "Nour" a bouleversé des vies. Partout, on rapporte de multiples anecdotes. Des couples auraient divorcé se reprochant de ne pas avoir une attitude aussi exemplaire que le héros Mohanad ou l’héroïne Nour. Au Liban, une femme aurait même vendu son troupeau de bétail, pour pouvoir se consacrer pleinement à la série.

 


Un Libanais vend des T-Shirts à l'effigie des stars de la série turque "Nour".(Photo : AFP)

 


Face à l’ampleur du phénomène, les milieux religieux eux aussi ont réagi. Un imam saoudien a récemment lancé une fatwa contre les chaînes qui diffusent la série, les "ennemis de l’Islam et de son prophète". Selon, Ibrahim al-Ariss, critique de cinéma au quotidien arabe basé à Londres Al-Hayat, cette opposition des milieux conservateurs musulmans a également participé au succès de la série. "Des gens se sont mis à la suivre en réaction à la critique des conservateurs musulmans", explique-t-il.

"Avec 'Nour', les sociétés arabes pénètrent dans le monde moderne"


"C’est une série qui raconte des histoires romantiques d'une façon qui nous convient à nous. C'est un feuilleton qui montre un mode de vie occidental mais où l'on retrouve également des valeurs arabes et musulmanes", explique Fatima al-Zahra. "Les habitués des séries mexicaines ont trouvé en "Nour" quelque chose dont ils étaient plus proches", analyse Ibrahim al-Ariss.

De nombreux autres fans la rejoignent : "Nous n’avons pas l’habitude de vivre le romantisme de cette manière", remarque Sawsan Makdissi, l’épouse de Fadi. Elle est particulièrement sensible au fait que Mohanad, le héros, couvre son épouse d’attentions délicates et de cadeaux, et ose lui montrer ses sentiments, même en public.

Mais au-delà de cela, Ibrahim al-Ariss voit dans "Nour" l’illustration de "l’entrée du monde arabe dans le monde moderne, à la manière de la Turquie". Il explique que les sociétés arabes ont préféré le modèle turc au modèle iranien, qui se présentait aussi à eux, pour entrer dans la modernité.

 

 

Première publication : 25/08/2008

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