27 août 2008 - 20H14
- États-Unis - Nicolas Sarkozy - Otan - Russie - Ukraine

La crise géorgienne gagne la mer Noire
Les tensions nées de la crise en Géorgie s'étendent à la mer Noire. L'Ukraine parle d'augmenter le bail de la base russe du port de Sébastopol, tandis que Moscou s'inquiète de "l'accumulation de forces de l'Otan en mer Noire".

KIEV/TBILISSI - Les protestations se sont poursuivies mercredi après la reconnaissance par Moscou de l'indépendance de deux provinces séparatistes géorgiennes. En représailles, l'Ukraine envisage d'augmenter le montant du bail de la base navale de Sébastopol, mise à la disposition de la flotte russe de la mer Noire.

La marine américaine a acheminé de l'aide humanitaire vers la Géorgie, en évitant le port de Poti où se trouvent des soldats russes, et Moscou a indiqué que sa flotte surveillait "l'accumulation de forces de l'Otan dans le secteur de la mer Noire".

Les pays membres de l'Alliance atlantique, réunis à Bruxelles, ont condamné la décision russe de reconnaître l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud et ont appelé Moscou à revenir sur sa décision.

"Les actes de la Russie ont jeté le doute sur son engagement envers la paix et la sécurité dans le Caucase", déclare l'Otan dans un communiqué.

Le président géorgien Mikheïl Saakachvili a exhorté les pays occidentaux à rappeler fermement Moscou au respect du droit international.

"La Russie a de toute évidence voulu défier l'ordre mondial. Il nous appartient désormais à tous de repousser l'agression russe. S'ils restent impunis maintenant, ils continueront (...), ils attaqueront également d'autres pays voisins", a-t-il déclaré à Reuters.

Le parlement géorgien doit se réunir jeudi pour débattre de l'avenir des relations diplomatiques entre Tbilissi et Moscou. L'ensemble des diplomates géorgiens présents dans la capitale russe ont d'ores et déjà été rappelés, à l'exception de deux d'entre eux.

A Paris, le président Nicolas Sarkozy a appelé la Russie à respecter l'intégrité territoriale de la Géorgie "dans ses frontières internationalement reconnues" et à retirer ses troupes "sans délai".

Quel prix à payer pour Sébastopol ?

"Ce qui est en cause dans ce conflit est absolument essentiel. Son issue déterminera pour longtemps la relation de l'Union européenne avec la Russie", a-t-il dit.

Son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a estimé que la décision russe ne rendait pas caduc l'accord de paix en six points négocié par la France, tandis que son homologue britannique David Miliband, en visite à Kiev, soulignait que Moscou avait la responsabilité de ne pas relancer la guerre froide.

A l'image des dirigeants américains et de l'Union européenne, le président ukrainien Viktor Iouchtchenko a condamné la signature par son homologue russe Dmitri Medvedev des décrets reconnaissant l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie.

"Nous nous désolons de cette décision, elle est inacceptable pour l'Ukraine et par conséquent nous ne pouvons l'approuver", a-t-il déclaré lors d'une interview à Reuters.

Kiev veut à présent rouvrir le débat sur une augmentation du bail payé par la Russie pour pouvoir utiliser le port de Sébastopol, dans la péninsule de Crimée.

Moscou affirme qu'une renégociation violerait l'accord passé en 1997 entre les deux pays, qui prévoit un bail annuel de 98 millions de dollars jusqu'en 2017.

"Nous verrons comment évolue la situation. Nous nous en tenons strictement aux conditions du calendrier concernant la présence de la flotte russe", a déclaré Anatoli Nogovitsine, numéro deux de l'état-major russe, qui a accusé l'Otan d'"aggraver les tensions" en mer Noire, où il a souligné que la Russie n'envisageait pas d'accroître ses effectifs.

"Il y a là maintenant des gens qui paradent en exhibant leur force. Nous ne pouvons que le déplorer", a-t-il dit.

Un navire américain, le "Dallas", a atteint mercredi la côte géorgienne avec une cargaison d'aide humanitaire mais a renoncé à accoster dans le port de Poti, quadrillé par l'armée russe, où il était attendu.

Le navire a jeté l'ancre dans le port de Batoumi, à 80 km plus au Sud. "Cette décision a été prise par les plus hauts responsables du Pentagone", a déclaré une porte-parole de l'ambassade américaine à Tbilissi.

Medvedev a accusé mardi les Etats-Unis de convoyer des armes en Géorgie par mer, accusation que Washington a jugée "ridicule".

Entretien téléphonique Merkel-Medvedev

Le Kremlin a annoncé que le président russe s'était entretenu mercredi avec la chancelière allemande Angela Merkel, lui fournissant des "explications complètes" en réponse à ses questions. Il s'agissait du premier contact de Medvedev avec un dirigeant occidental depuis la reconnaissance d'indépendance.

Angela Merkel a déclaré à Medvedev que la présence de soldats russes dans certaines parties de la Géorgie était une grave violation de l'accord de cessez-le-feu en six points.

Le gouvernement allemand s'est prononcé mercredi en faveur de l'envoi de quinze observateurs militaires en Géorgie, dans le cadre de la mission de l'OSCE chargée de faire respecter le cessez-le-feu.

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe a décidé la semaine dernière d'envoyer une centaine d'observateurs supplémentaires en Géorgie.

Seul léger signe de détente, la Russie a fait savoir qu'elle était prête à appuyer les efforts des Nations unies visant à déployer d'autres observateurs internationaux dans les zones tampons aux abords des régions sécessionnistes.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a aussi réaffirmé que Moscou était disposé à retirer ses troupes des zones tampons une fois qu'y serait en place un dispositif de supervision internationale destiné à prévenir des attaques géorgiennes.

Medvedev a de son côté pris le chemin de la capitale du Tadjikistan, Douchanbé, où il doit prendre part jeudi au sommet de l'Organisation de coopération de Shanghaï. La Russie devrait tenter d'obtenir le soutien des anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale.

Le président chinois Hu Jintao a d'ores et déjà assuré à Medvedev que Pékin défendait le maintien des Jeux olympiques d'hiver de 2014 dans la ville russe de Sotchi, sur la mer Noire, malgré la crise entre Moscou et l'Occident.

Le SCO regroupe la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan. Le sujet de la Géorgie ne figure pas au programme officiel du sommet.

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