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Nicolas Sarkozy parie sur Damas

Dernière modification : 03/09/2008

Nicolas Sarkozy est à Damas pour une visite de deux jours. La première d'un chef d'État français en Syrie depuis celle du président Chirac, en 2002. Le décryptage de notre spécialiste de politique internationale, Jean-Bernard Cadier.

La réconciliation franco-syrienne comme les brouilles du passé dépendent des circonvolutions de la politique libanaise. Nicolas Sarkozy cherche à profiter de l’absence des Américains pour tenter de s’imposer dans le jeu régional.

 

Dans une interview au journal syrien "Al Watan", Nicolas Sarkozy parle de "rupture" dans la politique française au Proche-Orient. Venant de lui, le mot n’est jamais neutre. C’est avec la politique de Jacques Chirac qu’il veut rompre, cette prise de distance que l’ancien Président avait appliquée à l’égard de la Syrie après l’assassinat de l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri en février 2005.


Il ne faut pourtant pas exagérer le virage pris par Nicolas Sarkozy. Son voyage à Damas n’est pas une première : son prédécesseur s’y était déjà rendu en visite officielle en 2002 et surtout Jacques Chirac avait été le seul chef d’Etat occidental à assister aux obsèques d’Hafez el-Assad en 2000, persuadé (déjà) du rôle central de la Syrie, et (déjà) de la chance à saisir pour la diplomatie française.


L’hiver dernier Nicolas Sarkozy avait lui-même rompu les relations de haut niveau avec la Syrie pour protester contre ce qu’il estimait être un sabotage du processus électoral présidentiel au Liban.


En fait les relations entre Paris et Damas dépendent un peu de la personnalité de l’occupant de l’Elysée mais surtout des circonvolutions de la politique libanaise.

 

Vent de bonne volonté


Finalement le moment le plus important du voyage de Nicolas Sarkozy sera moins sa rencontre avec Bachar el-Assad que le sommet qui réunira brièvement les deux hommes avec l’émir du Qatar et le Premier ministre de la Turquie. Petit sommet par sa durée (90 minutes) mais crucial par la personnalité des participants : la Turquie est le médiateur de la nouvelle série de négociations entre Israël et la Syrie, et le Qatar a réussi à la surprise générale à réconcilier les factions libanaises. Un vent de bonne volonté (il est trop tôt pour parler de paix) semble souffler sur le Proche-Orient avec -et peut-être grâce à- l’apparition de nouveaux acteurs comme le Qatar et la Turquie.

 

La France veut s’inscrire dans ce mouvement en profitant de l’absence provisoire de l’Amérique pour cause d’élection présidentielle. Et c’est peut-être là que réside la réelle rupture et un certain paradoxe : en Géorgie comme en Syrie, Sarkozy le pro-américain entre en concurrence avec la diplomatie américaine, beaucoup plus ouvertement et activement que son prédécesseur.

Première publication : 03/09/2008

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