10 septembre 2008 - 12H00

L'Aga Khan réhabilite trois citadelles médiévales en Syrie

Menacées de ruine, trois des plus prestigieuses citadelles médiévales du centre-ouest de la Syrie viennent d'être réhabilitées ou consolidées par l'Agence de l'Aga Khan pour la Culture, l'Aga Khan Trust for Culture.

Abraham serait monté sur le promontoire devenu la forteresse d'Alep. Le sultan Ayyoubide Saladin chassa les croisés du formidable château de Saône. Les "Assassins", intoxiqués au haschich, fondaient de Masyaf, un de leurs redoutables nids d'aigle.

C'est à la demande de la Direction des antiquités et des musées syriens que Karim Aga Khan, chef spirituel des chiites ismaéliens, a mené à bien en huit ans cette entreprise hautement symbolique.

Elle confirme le désir de la Syrie de s'ouvrir davantage au monde extérieur, en comptant sur un patrimoine historique exceptionnel. Pour l'Aga Khan, elle "illustre aux yeux du monde la grandeur des civilisations islamiques du passé".

"La Syrie, souligne-t-il dans une interview à l'AFP, se veut un Etat séculier, où toutes les religions coexistent, même si le peuple syrien est en grande majorité sunnite. Il existe une volonté nationale de résister aux pressions théocratiques qui voudraient imposer une seule interprétation de la religion".

Inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1986, la citadelle d'Alep, bâtie sur un promontoire pentu, entourée d'un profond fossé, a subi, outre les outrages du temps, séismes et bombardements à répétition.

"Il en restait de beaux éléments à restaurer, datant des périodes ayyoubide (XIIe-XIIIe siècle), mamelouke (XIII-XVIe) et ottomane (XVI-XIXe)", explique Mme Reem Qudsi, ingénieur du site, notamment ceux de deux mosquées, d'un hammam et d'un palais.

Mais les murailles et certaines des 19 tours montraient des signes de faiblesse, et il a fallu les consolider. Comme il a fallu, pour les 200 ouvriers du chantier, refaire toutes les conduites d'eau ou d'électricité, les allées piétonnières et construire trois musées.

Pour Mamoun Dayoub, ingénieur à l'AKTC, "on ne doit pas considérer la citadelle de façon isolée. Son périmètre est tout aussi important. Tous les gens qui y vivent vont bénéficier de l'amélioration du quartier".

La circulation est interdite devant l'entrée monumentale de la citadelle, où un espace public a été aménagé, nouveau lieu de rendez-vous des Alépiens qui y donnent jusqu'à des concerts de jazz. Les cafés se sont multipliés. Des micro-crédits ont été octroyés pour la restauration d'habitations.

"Alep, une des plus vieilles villes de Syrie -4.000 ans- sera aussi dotée d'un parc de 17 hectares, là où s'étend un immense terrain vague dans le quartier le plus pauvre de la ville. Un projet de 15 millions de dollars sur cinq ans. Le bâtiment municipal, face à l'entrée de la citadelle, sera transformé en un grand hôtel", précise M. Dayoub.

Près de Lattaquié (nord-ouest), dans un site spectaculaire, le château de Saône, construit en un temps record par les croisés, mais conquis par le sultan Ayyoubide Saladin, a occupé des dizaines d'ouvriers et une demi-douzaine d'ânes pendant 5 ans. Le minaret de la mosquée, le palais des conquérants musulmans et les bains ont été restaurés, un parcours touristique aménagé.

A Masyaf (nord-ouest), un des nids d'aigles de "Assassins", lointains ancêtres des Ismaéliens, les ruines où paissaient les chêvres ont été consolidées, leurs abords réhabilités tels les maisons anciennes ou le vieux souk Saghir.

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