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D'ex-ministres sénégalais dans le collimateur de la France

Dernière modification : 13/09/2008

Un juge français a délivré neuf mandats d'arrêt internationaux contre de hauts dignitaires sénégalais pour leur responsabilité présumée dans le naufrage du Joola. La catastrophe avait fait plus de 1 800 morts en septembre 2002.

Un juge français a délivré vendredi neuf mandats d'arrêts internationaux contre de hauts dignitaires sénégalais, dont l'ancienne premier ministre Mame Madior Boye, pour leur responsabilité présumée dans le naufrage du Joola, qui avait fait plus de 1.800 morts en septembre 2002.

Outre l'ex-premier ministre en fonction au moment du drame, ces mandats délivrés par le juge Jean-Wilfrid Noël, qui valent mise en examen, visent l'ex-ministre des forces armées Youba Sambou, et l'ex-ministre des transports Youssouf Sahko, ainsi que des responsables de l'armée et de la marine.

Parmi eux se trouve le général Babacar Gaye, alors chef d'état-major général des armées et actuellement commandant de la Monuc. Contactée à Kinshasa, la mission de l'Onu en République démocratique du Congo n'a pas souhaité faire de commentaire.

Pour sa part, le ministre sénégalais de la Justice Madické Niang a affirmé vendredi à l'AFP que son pays engagerait "toutes les voies possibles pour obtenir l'annulation des mandats d'arrêt" internationaux délivrés en France.

En janvier dernier, alors que le juge Noël se trouvait sur place, le Sénégal avait menacé la France de "réciprocité" si des hommes d'Etat sénégalais était poursuivis. Le magistrat avait pu entendre une dizaine de personnes, mais pas les plus haut placées.

Deux associations de famille de victimes sénégalaises contactées par l'AFP se sont en revanche félicitées de l'émission par la justice française de ces mandats d'arrêt. "Nous avons toujours réclamé justice", a notamment affirmé le président de l'Association nationale des familles des victimes et rescapés du naufrage du Joola (ANFV-Joola) Boubacar Ba. "Deux mille personnes mortes, aucune mise en examen: ça nous paraît bizarre en tant que Sénégalais".

Une information judiciaire pour homicides involontaires et non-assistance à personnes en péril avait été ouverte à Evry le 1er avril 2003, après le dépôt de plaintes de familles de victimes françaises.

Selon Me Etienne Rosenthal, l'un des avocats des parties civiles françaises, une expertise complémentaire confirme que la responsabilité de neuf personnes peut être engagée, puisque des experts ont constaté 19 manquements à trois conventions internationales maritimes, ratifiées par la France et le Sénégal.

A la sortie d'une réunion vendredi avec le juge Noël, le président de l'association des familles de victimes françaises Bernard Meyzie a fait part à l'AFP de sa "grande satisfaction".

Me Rosenthal a toutefois déploré que le parquet, qui a fait part oralement de ses réquisitions, qui ne sont pas encore rédigées, souhaite recourir à des mesures moins coercitives "pour apaiser la dimension politique du dossier".

Le juge n'est toutefois pas tenu de suivre ces réquisitions.

Le Joola avait chaviré au large de la Gambie le 26 septembre 2002, alors qu'il reliait Ziguinchor, la principale ville de Casamance, à Dakar.

La catastrophe avait fait 1.865 morts et disparus (dont 22 ressortissants français), selon le bilan officiel, plus de 2.000 selon les associations de familles de victimes, soit plus que le naufrage du Titanic (1.500 morts). Seules 64 personnes avaient survécu.

L'enquête ouverte au Sénégal avait conclu à la responsabilité exclusive du capitaine du bateau. Elle avait été classée sans suite.
 

Première publication : 12/09/2008

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