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Les romans font aussi leur rentrée littéraire sur Twitter

Dernière modification : 18/09/2008

Un téléphone portable, de l’imagination et une seule règle à respecter : pas plus de 140 signes. Voilà le roman Twitter, ou "twilivre", un phénomène paralittéraire qui débarque en cette période de rentrée.

Twi-quoi ?

 

Impossible d’expliquer le phénomène du "twilivre", qui n’en n’est qu’à ses balbutiements, sans décrire l’outil, Twitter. Lancé en 2006 aux Etats-Unis, ce site internet permet à ses utilisateurs de mettre en ligne de courts messages destinés, à l’origine, à informer un cercle d’amis de vos activités quotidiennes. Le slogan résume bien le concept : "What are you doing?" ("Qu’est ce que vous faites ?"). Le site impose une seule règle : les messages ne peuvent pas dépasser les 140 signes typographiques, incluant les espaces et la ponctuation.

 

Une fois n’est pas coutume sur le Net, les internautes ont su trouver une autre utilité à cet outil, qui, aux yeux de beaucoup, faisait figure d’énième goutte dans un océan de cyber-gadgets. Les sites d’informations, par exemple, y ont trouvé un moyen simple et rapide de mettre des brèves en ligne. D’autres ont poussé le concept encore plus loin, et proposent de véritables récits, sous forme de compilation de "tweets" (c’est ainsi que l’on nomme un message sur Twitter).

 

Sans doute à l’origine des premiers "twilivres", l’idée de reprendre la traduction des "nouvelles en trois lignes", rendues célèbres par Félix Fénéon. Avec le consentement de l’éditeur américain, un groupe d'internautes a lancé novelsin3lines sur Twitter, à raison de deux nouvelles "tweetées" par jour. Une initiative qui a depuis inspirée nombre de poètes et d’écrivains en herbe.

 
Viens lire mon "twiller"
 

Le journaliste du New York Times Matt Richtel a ainsi inauguré "Hooked", le premier "twiller", ou thriller écrit sur Twitter. Sur son blog, l’auteur livre le synopsis de son roman.

 

"C’est l’histoire d’un homme qui se réveille dans les montagnes du Colorado, souffrant d’amnésie, hanté par le sentiment d’être un meurtrier. Possédant seulement un téléphone lui permettant de "twitter", il se sert de son mobile pour raconter comment il redécouvre son identité, 140 signes à la fois. Une sorte de "Memento" (le film de Christopher Nolan) sur téléphone portable, avec un émoticône, ces petites suites de caractères qui forment des visages, comme le smiley :-), qui apparaît de temps en temps."

 

L’exercice est loin d’être simple. Matt Richtel, connu pour ses récentes enquêtes sur l’industrie du sexe en ligne, a rédigé son "twiller" sous son nom, et s’est retrouvé dans une situation des plus ubuesques.

 

Quelques passages, écrits à la première personne, ont semé la confusion chez certains lecteurs qui ont cru déceler une double personnalité chez l’auteur, et crié à la plaisanterie de mauvais goût. Que nenni, précise Matt Richtel. "Beaucoup de mes collègues de la presse écrite écrivent des romans, se défend l’intéressé. J’en ai déjà publié un. J’expérimente juste un nouveau support."

 

Extraits de "Hooked", voici quelques uns de ces tweets sulfureux (la traduction a été faite de manière à respecter la limitation de 140 signes) :

 

"Lu. Moi c'est Stacy, du moins quand je bosse, et j’ai pas honte. Je ne suis pas Lev mais c’est son tel. Il dort. C’est un tueur, attention"

 

"Je suis une pute mais pas une menteuse. Vérité : Lev croupit en taule à Pitkin County. Accusé de meurtre mais pas inculpé. Je le sais car un"

 

"client à moi est flic. Chic type, sale haleine. Il dit que le test ADN dira si le sang de Lev est aussi sur le couteau qui a tué Shelalah"

 

Avec son langage assez proche de celui du SMS, la lecture de ce genre de récit n’est pas toujours évidente la première fois. Et si le côté littéraire reste encore à démontrer, l’engouement pour ce type de support est en revanche bien présent.

 

Tous les jours, un nouveau webisode
 

En France, Olivier Sauvage, 37 ans, responsable des nouveaux concepts web pour le Groupe 3 Suisses International et auteur du blog capitaine-commerce.com, a décidé un jour de se lancer dans l’écriture en ligne. "J'ai commencé à écrire un nouveau blog (www.tarleb.com) qui est un peu une expérience d'écriture. L'idée : publier tous les jours un nouvel épisode (un "webisode") d'une histoire que j'invente au fur et à mesure. Les commentaires des internautes doivent permettre de suggérer des suites aux webisodes afin d'alimenter l'histoire", raconte l’écrivain en herbe.

  

Il communique sur Twitter pour tenir au courant ses lecteurs de la suite des événements, un peu comme une série de bande-annonces. "Je ne me sers donc pas de Twitter pour écrire une histoire, mais plutôt pour l'animer sous un autre angle. […] Mais comme je l'ai dit, c'est un peu expérimental", rappelle Olivier Sauvage.

 

Pour l'instant, les aventures d'Arnold Layne, dillettante chargé de récupérer une grosse somme d'argent pour le compte de son patron, ne sont suivies que par quelques amis de l'auteur. Le temps pour lui "d'affiner le concept et de trouver le vrai rythme qui sied à ce genre de littérature."

  
Quand le téléphone portable s’attaque aux librairies
 

Au pays du Soleil levant, un phénomène similaire fait fureur. Les "keitai shousetus", romans rédigés par téléphone portable, rencontrent un succès fulgurant. A tel point qu’au Japon, la moitié des best-sellers de 2007 en étaient. Qu’importent que les critiques fustigent la pauvreté de la trame et du style littéraire, et considèrent ce nouveau genre de romans comme une réelle menace culturelle, ça marche.

 

Rin, une jeune Japonaise de 21 ans, a ainsi réussi à écouler plus de 400 000 exemplaires imprimés de la tragique histoire d’amour entre deux amis d’enfance qu’elle s’était amusée à écrire par téléphone mobile pendant ses trajets en transports en commun.

  

Dans un pays où les jeunes générations sont élevées aux mangas et aux bandes dessinées, les fans sont légion. Tout comme en France, second consommateur de mangas au monde, où le phénomène du "twitteroman" pourrait frapper un grand coup.

  

Le téléphone portable menace-t-il les librairies de l'Hexagone ? Olivier Sauvage est sceptique. "Au Japon, l'usage du téléphone mobile est très particulier. Il est presque comme une extension de la main. En France, non", estime ce professionnel des nouvelles technologies. "En revanche, il est certain que des nouveaux supports de communication, comme le livre électronique, vont remettre en question les très vieilles habitudes de l'édition."

Première publication : 16/09/2008

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