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La crise économique expliquée en cinq points

Dernière modification : 15/10/2008

Retour sur la crise des "subprimes" aux États-Unis pour comprendre comment l'effondrement du marché immobilier américain s'est répercuté sur l'ensemble des places boursières de la planète.

1 – Et l’Homme créa le "subprime"

 

A l’origine, un besoin simple. Des millions de ménages pauvres cherchent à acquérir un logement sans en avoir les moyens. Les courtiers proposent alors des crédits, qui, à première vue, semblent très alléchants. Les taux d’emprunts sont "raisonnables" pendant les premières années, mais sont ensuite amenés à augmenter. Ce sont en fait les organismes prêteurs qui fixent le taux de remboursement. Mais ce dernier point n’est pas expliqué en détail aux ménages qui souscrivent à ces crédits en masse, parfois plusieurs à la fois.

  

Ces prêts à taux variables, les fameux "subprimes", sont ensuite revendus à des fonds d’investissement. Les crédits sont ensuite disséqués par les financiers, et intégrés par "petits morceaux" dans des paquets financiers, qui incluent également d’autres actifs de crédits moins risqués.

 

Si l’on schématise, un paquet financier type ressemble à un carton d’emballage. Le contenu de ce carton, les actifs de crédits, est divisé en trois catégories. Les actifs à bas risques, qui rapportent peu mais sont très sûrs, occupent le gros du volume du carton. Viennent ensuite des crédits plus risqués, qui sont également financièrement plus intéressants. Enfin, dans le peu d’espace restant dans le carton, les ingénieurs financiers placent une petite portion de crédits à très haut risque, dont font partie les "subprimes". En fonction de la place accordée à ces produits financiers dans les paquets, les agences de notations les "étiquettent" par rapport au potentiel risque qu’ils contiennent.

 

Ces paquets, appelés titres, sont ensuite mis en circulation sur les marchés financiers où ils sont achetés par des banques du monde entier.

 
2 – L'effet papillon
 

A partir de fin 2006, les ménages qui avaient souscrits aux "subprimes" sont victimes de la brutale augmentation des taux d’emprunts et ne peuvent plus rembourser leurs banques.

Leurs maisons sont alors saisies pour être revendues. Mais le marché immobilier américain, rapidement inondé par la quantité de l’offre et face au peu de demandes, s’effondre.

 

Première conséquence : les fonds qui avaient massivement investit dans les "subprimes" se retrouvent pris au piège. En juillet 2007, deux fonds de la banque d’investissement Bear Stearns ferment.

 

C’est le début d’une réaction en chaîne qui va toucher des banques dans le monde entier. NorthernRock, établissement spécialisé dans le crédit immobilier au Royaume-Uni, sera nationalisé en février 2008, faute de repreneur, après que les images des longues files d’épargnants venus retirer leur argent en catastrophe aient fait le tour du monde.

  

En France, BNP-Paribas est obligé de fermer plusieurs de ses fonds. La Société Générale, en plein affaire Kerviel, annonce une dépréciation de 2 milliards d’euros suite à la crise des "subprimes".

 
3 – Une partie de poker qui tourne mal
 

Pour bien saisir l’effet domino qui se propage dans les places boursières, il faut comprendre que les sommes d’argent qui sont misées chaque jour par les banques sont plus importantes que la valeur réelle de leurs actifs. Le vieil adage "on ne prête qu’aux riches" prend ici toute sa signification. Une banque qui annonce de bons résultats inspire la confiance des investisseurs, et on lui confie de l’argent. Les banques se prêtent donc de l’argent entre elles, et remettent ces sommes en circulation sur les marchés financiers.

 

Avec le début de la crise immobilière aux Etats-Unis, les banques, qui possèdent toutes plus ou moins de titres impliquant des "subprimes", engagent une véritable partie de poker. Chacune sait combien de titres "chauds" elle possède, mais ignore le contenu du portfolio de sa voisine. Jouant la carte de la sécurité, elles évitent de prêter à leurs consœurs, ou alors à des taux très élevés. Nombre d’établissements qui dépendent de ces prêts interbancaires se retrouvent alors fragilisés.

 

C’est ce phénomène qui explique comment la faillite de la banque Lehman Brothers a entraîné la chute des marchés financiers dans son sillage. A commencer par l’Allemagne, où un incroyable scandale a éclaté jeudi 18 septembre. La veille de l’annonce du dépôt de bilan de Lehman Brothers, la banque d’Etat KFW avait viré pas moins de 300 millions d’euros à l’établissement que tout le monde savait déjà condamné.

 

En Asie, l’affolement d’une trentaine de banques, qui avaient prêté de l’argent à Lehman Brothers, s’est répercuté sur les marchés. Au Royaume-Uni, c’est HBOS, l’une des plus grandes banques britanniques, qui a été fusionnée de force jeudi avec sa concurrente, la Lloyds TSB, avec la bénédiction du gouvernement Brown.

 

D’autres pays redoutent cet effet papillon. La Bourse de Moscou a préféré rester fermée jeudi, craignant d’être atteinte à son tour.

 
4 – L’interventionnisme face à l'ultralibéralisme
 

Pour faire face à cette crise, les banques centrales des différents pays n’ont que deux mesures à leur disposition. Changer leur taux directeur et/ou injecter de l’argent dans les établissements en difficulté (nationalisation) ou aux banques qui rachètent leurs consœurs en faillite.

 

Lorsqu’une banque centrale baisse son taux directeur, elle baisse le taux d’emprunt de liquidités aux banques commerciales. Les établissements sont donc plus enclins à emprunter à la Banque centrale, et donc plus favorables à proposer des prêts interbancaires. C’est l’attitude que la Réserve fédérale américaine (Fed) a adopté depuis début 2007. Afin d’encourager les banques à se prêter entre elles, la Fed a baissé plusieurs fois son taux directeur, passant de 5,25 % en juin 2006 à 2% en avril 2008.
  

Le 8 octobre, sept banques centrales dont la BCE et la Fed ont frappé un grand coup en abaissant de manière simultanée et inattendue leurs taux directeurs. La baisse, concertée, est de l’ordre d'un demi-point.

  
Mais pour éviter de sombrer dans un chaos total, la Fed a été obligée d’aller plus loin. En moins de deux semaines, le gouvernement américain a dû nationaliser pas moins de trois géants de la finance, un comble pour une économie qui prône l’ultralibéralisme.

 

Le 17 mars 2008, la banque d’investissement Bear Sterns est rachetée par JPMorgan pour 236 millions de dollars, après que la Fed ait octroyé plus de 29 milliards de dollars de prêt pour sauver l’établissement de la faillite.

 

Le 7 septembre, Fannie Mae et Freddie Mac, deux piliers du crédit immobilier aux Etats-Unis sont sauvés grâce à un chèque de la Fed d’un montant de 200 milliards de dollars. Dix jours plus tard, c’est au tour du premier assureur américain, AIG, de se faire nationaliser à hauteur de 80%, moyennant une nouvelle injection de 85 milliards de dollars de la part du Trésor.

 

D’autres établissements se font racheter par des concurrents moins touchés par la crise. C’est le cas de Merill Lynch, qui, en janvier 2008, avait pourtant réussi à sauver sa peau une première fois en faisant appel à des fonds souverains. Le 15 septembre, elle se fait racheter par Bank of America pour 50 milliards de dollars.

 

Début octobre, le gouvernement britannique a annoncé une nationalisation partielle des huit plus grandes banques du pays, en déboursant 50 milliards de livres (65 milliards d'euros). la banque franco-belge Dexia et le banque-assureur belgo-néerlandais Fortis ont été nationalisés, la britannique Bradford & Bingley partiellement reprise par l'espagnol Santander, tandis que l'Allemagne a dû organiser pour Hypo Real Estate le plus gros plan de sauvetage de son histoire.
 

Outre la nationalisation totale ou partielle de certaines banques, les gouvernements et les banques centrales des grandes puissances économiques sont également intervenus directement sur les marchés financiers. Début septembre, les banques centrales américaine, européenne et japonaise ont injecté des milliards de dollars, ce qui avait alors permis une accalmie des marchés. Le plan Paulson, adopté par le Congrès américain le 3 octobre et immédiatement promulgué par George W. Bush, doit injecter 850 milliards de dollars dans l’économie pour soutenir les institutions financières en péril.

  
Mais nombre d’acteurs financiers voudraient des solutions à long terme et plaident pour l’instauration de nouveaux garde-fous qui puissent assainir en profondeur le système financier.

 

5. Quelles conséquences au quotidien ?

 

Première conséquence immédiate : la panique sur le marché du travail des traders et la diminution de leur considérable pouvoir d’achat. "Les choses ont changé depuis l'été dernier", témoigne Yann H., trader âgé de 26 ans, interrogé sur le site des Observateurs de FRANCE 24. "J'ai lu dans les journaux britanniques que les taxis, les restaurants de luxe et les boîtes de nuit se plaignent d'une baisse de leur chiffre d'affaires qui est directement liée aux problèmes de la City." Ce trader, qui a quitté la banque Goldman Sachs cet été, estime que "les choses vont encore empirer. Et je ne serais pas étonné que Goldman Sachs et Morgan Stanley mettent la clef sous la porte".

 

Le chômage ne menace pas seulement le monde de la finance. L’économiste Alessandro Giraudo, auteur de "Mythes et Légendes économiques", interrogé sur FRANCE 24, estime que la crise actuelle "va forcer les acteurs de l’économie à ralentir leur activité et à prendre moins de risques".

 

Les Américains risquent ainsi de devoir payer la politique interventionniste de l’administration Bush, qui a injecté des "centaines de milliards de dollars", du propre aveu du secrétaire américain au Trésor Henry Paulson, lors d'une déclaration vendredi 19 septembre.
 

Dans beaucoup de pays industrialisés en effet, le resserrement du crédit imposé par les banques aux ménages risque de restreindre la consommation. Les investissements des entreprises manquent de visibilité. Ainsi, Alain Dinin, PDG du promoteur immobilier Nexity, estimait le 10 octobre que 180 000 emplois étaient menacés de chômage dans le secteur du bâtiment en raison de la baisse de la construction dans le neuf.
 

La crise va jusqu’à ébranler les fondements de l’économie d’un pays tel que l’Islande, dont les caisses sont à sec. Après avoir placé deux des plus grandes banques du pays sous sa tutelle, le gouvernement islandais a fait appel à la Russie, début octobre, pour un prêt de 4 milliards d’euros.

 

Première publication : 19/09/2008

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