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Le procès des déchets toxiques en cours à Abidjan

Dernière modification : 30/09/2008

Le procès des déchets du cargo Probo Koala s'est ouvert à Abidjan, en Côte d'Ivoire. En 2006, 500 tonnes de déchets toxiques avaient été déversées dans des décharges, tuant 17 personnes et intoxiquant des milliers d'autres.

C’est le procès des "douze salopards". Dans le bidonville de Vridi "Zimbabwe", sur le port d’Abidjan, Hortense Guidam Lobo a la dent dure contre les douze accusés du procès du Probo Koala. "Si nous les tenions, nous les tuerions", fulmine la présidente des victimes des déchets toxiques de Vridi III.
 

Les douze hommes sur la sellette se retrouvent devant la cour d’assises d’Abidjan, qui n’avait pas siégé depuis six ans à cause du conflit inter-ivoirien. Parmi eux, pas un seul membre du groupe britannique Trafigura, qui avait pourtant affrété le Probo Koala. Mais ce major de l’armement maritime a conclu avec les pouvoirs publics ivoiriens un accord pour solde de tout compte. Trafigura avait payé 100 milliards de francs CFA, soit 152 millions d’euros, en échange de l’abandon des poursuites à son endroit.

 

Les douze personnes qui se retrouvent dans le box sont accusées d’empoisonnement, complicité d’empoisonnement, infraction à la loi protégeant la santé publique ou au code de l’environnement. Pour cela, le principal accusé risque la prison à vie. Le procès devrait durer un peu moins de deux semaines, et les accusés doivet être jugés par un jury de neuf jurés au total - trois magistrats et six jurés populaires tirés au sort, parmi lesquels une femme.

 

Des victimes par milliers
 

Les victimes, elles, ont été en partie indemnisées. Les familles des 17 morts reconnus dans l’affaire du Probo Koala ont toutes reçu, au total, 1 milliard de francs CFA, soit un peu plus d’un million et demi d’euros, soit encore un centième de ce que Trafigura a versé en échange de l’abandon des poursuites.
 
Il y a aussi les victimes économiques, c'est-à-dire les entreprises qui ont subi un préjudice du fait de la catastrophe. Celles-ci aussi ont toutes été indemnisées. Les autres victimes, dites "sanitaires", n’ont pas toutes été indemnisées. Et elles sont nombreuses, puisqu’on reconnaît officiellement plus de 90 000 victimes du Probo Koala en Côte d’Ivoire. Et là, les associations de victimes font des pieds et des mains pour que justice soit rendue. Mais il y a tellement d'associations que, finalement, elles se neutralisent les unes les autres et en deviennent inefficaces.
 

Des déchets à l’air libre

 

Deux ans après les faits, la dépollution est toujours incomplète. Polluée par les déchets toxiques du Probo Koala, la terre du ravin proche du village de Djibi, banlieue d’Abidjan est, depuis, stockée dans des sacs exposés à tous vents, entourés de barbelés faciles à franchir.
 
Mieux vaut avoir un mouchoir sur soi pour approcher. C’est un groupe français, Seché environnement, qui avait été chargé de dépolluer la quinzaine de sites. En août 2006, les chauffeurs des camions-citernes de l’entreprise ivoirienne Tommy les avaient choisis au hasard pour déverser leur cargaison chimique. Après pompage, les liquides ont été confinés dans des citernes, et les boues dans des fûts. Restait la terre polluée, qui attend toujours d’être enlevée. En attendant, les riverains, résignés, prennent leur mal en patience. La vie continue à Djibi, à l’ombre d’un monticule de sacs qui empeste après la pluie.

Première publication : 29/09/2008

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