La presse écrite est un secteur atomisé en une galaxie de sociétés dont émergent un nombre restreint de grands acteurs, ce que déplore le président de la République, qui appelle de ses voeux la création de grands groupes multimédias.
La presse française regroupe quelque 17.000 titres, qu'il s'agisse de quotidiens ou de magazines, de titres nationaux ou locaux, de presse grand public ou spécialisée. Ces titres totalisent un chiffre d'affaires de 10,5 milliards d'euros, réalisé essentiellement par 25% d'entre eux.
* LA PRESSE MAGAZINE
Elle est éclatée en 300 groupes, dont 250 PME et TPE (très petites entreprises).
Trois poids-lourds émergent. Lagardère Active, qui compte également des activités audiovisuelles et internet (Europe 1, Gulli, Canal J...), est le premier éditeur de magazines de loisirs et de distraction dans le monde.
En France, il édite 33 titres dont Elle, Paris-Match, Le Journal du Dimanche, Télé 7 Jours, Première... Son chiffre d'affaires prévisionnel 2008 (hors régie publicitaire) devrait atteindre 560 millions d'euros, pour 548 millions d'exemplaires vendus.
Deuxième du secteur, Prisma Presse est la filiale française du groupe allemand Grüner + Jahr. Elle édite 20 titres (Voici, Géo, Capital, Femme Actuelle...), pour un chiffre d'affaires global de 585 millions d'euros (y compris la régie publicitaire) en 2007.
Le groupe italien Mondadori a racheté en 2006 les activités françaises du britannique Emap, troisième du secteur. Le groupe édite plus de 30 titres (Closer, Pleine Vie, Télé Star...), pour un chiffre d'affaires 2007 de 390 millions d'euros.
* LA PRESSE QUOTIDIENNE REGIONALE
La presse quotidienne régionale et départementale compte une soixantaine de titres. Après une profonde recomposition au cours des dernières années, elle est désormais dominée par quatre groupes.
Le premier d'entre eux, Ebra, couvre la quasi-totalité de l'est de la France et totalise 1,1 million d'exemplaires avec des titres comme les Dernières Nouvelles d'Alsace, L'Est Républicain, Le Progrès, Le Dauphiné Libéré...
SIPA/Ouest France avoisine le million d'exemplaires, du Brest au Mans, avec des journaux comme Ouest France (premier quotidien payant en France), Le Courrier de l'Ouest, Presse Océan...
Groupe Hersant Médias (GHM), présent en Normandie, en Champagne-Ardennes, dans le sud-est (Nice-Matin, La Provence...) et dans les départements d'outremer, totalise une diffusion d'environ 780.000 exemplaires.
Un quatrième ensemble a été formé en 2007 par l'acquisition par Sud Ouest des quotidiens régionaux du Monde (Midi Libre, L'Indépendant...). Il représente une diffusion de 630.000 exemplaires.
* LA PRESSE QUOTIDIENNE NATIONALE
Elle rassemble 16 titres, dont 5 journaux hippiques.
Désormais, le groupe Amaury est le seul groupe de presse à posséder à la fois un quotidien régional (Le Parisien) et des quotidiens nationaux, L'Equipe, premier quotidien national payant avec 323.835 exemplaires, et Aujourd'hui en France.
Après avoir racheté la Socpresse en 2004, l'avionneur Serge Dassault a dispersé les titres régionaux, pour ne conserver que Le Figaro et ses suppléments (Le Figaro Magazine, Figaro Madame...). Le groupe mène depuis quelques années une forte politique d'acquisition de sites internet.
Le Monde a également cédé ses quotidiens régionaux à Sud Ouest. Le groupe rassemble le quotidien, des sites internet et des magazines (Télérama, La Vie, Courrier International...) dont certain en cours de cession. La holding de tête de groupe est contrôlée en majorité par les actionnaires salariés. Une des structures intermédiaires compte parmi ses actionnaires principaux Lagardère et le groupe de presse espagnol Prisa.
Longtemps indépendant, Libération est détenu en majorité depuis 2005 par l'homme d'affaires Edouard de Rothschild et par l'Italien Carlo Caracciolo, co-fondateur du quotidien La Repubblica.
Dans la presse économique, Les Echos et son mensuel Les Enjeux ont été rachetés en 2007 par LVMH. A l'occasion de cette acquisition, le géant français du luxe a revendu La Tribune, deuxième quotidien économique français, à Alain Weill. Ce dernier dirige le groupe NextRadioTV, qui possède les radios BFM et RMC, la chaîne BFM TV et le groupe de presse magazine Tests.
* LA PRESSE QUOTIDIENNE GRATUITE
Lancé le 18 février 2002 par le groupe suédois Metro International (69 éditions dans 21 pays), Metro est le premier quotidien gratuit à s'être implanté en France. Il est distribué à 880.000 exemplaires dans dix métropoles. Le groupe TF1 est entré dans le capital de Metro France à hauteur de 34,3%.
Lancé le 15 mars 2002, 20 Minutes est détenu à 50% par le norvégien Schibsted, grand groupe scandinave de médias, et par le groupe SIPA, éditeur du quotidien Ouest France, via Sofiouest (25%) et Spir Communication, spécialisé dans la presse d'annonces gratuites notamment (25%). Distribué à 870.000 exemplaires dans huit métropoles, il est le quotidien national le plus lu, avec 2,6 millions de lecteurs.
L'hommes d'affaires Vincent Bolloré possède trois quotidiens gratuits, Direct Soir - seul quotidien gratuit du soir lancé en 2006 - Direct Matin Plus et Direct Bretagne, tous deux lancés en 2007. Direct Matin Plus est la tête de pont parisienne du réseau Ville Plus, qui fédère les quotidiens gratuits créés par la presse quotidienne régionale en risposte à l'arrivée des gratuits en province.
Commandés par l'Etat, rédigés par des commissions parlementaires ou émanant d'instituts privés, plusieurs rapports proposent depuis deux ans des remèdes à la crise de la presse. Avec au moins une idée en commun: la constitution de grands groupes plurimédias.
Danièle Giazzi, secrétaire générale de l'UMP, a remis un rapport le 11 septembre au président Nicolas Sarkozy, trois semaines avant que ce dernier lance ses "Etats généraux de la presse".
Intitulé "Les médias et le numérique", le rapport Giazzi s'intéresse plus particulièrement aux bouleversements qu'entraîne la révolution numérique pour les entreprises traditionnelles de médias, notamment la concurrence que représente pour la presse quotidienne les sites d'information sur le net.
Le rapport Giazzi, qui ne formule pas moins de huit objectifs et 34 recommandations, considère comme "essentielle" l'existence de "grands groupes plurimédias". Il y a urgence, écrit-elle, "à faire sauter les verrous qui empêchent les grands groupes de médias français à devenir de grands groupes plurimédias mondiaux, entraînant avec eux tout le secteur des industries culturelles".
En octobre 2007, la commission des Affaires culturelles du Sénat, dans un rapport qui s'interrogeait sur la "mort annoncée" de la presse quotidienne d'information, proposait aussi de "favoriser la constitution de groupes plurimédias en ajustant les règles anticoncentration" pour aider les quotidiens à entrer dans l'univers numérique.
La commission prônait "l'assouplissement du régime anticoncentration plurimédia en autorisant les groupes français et européens à détenir un quotidien et ce, quels que soient leurs actifs".
De façon plus nuancée, un rapport sur "La presse au défi du numérique" remis le 19 février 2007 au ministère de la Culture et de la Communication et signé notamment de l'ancien président de France Télévisions Marc Tessier, recommandait lui aussi "de promouvoir les approches et les fonctionnements plurimédias".
"Face aux géants de l'Internet, les groupes de presse français apparaissent souvent trop petits et trop désarmés sur le plan financier pour véritablement faire face à cette nouvelle concurrence et éviter qu'elle n'aboutisse à une dégradation dangereuse de leur situation financière", notaient les auteurs.
A cet égard, l'Institut Montaigne, un cercle de réflexion réunissant universitaires et dirigeants d'entreprise, parvenaient déjà aux mêmes conclusions dès l'été 2006, dans un rapport hardiment intitulé "Comment sauver la presse quotidienne d'information", auquel se référent d'ailleurs parfois les rapports ultérieurs.
Parmi 11 propositions constituant, selon l'Institut, "un véritable plan Marshall" pour sauver la presse, figurait en bonne place la réforme du dispositif anticoncentration "pour permettre la constitution de groupes plurimédias".
L'un des principaux dispositifs actuellement appliqués pour lutter, au nom de la diversité d'opinion, contre la concentration dans les médias est la règle dite des "deux sur trois". Elle interdit à un même groupe de médias de détenir à la fois une grande chaîne de télévision, une grande station de radio et un grand quotidien d'information.
La diffusion des journaux et les recettes publicitaires ont augmenté dans le monde en 2007 alors que la montée des gratuits et du web se poursuit, indique le rapport annuel de l'Association mondiale des journaux (AMJ) publié lundi.
Le nombre d'exemplaires de la presse payante a augmenté de 2,57% sur un an, selon le rapport publié lors du Congrès de l'AMJ à Göteborg en Suède.
"Si l'on ajoute les quotidiens gratuits à la diffusion des titres payants, la diffusion globale des journaux a augmenté de 3,65% l'an dernier, et de 14,3% depuis cinq ans", précise ce bilan de la profession pour 2007.
Les quotidiens gratuits représentent désormais près de 7% de la diffusion globale des journaux et 23% de leur diffusion en Europe uniquement.
Selon l'AMJ, les recettes publicitaires des quotidiens payants ont grimpé de 0,86% l'an dernier et de 12,84% sur cinq ans.
La presse écrite, journaux et magazines confondus, reste le plus grand support publicitaire mondial, avec une part de marché de 40%, devant la télévision (38%), indique le rapport.
"La diffusion des journaux a augmenté ou est restée stable dans les trois-quarts des pays de la planète au cours des cinq dernières années et dans près de 80 pour cent des pays l'an passé", a indiqué Timothy Balding, le président de l'AMJ.
"Et même dans les endroits où la diffusion payante est en baisse, notamment les Etats-Unis et dans certains pays d'Europe de l'ouest, les journaux continuent d'étendre leur audience à travers une grande variété de publications gratuites et spécialisées et par le biais de leurs plateformes multimédias en pleine expansion", a-t-il ajouté.
Le nombre de titres payants a progressé partout dans le monde à l'exception de l'Amérique du Nord, où il s'est réduit de 0,56%.
Les cinq plus grands marchés de presse sont: la Chine, avec 107 millions d'exemplaires vendus quotidiennement, l'Inde avec 99 millions, le Japon avec 68 millions, les Etats-Unis avec près de 51 millions et l'Allemagne avec 20,6 millions.
Dans les pays de l'Union européenne, la diffusion des quotidiens payants a enregistré une baisse de 2,37% en 2007 et de 5,91% depuis 2003. La diminution est marquée en Allemagne (-2,38%), au Royaume-Uni (-3,46%) et en France elle a été moindre (-0,48%).
Selon l'AMJ, "le recettes publicitaires liées à internet - pas uniquement les journaux en ligne, mais toute la publicité sur internet - ont augmenté de 32,45% sur un an et de 200% entre 2003 à 2007".
En Europe, les recettes de la publicité commerciale sur internet dépassent à présent les revenus des petits annonces, ajoute le rapport en estimant que les revenus publicitaires internet des journaux devraient plus que doubler au cours des cinq prochaines années et représenter 12% du total des recettes publicitaires des journaux d'ici 2011.
Le nombre de sites web de journaux a augmenté de 13,77% en 2007 et de 50,77% sur cinq ans depuis 2003.
Pour les gratuits, un total de 312 journaux a réalisé une diffusion combinée de 41,04 millions d'exemplaires par jour, soit une augmentation de la diffusion de 20% sur un an et de 173,2% sur cinq ans.
L'AMJ représente 18.000 titres dans le monde et regroupe 77 associations nationales d'éditeurs de journaux, des entreprises de presse et des directeurs de journaux individuels dans 102 pays.











