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L'Irlande adopte son plan d'urgence bancaire

Dernière modification : 03/10/2008

En adoptant une loi mettant en œuvre une garantie gouvernementale illimitée à ses principales banques, l'Irlande se protège de la crise financière. Mais pas des critiques de ses voisins européens qui l'accusent de faire cavalier seul.

Lire aussi l'analyse de Caroline de Camaret : "L'Europe à 'sauve qui peut' !" ainsi que l'article "La BCE garde son principal taux inchangé".

 

 

L'Irlande a officiellement adopté jeudi une loi controversée mettant en oeuvre une garantie gouvernementale illimitée aux principales banques irlandaises, afin de les protéger de la crise financière.

Ce texte a été officiellement paraphé jeudi après-midi par la présidente irlandaise Mary McAleese, dernière étape lui donnant force de loi.

Il avait été voté à une large majorité en début de matinée par le Dail, la chambre basse du Parlement irlandais, avec 125 voix pour et 18 contre, au terme d'une longue séance nocturne.

Au Sénat, la chambre haute, il avait été approuvé par 39 voix pour et seulement cinq contre.

Le gouvernement irlandais avait annoncé mardi la mise en place d'une garantie de deux ans sur les dépôts de six grandes banques irlandaises, soit une somme d'au moins 400 milliards d'euros, le double du PIB annuel de l'Irlande, selon des estimations.

Cette garantie concerne les banques Allied Irish Bank, Bank of Ireland, Anglo Irish Bank, Irish Life and Permanent, Irish Nationwide Building Society et Educational Building Society. Elle porte sur l'épargne, les dépôts commerciaux et les obligations de ces établissements, sans limitation des montants en jeu.

Cette mesure a été dénoncée mercredi par l'Association des banquiers britanniques (BBA), qui s'est inquiétée d'une "distorsion de la concurrence" mettant les banques britanniques, notamment celles installées en Irlande du Nord, en situation de "désavantage compétitif".

"L'étendue de la garantie a des conséquences évidentes sur les sociétés qui sont en concurrence pour obtenir des dépôts et, même si nous soutenons les mesures destinées à redonner une stabilité aux marchés financiers, nous avons besoin de fair-play pour les institutions financières à travers l'Europe", a souligné la BBA.

L'initiative irlandaise aurait poussé le ministre britannique des Finances, Alistair Darling, à intervenir. Selon le quotidien The Guardian, M. Darling a téléphoné par deux fois mercredi à son homologue irlandais, Brian Lenihan, pour arguer que la garantie illimitée risquait d'entraîner une "évasion" de l'épargne britannique vers les banques irlandaises.

En Grande-Bretagne, les dépôts bancaires ne sont garantis qu'à hauteur de 35.000 livres, un montant qui devrait passer très prochainement à 50.000 livres (63.000 euros).

Mercredi soir, Dublin a semblé faire un geste en indiquant que des filiales de banques étrangères disposant d'une présence importante en Irlande pourraient éventuellement bénéficier, "au cas par cas", de la garantie.

Cette possibilité n'a pas été intégrée dans la loi adoptée jeudi, mais pourra être introduite par des amendements ultérieurs.

Pour Joan Burton, le porte-parole aux Finances du Labour, parti irlandais d'opposition, inclure des banques étrangères dans le système de garantie reviendrait cependant à "ouvrir la boîte de Pandore financière" et à augmenter le risque pour le contribuable irlandais.
 

Première publication : 02/10/2008

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