- Assemblée nationale - Parti socialiste
Retrouvez la première partie de Politiques avec Pierre Moscovici en cliquant ici.
Roselyne FEVBRE.- Retour sur le plateau de "Politiques" en compagnie de Pierre Moscovici, député socialiste du Doubs. Dans cette première partie, on a parlé de la crise financière, du parti socialiste. Vous disiez qu'à l'IMP, même s'il y avait des sensibilités différentes, ils filaient doux parce qu'ils avaient un leader. Voulez-vous dire par là qu'au parti socialiste, pour l'instant, il n'y en a pas ou trop ?
Pierre MOSCOVICI.- Il faudra bien que cette question soit résolue, avec un bémol toutefois. Nous devons sortir du congrès de Reims avec un Premier secrétaire. Je suis sur la motion de Bertrand Delanoë. Encore une fois, ce n'est pas en faisant des calculs compliqués, je ne suis pas comme Julien Dray qui vote pour une motion en espérant qu'elle ne fera pas suffisamment un bon score et qu'il en sortira donc comme candidat. Si je soutiens Bertrand Delanoë, c'est pour qu'il soit Premier secrétaire du parti socialiste. Pour cela, il faut que sa motion obtienne un score...
Roselyne FEVBRE.- Oui mais il veut être candidat à l'élection présidentielle aussi !
Pierre MOSCOVICI.- J'y viens. C'était le bémol que je voulais introduire. Je souhaite que Bertrand Delanoë soit le Premier secrétaire du parti socialiste car je pense que le parti socialiste a besoin de stabilité, d'une figure dans laquelle il puisse se reconnaître, avec une équipe autour de lui. Je suis prêt à y participer si on l'estime utile et s'il y a des choses intéressantes à faire car j'ai aussi passé l'âge des caramels mous et de faire des choses un peu… Voilà, j'ai envie d'être utile à mon parti.
Attention, ce n'est pas maintenant que nous choisissons notre candidat à l'élection présidentielle. Par rapport à ce que j'ai dit pendant un an, car on m'a dit "mais comment, vous avez pas de présidentialisation et vous vous rangez derrière un présidentiable",…
Roselyne FEVBRE.- Vous avez dit que c'était dangereux de présidentialiser le parti.
Pierre MOSCOVICI.- …je continue de penser qu'il ne faut pas mélanger les échéances. Je souhaite que Bertrand Delanoë soit Premier secrétaire. Je souhaite l'aider à réussir comme Premier secrétaire. Il faut que le parti réussisse.
En revanche, pour l'élection présidentielle, franchement, on verra en 2011. Je veux dire ici quelque chose par rapport à cette question, et j'en ai parlé avec Bertrand Delanoë. Je lui ai dit "Premier secrétaire, je t'aiderai à gagner ce congrès, je t'aiderai ensuite à réussir".
En revanche, il ne m'a rien demandé concernant un soutien, de ma part, à sa candidature en 2011, 2012 pour l'élection présidentielle, et je ne lui ai rien promis. Pourquoi ?
Parce que je pense que c'est la sagesse que de juger en 2011 de celui ou celle qui sera le plus en situation de l'emporter face à Nicolas Sarkozy. Je le dis avec la plus grande clarté. Autant j'ai pris un engagement de loyauté pour le congrès et pour la suite, autant pour la présidentielle il faut garder sa liberté, que chacun la garde. Bertrand Delanoë peut y penser bien sûr, mais je crois qu'il a la prudence et la sagesse de ne pas confondre les échéances. C'est aussi cela qui au final m'a convaincu de rester ou d'être avec lui.
Roselyne FEVBRE.- Beaucoup voit dans François Hollande et Bertrand Delanoë une sorte d'archaïsme du parti socialiste. Vous, vous avez toujours dit "il faut réformer le parti socialiste". Là, c'est un peu les candidats de la glaciation. On n'a pas l'impression qu'ils vont tout révolutionner. Cela ne va-t-il pas être la continuité et l'intendance suivra ?
Pierre MOSCOVICI.- Je crois que c'est un peu facile. Vous parliez précédemment de "social-démocratie". François Hollande et Bertrand Delanoë sont des hommes qui partagent les convictions européennes, les convictions réformistes.
Bertrand Delanoë, puisque c'est lui qui doit être le Premier secrétaire si nous l'emportons. Ce n'est pas François Hollande. François Hollande est un homme qu'il faut respecter. Avoir été Premier secrétaire du parti socialiste pendant 11 ans, ce n'est pas simple. En même temps, je le dis ici tranquillement, je suis sur la même motion que lui, mais il le sait. On ne peut pas être et avoir été. Autrement dit, ce n'est pas François Hollande qui va diriger le parti socialiste demain. Il faut des changements, des changements concrets.
Quels changements ?
Premier changement, je propose que le parti socialiste travaille, qu'il se donne un programme de travail. Vous évoquiez les questions du développement durable, de la croissance, de la répartition, de la protection sociale, quel lien avons-nous à l'Europe, quelle conception de la mondialisation ? On est sur France 24 ici. Sur tous ces sujets-là, il faut des conventions ouvertes à des intellectuels, des experts, des syndicalistes, la société civile, nos militants qui tranchent, votent et débattent. Pourquoi ?
Parce qu'il nous faut élaborer d'abord...
Roselyne FEVBRE.- (inaudible)
Pierre MOSCOVICI.- Absolument ! Qu'on élabore notre projet. C'est la priorité des priorités. Ce n'est pas un changement mais une révolution. Cela fait 11 ans, depuis 1997, que nous n'avons pas fait cela. Travailler sur le projet fondamental, et travailler avec la société, avec des gens qui sont autour de nous. Ca, c'est un changement.
Ensuite, je le dis, moi, et j'espère que Bertrand Delanoë le dira à son tour, il faut un changement de gouvernance. Cela ne peut pas être la génération d'avant qui dirige le parti socialiste.
Roselyne FEVBRE.- Pourtant, c'est bien les éléphants qui sont en train de gagner.
Pierre MOSCOVICI.- Il est logique que des gens dirigent le parti socialiste et l'incarnent. C'est-à-dire que Bertrand Delanoë, Ségolène Royal, Martine Aubry, sont des gens éminents, qui ont eu des responsabilités. On ne peut pas non plus avoir un chef qui vienne de nulle part.
En revanche, il faut s'entourer d'une génération nouvelle avec quelques personnes expérimentées, il en faut...
Roselyne FEVBRE.- Là, ce n'est plus la victoire des quadras mais la victoire des éléphants qui reviennent en horde !
Pierre MOSCOVICI.- Attendez. On raisonne toujours comme si, dans la vie politique, il n'y avait qu'une fonction : la première. Le Premier secrétaire du parti socialiste ne sera pas un quadra, ni même un jeune quinqua. Ce sera quelqu'un d'expérimenté probablement. Il est important que celui-ci ou celle-là, et je le dis pour Bertrand Delanoë, s'entoure d'une nouvelle génération, une génération qui fasse la place à la parité, à la diversité, qui soit renouvelée. Il faut que des gens qui sont au bureau national depuis longtemps laissent leur place. Il faut voir de nouvelles têtes. Il faut que tous ces gens travaillent ensemble. Bertrand Delanoë a l'intention de procéder ainsi, et je veux l'y aider. J'ai dit tout à l'heure que je voulais porter la rénovation avec aussi quand même une nuance : moi-même, je suis quelqu'un qui a plus de 50 ans, qui a déjà été ministre, je peux être un point de passage, un passeur entre la génération d'avant et celle d'après.
Je veillerai, aux côtés de Bertrand Delanoë, à ce qu'il y ait des gens de 40 ans, voire 30 ans, qui dirigent le parti socialiste.
Quand je suis entré à la direction du parti socialiste, c'était en 90, j'avais 32 ans. Il faut des gens de 32 ans à la prochaine direction du parti socialiste.
Roselyne FEVBRE.- Plus de trahison. Vous avez souffert de ces trahisons, vos amis qui vous ont tourné le dos? Comment l'avez-vous vécu ?
Pierre MOSCOVICI.- On ne vit jamais cela agréablement. En même temps, je ne pense pas que cela leur a profité sincèrement. Ils ont choisi des formules qui, à mon avis, sont un peu aventureuses, incohérentes, qui ne seront pas profitables parce que je crois que les militants n'aiment pas ça. Ils n'aiment ni les trahisons ni les incohérences ni les contradictions.
Je suis resté quelqu'un qui, je n'oserais pas dire "droit dans ses bottes", mais dans sa cohérence. Quand je regarde cet épisode, je me dis que c'est dommage car on aurait pu faire autrement. Je crois que l'on aurait dû faire autrement.
Pour ce qui me concerne, je me sens très tranquille.
Roselyne FEVBRE.- La conscience tranquille.
Pierre MOSCOVICI.- La conscience tranquille, et pas seulement, mais le choix le plus rationnel dans une situation. En politique, il y a bien sûr ce que l'on souhaite, le souhaitable, et l'art du possible. Le possible, là, le pragmatisme, l'intérêt du parti était bien que j'apporte la force que j'avais constituée.
Roselyne FEVBRE.- Et choisir la motion qui peut gagner.
Pierre MOSCOVICI.- Non seulement celle qui peut gagner mais celle qui peut réussir, celle qui peut faire le mieux pour le parti socialiste. Mon envie, à moi, c'est que Nicolas Sarkozy ne reste pas seul face à une formation politique éclatée dont on ne connaît ni le chef, ni les orientations. C'est ça la situation d'aujourd'hui. C'est insupportable. C'est pourquoi il fallait avoir une motion qui puisse arriver en tête, qui soit une motion aussi porteuse à la fois de stabilité et d'espoir. C'est ce que nous allons incarner.
Roselyne FEVBRE.- N'y avait-il pas eu non plus d'incohérence chez vous en tant que fidèle de Dominique Strauss-Khan, le mouvement que vous avez créé social démocrate ? N'est-ce pas la rupture puisque Jean-Christophe Ca mbadélis, qui était votre compère est parti dans la motion d'Aubry ? Il y a un éclatement du courant strauss-khanien N'était-il pas plus intéressant pour vous de créer votre propre motion de DSK, de lui préparer le terrain ?
Pierre MOSCOVICI.- Il ne s'agissait pas de préparer le terrain. Nous sommes des gens qui avons fait un long chemin ensemble, aux côtés de Jospin, vous l'avez rappelé, même si je ne suis pas son fils, aux côtés de Strauss-Kahn, même si je ne suis pas son fils non plus. On a 9 ans d'écart, donc à la limite, je pourrais être son frère. Ce qui aurait été logique, c'est que nous fassions une motion ensemble, ensemble, sur nos bases sociales-démocrates, claires, réformistes. Croyez-moi, si on était resté ensemble, cette motion aurait fait 20 %. Mais d'aucuns ont fait un choix différent. Bizarre !
Franchement, pour quelqu'un qui a soutenu Dominique Strauss-Khan, qui est un social démocrate, un réformiste, aller s'allier avec Laurent Fabius, qui a non seulement voté "non" mais ce n'est pas grave, mais qui en plus n'a pas respecté le vote des militants, aller chercher, mais même Arnaud Montebourg, que j'aime bien par ailleurs mais qui n'est pas tout à fait dans la même cohérence, franchement, ce n'est pas lisible.
Roselyne FEVBRE.- C'est une forme de confusion mentale ?
Pierre MOSCOVICI.- C'est confondre reconstruction et combinaison. Au final, j'ai préféré choisir de m'associer, de m'allier avec des gens que je connais.
Roselyne FEVBRE.- Vous avez tout bon, ils ont tout faux, c'est ça ?
Pierre MOSCOVICI.- On peut dire ce que l'on veut de Michel Rocard ou de Lionel Jospin qui sont des sages aujourd'hui, mais nous avons gouverné avec eux. Ce sont des gens propres, qui ont une cohérence. Cette cohérence est réformiste et sociale démocrate. Pour moi, c'était logique.
Simplement, je vais vous faire une confidence. On a beaucoup bluffé dans cette histoire. On a dit "il y a combat et c'est Moscovici". 85 %, des cadres qui ont accompagné Strauss-Kahn dans la désignation ont signé avec et pour Bertrand Delanoë, 85 %! Pourquoi ont-ils fait ça ? Pas par amour de Bertrand Delanoë mais parce que c'était probablement la solution la plus cohérente en dehors de la formation d'une motion.
Roselyne FEVBRE.- Que ferez-vous si, en 2012, DSK revient du FMI triomphalement ? On a vu que dans le JDD, "Le journal du dimanche", il était en tête des sondages pour se présenter en 2012.
Pierre MOSCOVICI.- Je vous ai dit tout à l'heure que j'étais un homme libre par rapport à l'élection présidentielle. A ce moment-là, il faudra faire le meilleur des choix et je me prononcerai, comme d'autres, en fonction de l'intérêt général, de l'intérêt général du parti, et de l'intérêt général du pays.
Il y a deux choses que je n'ai pas faites.
La première, je ne suis pas en train de préparer le retour de DSK parce que je ne sais pas si lui-même voudra revenir.
Roselyne FEVBRE.- Mais si, il le veut.
Pierre MOSCOVICI.- Je ne sais pas si les circonstances le permettront, donc il faut avancer, non pas sans lui, mais pour nous-mêmes. Dans ma génération, on est obligé de préparer l'avenir pour ceux qui sont là, aujourd'hui.
La deuxième chose que je n'ai pas faite, et je n'exclue pas qu'il revienne, je pense qu'il peut être un recours dans certaines circonstances et si j'estimais à ce moment-là qu'il est le meilleur, bien sûr.
Roselyne FEVBRE.- C'est quand tout le monde sera (inaudible)
Pierre MOSCOVICI.- Je pense que tout le monde, à ce moment-là, le soutiendrait. C'est la situation qui va donner les choses. Conservons notre cohérence, ne soyons pas ni dans la nostalgie d'avant ni dans la préparation de quelques chose de compliqué mais soyons disponibles pour que le parti socialiste fasse le meilleur choix le moment venu. C'est mon attitude. Croyez-moi, ce sera mon attitude dans les années à venir.
Roselyne FEVBRE.- On verra ça. On sera là pour le relater.
En tout cas, samedi dernier, au Zénith, une nouvelle Ségolène Royal est née !
Fini la "dame en blanc", aux tirades christiques. On a vu une Ségolène Royal "flower generation", en jean, un peu échevelée, moins raide, en tunique. Certains ont dit "version gourou" ou encore Indira Gandhi. On regarde un extrait, et on en parle.
Roselyne FEVBRE
.- Très bonne actrice, Ségolène Royal.Pierre MOSCOVICI.-
En gros progrès !Roselyne FEVBRE
.- Je sens un peu d'humour grinçant.Pierre MOSCOVICI.-
Non pas du tout.Roselyne FEVBRE
.- Qu'est-ce que cela vous inspire ?Pierre MOSCOVICI.-
En réalité, je suis vraiment ambivalent ou embarrassé. Pourquoi ?Roselyne FEVBRE
.- C'est presque du marketing politique.Pierre MOSCOVICI.-
Je trouve que l'on a beaucoup trop critiqué Ségolène Royal. Ceux qui la stigmatisent, ceux qui veulent la mettre à l'écart se trompent. Elle a été notre candidate à l'élection présidentielle, elle a fait 45 % des voix, et elle porte d'une certaine façon une nouveauté, qu'il faut écouter. Si des gens aiment ça, ce n'est pas le hasard. C'est parce qu'elle porte des choses. Au parti socialiste, nous sommes parfois trop gris, trop "chiants", nous ne portons pas ça. En même temps, et c'est pourquoi je dis que je suis ambivalent, ce n'est pas tout à fait le socialisme. Ca n'est pas l'avis d'un parti politique. D'ailleurs, elle n'en parle jamais.Qu'est-ce que la politique ? Des convictions, et elle en a. C'est aussi une réflexion collective. Là, j'ai noté qu'elle parlait beaucoup, beaucoup, d'elle. C'est aussi savoir surmonter les épreuves. Il y aussi beaucoup de côtés non pas de victimisation mais, au fond, elle se pose comme quelqu'un qui est la cible des autres. Je crois que c'est un peu embarrassant.
Roselyne FEVBRE
.- C'est décalé en pleine crise financière.Pierre MOSCOVICI.-
Le problème que nous avons, c'est comment faire avec elle sans pour autant nous réduire à cela ? Je pense qu'il faut une place pour Ségolène Royal au parti socialiste, mais qu'il ne faut pas transformer le parti socialiste en Zénith permanent.Roselyne FEVBRE
.- Oui. Il est vrai que, du coup, elle ringardise les meetings à la tribune. Elle invente quelque chose.Pierre MOSCOVICI.- Elle a inventé quelque chose, mais en même temps, on parlait beaucoup d'américanisation de la vie politique. Il se trouve que le Zénith correspondait d'assez près au débat entre MaCain et Obama. Ecoutez, j'ai regardé les deux, pas tout, mais un peu les deux. Dans le débat MaCain/Obama, on parlait quand même des sujets de la planète. C'est une différence.
Roselyne FEVBRE.- Et elle, c'est un peu rétréci.
Pierre MOSCOVICI.- Non mais c'était une fête, une communion. Il faut moderniser la vie politique, y compris, je ne suis pas contre ce que l'on appelle "l'américanisation", la mise en scène, etc., etc., mais garder toujours de la substance. Bref, je ne jette pas la pierre à ça mais, en même temps, je me dis franchement puisqu'on m'avait proposé d'être premier signataire de sa motion, je ne me serais pas bien vu à ma place dans cette fête de la fraternité.
Roselyne FEVBRE.- Avec un tambourin derrière...
Pierre MOSCOVICI.- C'était compliqué d'ailleurs. J'ai rencontré un certain nombre de copains, et je ne vais pas les dénoncer. On n'est pas dans la délation. Ils étaient là et ils serraient un peu les fesses quand même. Ils avaient un côté "qu'est-ce que je fais là". C'est spécial.
Roselyne FEVBRE.- Cela fait comme le dit Emmanuelli "rassemblement de secte"?
Pierre MOSCOVICI.- Non, mais je n'aime pas non plus On ne me fera pas dire…
Roselyne FEVBRE.- Vous ne tomberez pas dans le piège de la…
Pierre MOSCOVICI.- stigmatisation de Ségolène Royal. Elle porte des choses que l'on doit écouter, des nouveautés que l'on doit intégrer mais, en même temps, on ne doit pas se rallier car on ne doit pas transformer ou s'abandonner pour devenir quelque chose d'un peu curieux à certains égards.
Il faudrait qu'elle fasse un mouvement plus important vers le parti socialiste. Tout de même, je ne crois pas qu'elle ait prononcé ce mot-là, ni le mot "socialisme" ni le mot "parti". Mais que le parti accepte de ne pas être dans la critique systématique.
En attendant, je pense que ce n'est pas de cette façon que l'on doit diriger le parti. C'est pourquoi, de manière politique et non pas de manière personnelle, c'est avec Bertrand Delanoë que j'ai choisi d'avancer et pas avec Ségolène Royal malgré des éléments de sympathie ou d'attention ou d'intérêt que je peux avoir.
Roselyne FEVBRE.- Je voudrais vous poser une question par rapport à Olivier Besancenot qui accueille dans son nouveau parti Jean-Marc Rouillan, l'ancien assassin du patron Georges Besse par Action directe. Visiblement, Olivier Besancenot ne condamne pas du tout. Cela vous choque-t-il ?
Pierre MOSCOVICI.- D'après ce que j'ai lu, et je ne veux pas faire de procès à Olivier Besancenot, il l'accueille avec un peu d'embarras. Ce n'est pas quelqu'un qu'il a été cherché, qu'il assume. En même temps, c'est quelqu'un qui a purgé sa peine. Il est dans le parti. Je ne trouve pas ça bien. C'est effectivement quelqu'un qui non seulement a été terroriste mais en plus n'a jamais exprimé de vrais regrets. Le problème, c'est que Jean-Marc Rouillan n'est pas un repenti? Il n'a jamais dit qu'Action directe...
Roselyne FEVBRE.- (Inaudible)
Pierre MOSCOVICI.- Pas vraiment. C'est donc très embarrassant.
D'une marnière générale, par rapport à Olivier Besancenot, je trouve que l'on est assez complaisant par rapport à lui. En réalité, c'est quelqu'un de jeune, qui dit avec des mots d'aujourd'hui des réalités d'avant-hier, qui ne fait jamais de propositions concrètes, qui en réalité est assez dur, assez sectaire. Il faut arrêter cette complaisance.
Si vous voulez, le problème d'Olivier Besancenot, c'est nous. Si nous étions une bonne gauche, si nous sommes une bonne gauche demain, si nous jouons notre rôle de parti d'opposition, alors ce partit anticapitaliste reviendra ce que doit être l'extrême-gauche, un parti marginal. Il y a donc beaucoup trop de place pour Olivier Besancenot, je ne dirais pas dans les médias seulement. On sent bien que le pouvoir n'est d'ailleurs pas fâché de sa percée. C'est à nous, parti socialiste, d'occuper l'espace politique, d'être la gauche, de porter une politique à la fois ambitieuse et réaliste. Si nous le faisons, alors apparaîtront davantage les vrais défauts de ce parti qui n'est pas un parti de propositions.
Roselyne FEVBRE.- Pas républicain.
Pierre MOSCOVICI.- Pas publicain, je ne sais pas, mais un parti qui en tout cas ne souhaite pas du tout participer à la transformation sociale, mais être uniquement dans la contestation. C'est vrai qu'il peut accueillir des personnalités contestables comme Jean-Marc Rouillan.
Roselyne FEVBRE.- Merci beaucoup Pierre Moscovici d'avoir été notre invité. Bon courage pour le congrès de Reims. Vous aviez dit qu'à Reims, le PS pouvait s'autodétruire très vite, vous le pensez encore ?
Pierre MOSCOVICI.- C'est encore possible. C'est pourquoi il faut un vrai axe majoritaire, et c'est pourquoi je soutiens la motion de Bertrand Delanoë. C'est la chance pour le parti socialiste de trouver la stabilité dont il a besoin face à Sarkozy.
Roselyne FEVBRE.- Merci beaucoup.
On se retrouve la semaine prochaine. Tout de suite les informations.























