Où est passée la Commission européenne ? On a récemment entendu son président, José Manuel Barroso, se réjouir du plan de sauvetage américain, comme s'il allait suffire que le nuage de la crise financière et économique ne passe au dessus de l’Europe… Mais côté propositions, on assiste à une énumération de "mesurettes" régulatrices, revues à la baisse.
Sur la titrisation, la Commission voulait que les entreprises qui créent des titres négociables complexes gardent 20% du risque. Finalement, elle n’a retenu que le chiffre de 5%… à la demande des banques !
Problème : la Commission sera renouvelée avant octobre 2009. Pour être nommé à nouveau en 2009 par les Etats membres, il est urgent pour Barroso de n’en vexer aucun, donc de ne jamais arbitrer entre la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ! Du coup, on l’a vu se ranger derrière la personnalité du chef de l’Etat français, Nicolas Sarkozy, qu’il laisse aller au feu, donnant l’impression d’être son Premier ministre européen. Une attitude qui modifie de facto l’équilibre institutionnel, en donnant plus de poids aux Etats et moins à la Commission, l’institution communautariste par excellence… C’est aussi le signe d’un changement d’époque : celui des égoïsmes des Etats-nations !
Autre facteur à prendre en compte : la personnalité de José Manuel Barroso, qui vient de la droite anti-étatiste et qui a longtemps prôné les vertus de l’autorégulation. Aussi se retrouve-t-il gêné aux entournures de voir les Etats voler au secours de leurs banques, avec la bénédiction accélérée de la Commissaire à la concurrence, Neelie Kroes, qui n’ose pas s’opposer au mouvement.
De son côté, Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne (BCE) explose. Il se répand dans la presse. L’Europe ne dispose pas d'un bras politique, comme le secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, capable de concocter à la va-vite un plan de sauvetage de 700 milliards de dollars ! Du coup, tous se tournent vers l’institution monétaire, la BCE, et Trichet tente d’acquérir la stature d’un Ben Bernanke, patron de la Réserve fédérale américaine (Fed), dont les moindres mots sont scrutés à travers le monde.
De fait, Jean-Claude Trichet veut faire passer plusieurs messages :
1- Sa politique de taux élevés a plutôt protégé les Européens contre une crise de la même amplitude que celle qui secoue les Etats-Unis. Il n’était pas nécessaire de contester l’indépendance de la BCE.
2- Il n’est pas monomaniaque : il a radicalement changé de discours, hier. Il maintient les taux inchangés mais il pourrait, dans quelques temps, baisser ses taux si la menace inflationniste est écartée (et surtout si la plan Paulson passe) pour relancer la machine à croissance.
3- Il a appelé les Etats au secours. La BCE a injecté des liquidités pour aider les banques et en échange, elles lui ont confié des actifs en garantie. Au fil du temps, ces actifs sont de moins en moins bonne qualité… La BCE, donc l’euro, est fragilisée !
4- Pour apaiser les vives tensions entre la France et l'Allemagne sur la tenue, à Paris, d’un mini-sommet auquel il est convié, Jean-Claude Trichet a félicité le président du Conseil, Nicolas Sarkozy, de son initiative, tout en prenant ses distances avec un fonds européen de sauvetage des banques.
Ainsi, la crise financière, faute de révéler une ambition partagée d’une politique économique commune, change le visage et l’équilibre et la pratique des institutions européennes.













