Vendredi, le ministre de la Solidarité nationale, Djamel Ould Abbas, a fait savoir que le gouvernement allait dégager une enveloppe financière "non plafonnée" pour venir en aide aux victimes des pluies diluviennes qui se sont abattues, mardi et mercredi, sur Ghardaïa, une ville située aux portes du Sahara. Selon lui, la région compterait entre 500 et 600 familles sinistrées. Et presque autant de maisons endommagées. Jeudi, un bilan officiel faisait état de 31 morts.
Mais en réalité, estime Kamal Fayed, correspondant de FRANCE 24 à Alger, la situation est plus catastrophique. Le nombre de décès dépasserait de loin la centaine, contrairement à ce qui a été annoncé. "C’est un petit tsunami qui a frappé la région du Mzab, explique-t-il. Plusieurs quartiers de la ville et des régions environnantes demeurent encore sous les eaux. Tous les grands axes routiers sont coupés. Des centaines de maisons sont détruites et des milliers de familles campent dans la nature ou sont à la recherche d’abris de fortune."
En survolant, mercredi dernier, les lieux de la catastrophe, le ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, s’est dit frappé par l’ampleur des dégâts, sans précédent depuis 50 ans. De fait, durant deux jours, la wilaya (préfecture) de Ghardaïa a vu s’abattre 900 m3 d’eau toutes les secondes.
Aussi le premier flic d’Algérie s’est-il efforcé de présenter un rapport sur les moyens déjà engagés pour soutenir les sinistrés. Et a promis aux habitants d’autres aides urgentes et substantielles de l’Etat. Mais sur le terrain, celles-ci tardent à arriver et la colère commence à gagner la population.
"Fatalisme de l’Etat"
Vendredi, peu avant la prière, des milliers de personnes ont manifesté devant la préfecture pour réclamer des autorités locales une aide alimentaire plus rapide et davantage de moyens matériels qui permettraient de fouiller les décombres où se trouvent peut-être encore des survivants. Le rassemblement a été dispersé par les forces de l’ordre.
Caprice de la nature ou énième défaillance de l’Etat ? Un débat qui n’est pas sans rappeler la polémique née au lendemain du séisme qui avait endeuillé le quartier populaire algérois de Bab el-Oued en 2001 (700 morts et des centaines de disparus).
Kamel Salhi, habitant de Beni-Izguen, non loin de Ghardaïa, accuse l’Etat de fatalisme. "Ce n’est pas la faute de Dieu. C’est l’action même de l’Etat et des communes qui est mise en cause. On ne peut pas accuser indéfiniment Dieu d’être derrière les catastrophes qui frappent notre pays depuis 15 ans. Où sont les réseaux d’assainissement ? Sont-ils suffisamment entretenus pour parer à de telle éventualité? Qu’a fait le service de la voierie de notre ville durant l’été ? Ou est le plan d’urbanisme? Non ce n'est pas une fatalité..."
"La révolution viendra du Sud"
Depuis le premier jour de l’Aïd, toutes les villes du pays se sont mobilisées pour venir en aide aux victimes des inondations de Ghardaïa. Selon le correspondant de FRANCE 24, plus de 420 000 tonnes d’aide humanitaire (matériels, produits alimentaires, couvertures, médicaments, etc.) ont été acheminées vers les zones sinistrées. Un élan de solidarité apprécié mais insuffisant pour couvrir les besoins de tout le monde.
Jeudi, le président Abdelaziz Bouteflika a convoqué un Conseil de gouvernement extraordinaire. Objectif : mobiliser tous les moyens civils et militaires pour sauver Ghardaïa des eaux. De son côté, le chef du gouvernement Ahmed Ouyahia a donné des "directives fermes pour la prise en charge immédiate des victimes de la catastrophe naturelle".
Mais à quelques mois de l’élection présidentielle, tous les Algériens désireux que le chef de l’Etat brigue un troisième mandat craignent que la catastrophe de Ghardaïa ne compromette sérieusement ses chances.
Certains internautes n’ont d’ailleurs pas attendu longtemps pour exprimer leur colère. "Octobre 2008 est en marche… 20 ans plus tard, la révolution viendra du Sud", a lancé l’un d’eux sur un site Web.
















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