Angola - France - Justice
Angolagate ou le "who's who" dans le prétoire
Dimanche 05 octobre 2008
Le procès de la célèbre affaire de vente d'armes à l'Angola s'ouvre ce lundi. Dans le box des accusés : de nombreuses personnalités, parmi lesquelles Jean-Christophe Mitterrand (photo), le fils du défunt président français.
Dossier Le procès de l'AngolagateDimanche 05 octobre 2008
Par Cléa CaulcuttLe casting du tristement célèbre “Angolagate”, dont le procès s’ouvre lundi, est digne de celui d’un thriller ou d’une soirée de la haute société parisienne. Le fils de l’ancien président de la République française François Mitterrand, un de ses anciens conseillers, Jacques Attali [chroniqueur à FRANCE 24], mais aussi l’ancien ministre de l’Intérieur Charles Pasqua seront dans le box des accusés. Ils sont suspectés d’être impliqués dans un vaste trafic d’armes avec le régime angolais dans les années 1990.
Le scandale a captivé pendant des années l’attention des médias français et menace désormais de déstabiliser les relations diplomatiques entre la France et l’Angola, pays d’Afrique subsaharienne qui, après avoir été ravagé par 30 ans de guerre civile, connaît un véritable boom pétrolier. En mai dernier, le chef de l’Etat français Nicolas Sarkozy s’est rendu à Luanda pour cultiver ses bonnes relations avec son homologue José Eduardo dos Santos.
Petit arrangement entre amis
Au centre du scandale : Pierre Falcone, homme d’affaires français, dirigeant de la société de vente d’armes Brenco International, et Arcadi Gaydamak, un milliardaire israélien d’origine russe. Tous deux sont accusés d’avoir mis en place un commerce illégal d’armes s’élevant à quelque 790 millions de dollars. Les deux hommes auraient servi d’intermédiaires entre l’Angola et d’anciens pays soviétiques.
Selon l’enquête judiciaire, Pierre Falcone aurait obtenu des prêts pour le régime angolais, insolvable à l’époque. En échange de quoi, Luanda aurait promis une partie de ses futures recettes pétrolières.
Mais c’est moins cet arrangement que l’identité même des personnalités impliquées dans l’affaire qui suscite la curiosité des médias français. Car Falcone est également suspecté d’avoir versé des pots-de-vin à des hommes politiques français influents en échange de leur aide.
"Les Français ne sont pas vraiment intéressés par le trafic d’armes, qui est pourtant au centre de ce procès, mais plutôt par tout ce qui gravite autour. Ce qui les intéresse c’est de savoir si Falcone a réellement payé des hommes politiques de gauche, comme de droite, pour faciliter son commerce", indique Christophe Boisbouvier, journaliste au service Afrique de Radio France international (RFI)
"Go-betweens"
En 1993, l’Angola est en proie à la guerre civile. Le président José Eduardo dos Santos a besoin de chars et de munitions pour combattre les rebelles de l’Union nationale pour l’indépendance totale de l'Angola (Unita) dirigée par Jonas Savimbi. Quelque 500 000 Angolais périssent durant ce conflit qui prend fin en 2002.
A cette époque, la France soutient l’Unita et refuse de vendre des armes à l’homme fort de Luanda. "La France était hostile à dos Santos, qui a frappé à plusieurs portes pour obtenir des armes. Mais François Mitterrand et Edouard Balladur [Premier ministre français de l’époque, ndlr] se sont toujours refusés de lui en fournir", explique Christophe Boisbouvier.
D’après l’enquête, dos Santos serait pourtant entré officieusement en contact avec l’ancien conseiller Afrique du Parti socialiste français Jean-Bernard Curial. Ainsi qu’avec le fils du chef de l’Etat, Jean-Christophe Mitterrand, qui aurait par la suite présenté le président angolais à Pierre Falcone.
"Infraction à la législation sur les armes"
Le sulfureux dirigeant de Brenco International n’a jamais caché avoir travaillé pour dos Santos, avouant même lui avoir livré des armes. Mais, selon sa défense, celles-ci n’ont jamais transité par la France.
Seulement voilà, “d’après la réglementation française, un homme d’affaires français engagé dans un commerce d’armes, même entre deux pays étrangers, doit faire au préalable une demande d’autorisation auprès du ministère de la Défense", souligne Christophe Boisbouvier. Une précaution que Pierre Falcone aurait oublié de prendre : en janvier 2001, le ministre français de la Défense, Alain Richard, a en effet porté plainte contre lui pour "infraction à la législation sur les armes".
Le businessman français risque jusqu’à 10 ans de prison. Son associé Gaydamak, qui a débuté une carrière politique en Israël, a fait savoir qu’il ne se présentera pas, lundi, devant le tribunal.
Diplomatie parallèle ?
Sur la liste des 42 accusés, se trouvent de nombreuses personnalités, tel l’écrivain à succès Paul-Loup Sulitzer ou encore l’ancien préfet Jean-Charles Marchiani. Mais c’est bel et bien le cas Jean-Christophe Mitterrand qui intéresse le plus la presse. Suspecté d’avoir touché des pots-de-vin de la part de Falcone, le fils du défunt président a admis avoir perçu de l’argent mais seulement en tant que conseiller dans le domaine pétrolier.
Jean-Christophe Mitterrand encourt jusqu’à cinq ans de prison pour "complicité de commerce illicite d'armes" et "recel d’abus de biens sociaux" selon le Tribunal de grande instance de Paris.
L’homme politique français Charles Pasqua figure aussi dans le box des accusés. Suspecté d’avoir reçu des centaines de milliers de dollars pour avoir mené un lobbying en faveur du régime angolais, l’ancien premier flic de France, qui devrait être présent au procès, encourt jusqu’à 10 ans de prison pour "complicité passive". Mais selon Christophe Boisbouvier, le plus important est de savoir "si Pasqua a mené une diplomatie parallèle à l’insu de Balladur et de Mitterrand".
Autre importante personnalité du monde politique impliquée : Jacques Attali. L’ancien conseiller de François Mitterrand, qui a récemment rédigé un plan de relance de la croissance économique pour l’Elysée, est soupçonné d’avoir usé de son influence pour régler un redressement fiscal dont faisait l’objet la société de Falcone. Il risque jusqu’à cinq ans de prison pour "complicité passive".
Dos Santos ni aucun autre homme politique angolais ne figurent parmi les accusés.
Le procès de "l’Angolagate" devrait durer cinq mois.
Pour aller plus loin


07/10/2008 11:54:11 Signaler un abus
La justice francaise à l'épreuve
Par Liambou -
En tout cas cette affaire tombe vraiment à point nommé pour savoir exactement si cette France que nous aimons, et qui est souvent qualifiée de pays des droits de l'homme en est un dans la réalité. N'oublions pas que cette affaire d'armes est une des causes des 500.000 victimes angolaises et les 100.000 victimes de Cabinda (dont le président Dos Santos est passible de la cour pénale internationale, car les Cabindais préparent un dossier en béton à ce sujet). Au moment où des personnalités comme Eva Joly vont prochainement porter fortement la voix des droits de l'homme au parlement européen, il serait inadmissible que la justice française se salisse en exonérant tous ces cupides malfrats de leurs méfaits. Car, on aurait pu trouver une autre solution de conciliation et épargner de nombreuses victimes si cette sordide opération de vente d'armes n'avait eu lieu. C'est la même opération qui se poursuit au Cabinda où Dos Santos ne veut pas régler pacifiquement le problème avec les Cabindais et préfère la force pour justifier des dépenses faramineuses dont la grande partie finie dans ses comptes en banque. Espérons que les hommes de pouvoir en France ne vont pas être tentés de céder aux intimidations farfelues des autorités angolaises. Après tout qu'est ce qu'est en réalité l'Angola face à un pays puissant comme la France? Si la France se décidait réellement avec ses alliés européens, il est possible de faire partir le groupe de corrompus de Luanda et contribuer à les remplacer par des hommes plus humanistes et compétents, aimant à la fois leur peuple et protégeant les intérêts européens.