- Ukraine - Viktor Iouchtchenko
La crise entre le président ukrainien Viktor Iouchtchenko et son Premier ministre Ioulia Timochenko, qui a débouché sur la dissolution du Parlement, conjugue rivalité politique et rancoeurs personnelles.
"La cause principale de la crise politique en Ukraine (..) c'est le conflit entre Iouchtchenko et Timochenko", résume le politologue russe Stanislav Belkovski.
Inséparables lors de la Révolution orange pro-occidentale de 2004 qui les propulsa au pouvoir, les deux leaders n'ont cessé ensuite de s'entredéchirer à chaque passage de Mme Timochenko à la tête du gouvernement, en 2005 d'abord puis cette année.
"La guerre froide entre Timochenko et Iouchtchenko est allée si loin que ce dernier se sentait mal à l'idée même d'apparaître au côté de son Premier ministre", renchérit Volodymyr Fesenko, directeur du Centre d'études politiques Penta à Kiev.
La dissolution du Parlement, prononcée jeudi par le chef de l'Etat, peut avoir un prétexte plausible: l'éclatement de la majorité pro-occidentale en septembre et l'incapacité à en former une autre depuis. Mais le vrai objectif de M. Iouchtchenko était de se débarrasser de Mme Timochenko.
"Le président s'est mis à régler son problème principal : déloger du pouvoir Ioulia Timochenko", écrivait jeudi l'influent quotidien en ligne Ukraïnska Pravda.
Cette hostilité a des explications objectives: les deux responsables s'affronteront très probablement à la présidentielle prévue fin 2009 ou début 2010.
Et ils courtisent le même électorat, plutôt nationaliste de l'ouest et du centre du pays, note Oleg Medvedev, un proche de Mme Timochenko.
Si Mme Timochenko est créditée de jusqu'à 25% d'intentions de vote à la présidentielle, selon de récents sondages, le président a vu son électorat potentiel fondre en revanche à moins de 8%.
Mais le facteur psychologique est aussi largement présent.
"Iouchtchenko est calme, prudent, un peu paresseux mais bon stratège. Timochenko est aventureuse, dynamique, bonne tacticienne mais mauvais stratège", décrit l'analyste Vadim Karassiov, directeur de l'Institut des stratégies mondiales à Kiev, qu'on aperçoit souvent à la présidence.
Selon lui, les deux responsables éprouvent du "mépris" mutuel.
Le Premier ministre se moque de la passion du président pour les antiquités et le folklore national qu'elle "considère comme une lubie", relève M. Karassiov.
Pour sa part, le président, un fervent pro-occidental, reproche à sa rivale opportunisme et manque de patriotisme, estime l'analyste.
"+Je peux faire de Viktor Ianoukovitch (leader de l'opposition pro-russe) un Ukrainien, pas de Timochenko+, dit une phrase attribuée au président", rappelle l'expert pro-russe Vladimir Kornilov.
Les tensions incessantes entre le chef de l'Etat et son Premier ministre se sont exacerbées en août lorsque la présidence a accusé Mme Timochenko de "haute trahison" au profit de Moscou pour n'avoir pas condamné l'opération militaire russe en Géorgie.
En réponse, le bloc Ioulia Timochenko s'est allié avec l'opposition pro-russe pour adopter début septembre une série de lois réduisant les pouvoirs présidentiels.
Dès lors, le parti présidentiel Notre Ukraine-Autodéfense populaire a quitté la majorité pro-occidentale qu'il formait avec le bloc Timochenko.
Le conflit a pris un tour grotesque début octobre lorsque le départ de Mme Timochenko pour d'importantes négociations gazières à Moscou a été retardé, son avion ayant été réquisitionné par le président pour remplacer le sien, tombé en panne.
"Une fripouille a piqué l'avion", a alors ironisé le Premier ministre russe Vladimir Poutine, en accueillant Mme Timochenko à Moscou.
"Les héros de la Révolution orange ont perdu ce qui leur restait d'élégance", résume dans une tribune le rédacteur en chef de la revue Expert-Ukraine, Iskander Khisamov.



























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