Dernière modification : 14/10/2008 

- Exposition - France - Paris


Le 104, nouvelle pépinière d'art dans un quartier populaire
Le 11 octobre s'ouvre dans le Nord de Paris le 104, un nouveau lieu de création artistique aux ambitions internationales. Son implantation dans l'un des derniers quartiers populaires de la capitale suscite des réactions.

La silhouette noire de Maria se détache sur les lourdes grilles du 104, rue d’Aubervilliers, dans le XIXe arrondissement de Paris. Derrière, s’élèvent les verrières des anciennes pompes funèbres municipales sous lesquelles s'agitent encore quelques ouvriers. "Y'aurait pas un boulot pour Maria ?" lance à la cantonade cette habitante d'une cité voisine qui ignore tout du centre de création artistique contemporaine qui ouvre le 11 octobre au public.
 

Le 104 est le dernier-né des grands projets de Bertrand Delanoë, le maire de Paris. C’est une petite folie de 100 millions d’euros, implantée à force de volonté politique dans l'un des derniers quartiers populaires de la capitale.

 

Le quartier de Flandres compte 30 nationalités, 20% de chômeurs et plus de 60% de logements sociaux. Si le 104 n’a pas vocation à donner un emploi à toutes les Maria des environs, il répond quand même à une mission de service publique, affirme Christophe Girard, maire-adjoint en charge de la culture. "Chacun a droit à un logement, mais aussi à un droit à s’éduquer, à se distraire et à voir du beau."

 

"Ce qu’ils voulaient, c’est une zone industrielle"

 

Le projet, situé loin du Paris d’Haussman dans un décor de béton des années 1970, a depuis le début des admirateurs et des détracteurs, dont des riverains et des associations du quartier.

 

"Ce qu’ils voulaient, eux, c’était une zone industrielle pour pouvoir bosser", témoigne Pascal, le patron du PMU le Pascali, à 50 mètres du 104. "Le travail, ça aurait pu faire partir les autres, les drogués et les dealers. Les habitants se demandent ce que les gens vont venir faire ici. Y’a pas de métro et on peut pas se garer."

 

A la place, ce sont plus de 15 000 mètres carrés d’ateliers et de salles de spectacles devant permettre aux artistes d’ici et d’ailleurs d’exercer leur art et de le confronter au public. Y sont aussi installés un magasin de sport, une pépinière d’entreprises et des espaces de répétition pour amateurs dans un décor de pierre, de brique et de fonte qui évoque plus une gare que l’endroit où, pendant longtemps, on a parqué les corbillards municipaux.
 

"Le plus dur, c’est de passer la porte"

 

Anticipant la critique, l’équipe du 104 s’est préoccupée dès le début de jeter des ponts entre le lieu et le quartier. "Ce qu’on souhaite, c’est que le 104 devienne le territoire de tout le monde, une fonction cruciale dans un quartier à fortes rivalités territoriale", explique Eve Plenel, à qui cette mission a été confiée.

 

Le 104, qui permet le passage de la rue d’Aubervilliers à la rue Curial, deux axes majeurs, pourra être emprunté de 11h à 23h. Environ 10% des postes du lieu seront réservés à des personnes en voie de réinsertion. Des accords de partenariat ont été conclus avec les écoles et les centres sociaux des environs.

 

Tout ne va pas de soi, mais l’effort de communication peut être constructif, soutient Eve Plenel. Comme cette fois où une discussion tendue suite à l’occupation des bureaux par des mal logés qui avaient pour slogan "des logements, pas de musée" s’est terminée sur une remarque positive d’une participante. "Mais vous n’êtes pas un musée, vous êtes un lieu de vie," s'est-elle exclamée. "Le plus dur, c’est de passer la porte", constate Plenel.

 
S’approprier les lieux

 

Espace 19, une association qui gère plusieurs centres sociaux dans le quartier, n'est qu'à quelques rues du 104, face à l’imposante Cité Michelet. Le quotidien de Vincent Mermet, son directeur, consiste à demander l’impossible : trouver, par exemple, un million d’euros pour reconstruire les locaux très dégradés d’une crèche. "Il y a des jours où j’aimerais bien n’avoir ne serait-ce qu’1% du budget du 104", dit-il.
 

Mermet fait partie de ceux qui veulent croire que le 104 peut aider à changer l’image du quartier. Mais pour cela, il faut que les habitants se l’approprient, et ce n’est pas gagné, dit-il. "Ce qu’on constate au quotidien, c’est que les notions d’enfermement et de frontière sont très fortes. Même pour des choses gratuites, les gens ne se bougent pas."

 

Stéphane Konopczinski, directeur de la Condition Publique, une ancienne usine textile de Roubaix reconvertie en lieu de création artistique en 2004, en fait chaque jour l’expérience. Seuls 13% de Roubaisiens fréquentent régulièrement la Condition. La majorité des visiteurs sont des gens qui partagent les mêmes codes et références culturels.

 

Ce constat a amené Mermet à ouvrir le débat sur certaines propositions du 104, comme celle de mettre directement en contact les artistes et le public sans accompagnement. "Notre boulot, c’est d’aider les gens à aller voir là où ils n’iraient pas", conclut-il. Un slogan que ne renieraient pas les nouveaux arrivants.

Commentaires (4)

Ré-action

"La culture est un luxe superflu" ... ça l'est déjà moins quand on voit ce que des gens peuvent écrire...

Une petite folie à 100 millions d'euros ...

Voilà les commentaires de Christophe GIRARD, que France 24 retranscrivais à propos d'une expo de photos réalisés pendant l'occupation

A l’image de Christophe Girard, adjoint au maire de Paris chargé des affaires culturelles, et élu du 4ème arrondissement (lieu de l’exposition) qui crie son indignation. "Je suis pour qu'on arrête cette exposition !", lançait-il, la semaine dernière dans les colonnes de l’hebdomadaire, le Journal du Dimanche. "Franchement, c'est insupportable. Tout cela me dégoûte".
Christophe Girard dit avoir découvert cette exposition le jour de son inauguration, en mars. "Elle m'a mis tellement mal à l'aise que j'ai quitté le vernissage", raconte-t-il. "Pourtant, si on avait clairement expliqué au public qu'il s'agissait de...

Par contre une petite folie à 100 millions d'euros, juste pour l'ART ne lui provoque aucune nausée.
Décidément ce type à vraiment des sentiments à géométrie variable.
Je suis passé devant tout à l'heure, c'est vraiment une belle rénovation, ce qui me gène c'est son prix exorbitant et sa destination. A Paris, on ne manque pas de lieux destinés à l'Art et à la culture.
J'attends maintenant une réalisation du même montant destinée à la création d'entreprise artisanale dont les petits ateliers ferment faute de moyens.
Je ne sais plus qui a dit :"A quoi sert la culture si tu n'a rien à bouffer"

Des musées et du chômage

Ce projet Delanoe est vraiment touchant : le Paris bobo en quête de bonne consciense qui vient à la rencontre de ses faubourgs... MOUAHAHAHA ! Pardon pour ce sarcasme, mais les gens du quartier ont bien raison; les 3/4 de la ville ne sont déjà qu'un immense musée et un dortoir à bourgeois. Or quand on est précaire, la culture est un luxe superflux. C'est pourquoi Delanoe devrait concentrer l'argent sur la formation des chômeurs et l'implantation des entreprises à Paris.

le 104

Belle réalisation

J'espère que vous permettrez aux jeunes artistes et jeunes artistes peintres en particulier de trouver, en ce lieu, la possibilité de se faire connaître

merci

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