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1929/2008 : mêmes causes, mêmes effets ?

Dernière modification : 15/10/2008

Va-t-on connaître la même récession que dans les années 1930 ? Si les causes de la crise de 1929 ressemblent étrangement à celles qui ont engendré la crise actuelle, la gestion politique apparaît différente. Pour le moment, du moins.

1929-2008 : un contexte semblable

1. L’économie américaine est florissante.

 

Dans les années 1920, l’économie américaine jouit d’une économie prospère. Le président républicain Herbert Hoover, investi en mars 1929, déclarait alors : «la paix va régner pendant de nombreuses années » et « le monde est sur le seuil d'une grande expansion commerciale. » Certes, il y avait de quoi être optimiste. La production industrielle, surtout automobile, était en plein essor.

Les chiffres de l’économie américaine de ces dernières années sont également bons. Le PIB a enregistré une croissance de 2,2 % en 2007 (2,9 % pour l’Union européenne), de 3,4 % en 2006 (contre 3,0 % dans l’Union européenne) et 3,2 % en 2005.

 

Mais, note Olivier Pastré, professeur à Paris VIII, l’économie américaine -et donc mondiale- avait ralenti dès le milieu des années 1920, avant même le krach boursier. Or actuellement, fait-il remarquer, la croissance des pays asiatiques –environ 10% attendus en Chine en 2008- est en mesure de tirer la croissance américaine et mondiale.

 

2. Cette croissance s’est accompagnée d’une frénésie spéculative, dans les années 1920 comme dans les années 2000.

En 1927, 577 millions d'actions sont échangées à la Bourse de New York. L’année suivante, 920 millions d'actions circulent à Wall Street.

 

Les volumes échangés sont nettement plus importants aujourd’hui (plus de 2 milliards de titres s’échangent quotidiennement sur le seul marché du Nasdaq). Mais la variation des volumes entre 2007 et 2008 est sensiblement la même qu’entre 1927 et 1928. En juin dernier, le nombre de titres échangés par jour sur le marché du NASDAQ avait augmenté de 49% par rapport à juin 2007.

 

3. Le crédit facile

 

Dans les années 1920, la prospérité de l’économie rend plus facile la possibilité de contracter des crédits. La spéculation boursière attire beaucoup de citoyens. Surtout qu’il est possible de payer seulement 10% d’une action et de prendre une créance pour les 90% de la valeur restante. Ces 90% restants faisaient l’objet d’une spéculation boursière. Lorsque la machine boursière s’est grippée en octobre 1929, les courtiers ont réclamé leur dû à ces petits actionnaires qui se sont ruinés à essayer de rembourser leurs dettes.

 

La situation est curieusement similaire aujourd’hui. Les crédits « douteux » ne portent pas sur les titres boursiers, mais sur les prêts immobiliers. Ce sont les fameux « subprimes » : des prêts à taux variables accordés en grand nombre, et sur lesquels les marchés financiers ont spéculé. « Les mécanismes sont les mêmes », explique Jacques Attali sur le site lemonde.fr le 17 septembre dernier. « On a laissé les gens s'endetter en donnant comme actifs des valeurs fictives de biens qui n'étaient qu'artificielles. En 1929 c'étaient les titres boursiers, aujourd'hui c'est l'immobilier. »

 

1929-2008 : Des paniques boursières et bancaires similaires

 

Dans les deux cas, le séisme boursier est parti du marché new-yorkais (contrairement par exemple à la crise de 1997, partie des pays émergents asiatiques et sud-américains).

 

L’ampleur des baisses boursières est comparable. Selon Robert Parker, vice-président de Credit Suisse Asset Management, la baisse des actions depuis l’été 2007 est aussi rapide, sinon plus, qu'en 1929. « À l'époque, les marchés avaient perdu 49 % en quatorze mois, nous en sommes à 45 % en dix mois », dit-il au Figaro, le 10 octobre dernier.

 

Passé le "jeudi noir" du 24 octobre 1929, plusieurs paniques boursières de moindre ampleur se sont succédées dans les années 1930-1933. En trois ans ont disparu 9000 banques, soit 15% des dépôts du système bancaire (source : Crises financières, Economica, 2001).

 

Depuis l’été 2007, les établissements bancaires sont également les premiers touchés : Fannie Mae et Freddie Mac, Lehman Brothers, Northern Rock… Aux Etats-Unis, en Asie et en Europe, les annonces de nationalisations partielles ou totales de banques par l’Etat se multiplient depuis la mi-septembre.

 

1929-2008 : des solutions politiques différentes ?

 

Là où la comparaison est la plus intéressante, c’est au sujet de l’après-crise. La question taraude les acteurs économiques : est-ce que les leçons de 1929 ont été tirées ?

 

Oui, si l’on regarde l’activisme actuel des banques centrales et des gouvernements : autant le plan Paulson aux Etats-Unis que ceux annoncés le 13 octobre par les gouvernements du Royaume-Uni, de France et de l’Allemagne proposent d’injecter des milliards pour soutenir les banques et encourager la liquidité sur les marchés des crédits. Depuis un an, la Fed veille à garantir une certaine liquidité du marché financier en assurant des taux d’intérêt peu élevés. Une attitude suivie par l’ensemble des banques centrales européennes et asiatiques, qui ont abaissé, début octobre, leurs taux directeurs.

 

Or en 1929, une seule tentative de sauvetage a été opérée par la Banque de réserve fédérale de New York, peu après le krach boursier d’octobre. Cela a permis aux marchés financiers de rebondir momentanément. Mais la morosité boursière a duré trois ans et l’argent s’est au contraire raréfié : les taux directeurs des banques centrales sont restés élevés, et les possibilités de crédit se sont restreintes, asséchant l’économie. C’est bien ce qui a été reproché au président Herbert Hoover, et permis l’élection de Franklin Delano Roosevelt en 1932. Ben Bernanke note, dans son Essai sur la Grande Dépression (paru en 2000), que ce sont les pays qui ont abandonné les premiers l'étalon or et relancé l'offre de monnaie qui se sont relevés le plus vite : ils ont réussi à casser la spirale déflationniste et à faire remonter les prix.

 

Autre différence : l’économie mondialisée actuelle est beaucoup plus ouverte que dans les années 1930. Les gouvernements avaient alors favorisé une politique protectionniste, en pensant relancer l’économie de l’intérieur. Les échanges commerciaux mondiaux avaient chuté. Un problème qui semble être évité aujourd’hui, notamment grâce au boom industriel et consumériste des pays émergents comme la Chine, l’Inde et le Brésil.

 

La comparaison entre 1929 et 2008 s’arrête là. La récession américaine s’est surtout manifestée à partir de 1930 jusqu’en 1935, avec un chômage massif. Il est donc trop tôt pour savoir si les pays industriels vont échapper à la « grande dépression ». Il faut seulement espérer que le plus grand spécialiste de la crise de 1929, qui n’est autre que Ben Bernanke, actuel président de la Fed, prendra les bonnes décisions…


 

Première publication : 14/10/2008

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