14 Octobre 2008 - 19H25

Mbeki à Harare pour tenter de sauver l'accord
Le médiateur dans la crise zimbabwéenne, Thabo Mbeki, a commencé à rencontrer Robert Mugabe et Morgan Tsvangirai pour tenter de sauver l’accord du 15 septembre, dans l'impasse depuis que Mugabe a attribué deux ministères clés à son parti.

Le médiateur sud-africain Thabo Mbeki devait rencontrer mardi à Harare les représentants du pouvoir et de l'opposition pour tenter de sauver l'accord de partage du pouvoir, menacé depuis l'attribution unilatérale par le président Robert Mugabe des postes clés à son parti.

Ces consultations devraient débuter dans l'après-midi, au même moment que la première session du Parlement, où le parti de M. Mugabe siège dans la minorité pour la première fois depuis l'indépendance du Zimbabwe en 1980.

Les députés, qui ont prêté serment fin août, vont étudier un amendement constitutionnel afin de permettre à M. Mugabe de rester président et au chef de l'opposition Morgan Tsvangirai de devenir Premier ministre, conformément à l'accord signé le 15 septembre.

Mais cet accord, signé sous l'égide du médiateur, est aujourd'hui dans l'"impasse" et butte sur la répartition des portefeuilles clés entre les deux camps, selon le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de M. Tsvangirai.

Le MDC entend ainsi discuter avec l'ancien président Mbeki, arrivé lundi soir à Harare, de la répartition de ministères comme l'Intérieur ou les Affaires étrangères, tandis que le parti au pouvoir, l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF), estime cette question réglée à l'exception du portefeuille des Finances.

"En ce qui nous concerne, le ministère des Finances est le seul point de discorde. Nous espérons que le médiateur va venir avec des idées neuves", a déclaré Patrick Chinamasa, négociateur en chef de la Zanu-PF.

"Nous sommes engagés à appliquer l'accord", a assuré le ministre de la Justice, cité mardi par le quotidien d'Etat The Herald.

De son côté, le MDC de Morgan Tsvangirai n'a pas souhaité faire de commentaires mardi avant la reprise des discussions mais une faction dissidente de ce parti, dirigée par Arthur Mutambara, s'est dite "pleine d'espoir que quelque chose de positif va se passer".

L'opposition a réclamé de toute urgence l'intervention de Thabo Mbeki afin de pouvoir former rapidement un gouvernement d'union. Morgan Tsvangirai a même menacé de rompre l'accord après la publication samedi dans la presse d'Etat de la répartition des ministères décidée par le président Mugabe.

Cette liste ne concède à l'opposition que 13 postes de moindre importance, tandis que la Zanu-PF, avec 14 ministères, garde le contrôle de la Défense et l'Intérieur, des Affaires étrangères, de l'Information et du Gouvernement local. La faction de M. Mutambara obtient trois ministères.

L'Union européenne (UE) a condamné lundi cette décision unilatérale et menacé de nouvelles sanctions contre le régime de Mugabe. Mais ce dernier a poursuivi dans sa logique et nommé ses deux vice-présidents. Ce qui constitue "un deuxième pas vers la formation du gouvernement" avant la prestation de serment du Premier ministre, ses adjoints et des ministres, selon M. Chinamasa.

"Le pays est à la dérive depuis six mois. Nous ne pouvons continuer ainsi", a-t-il plaidé.

Le Zimbabwe est paralysé depuis les élections générales du 29 mars, quand le régime avait essuyé une défaite historique. Lors du second tour de la présidentielle le 27 juin, le président Mugabe, 84 ans, l'avait emporté après le retrait de M. Tsvangirai, arrivé en tête du premier tour, en raison des violences contre ses partisans.

L'ancien grenier à blé de la région est également plongé dans une très grave crise économique et humanitaire avec une hyperinflation de plus de 231 millions pour cent par an.

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