- Crise financière - Éric Besson - France - Nicolas Sarkozy - Parti socialiste
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Roselyne FEVBRE.- Retour sur le plateau de "Politiques" en compagnie d'Eric Besson, Secrétaire d'Etat au Développement numérique.
Nous parlions évidemment de la crise. Ce que l'on a vu ces derniers temps, c'est-à-dire avant l'Eurogroupe, avant la réunion, le G4, l'Europe a quand même piétiné, elle a rechigné avant de trouver une solution commune. Nicolas Sarkozy a dit, lors de son allocution, que le temps du chacun pour soi était révolu.
Mais cette crise a montré que la peur ne fait pas l'union. Il faut du temps pour que les choses se mettent en route. C'est ce qui s'est passé.
Au final, 1 700 Md€ pour ce plan européen, et on vient de l'apprendre, George Bush vient d'annoncer 250 milliards de dollars de recapitalisation. Dans le fond, l'Europe a sauvé le monde puisque George Bush a suivi la route européenne, le chemin.
Eric BESSON.- L'Europe a donner le "la". Je vous ai trouvé sévère d'ailleurs dans le résumé que vous venez de faire des atermoiements ou des hésitations.
Roselyne FEVBRE.- Ecoutez, le G4, franchement, franchement, n'a pas été une réussite. Cela a été un échec.
Eric BESSON.- Le G4 a été une étape pour réussir ce qui s'est passé le week-end dernier.
Encore une fois, dans l'idéal, on peut dire que cela aurait pu être plus court, plus directif, plus rapide, etc. Ce n'est pas si mal. L'Europe parlant d'une seule voix, se coordonnant par étape successive et pour arriver au résultat.
Roselyne FEVBRE.- Il n'a pas eu du temps. On a quand même vu une Angela Merkel qui a tourné casaque au dernier moment.
Eric BESSON.- Il y a encore quelques semaines, on aurait dit "l'Europe n'existe pas". On a eu deux crises sous l'impulsion de la France, la Géorgie, une guerre, une crise financière en septembre 2008 où l'Europe a été présente. Réjouissons-nous déjà de ce qui est. On peut toujours améliorer, mais ce n'est pas si mal.
Roselyne FEVBRE.- Va-t-on en tirer les leçons pour l'avenir ? On se rend compte que, lorsqu'il y a un plan concerté de tous les pays européens, même s'il n'y a pas de gouvernement économique, quoi qu'en appelle de ses voeux Nicolas Sarkozy, d'ailleurs…
Eric BESSON.- Il y a une forme de gouvernement économique. Ce qui s'est passé dimanche à Paris, c'était la gouvernance économique européenne avec les chefs d'état et de gouvernement, le Président de la Commission et le Président de la Banque centrale. On n'a pas besoin de l'institutionnaliser.
La gouvernance est de dire que l'on se coordonne, on se parle et on parle avec la Commission et la Banque centrale. C'est banal aux Etats-Unis, cela s'est fait pour la première fois explicitement, y compris cette conférence de presse où, côte à côte, vous avez le Président de l'Union, le Président de la BCE et le Président de la Commission.
Eric BESSON.- …optimiste sur le fait que les leçons de cette crise soient tirées en Europe pour qu'on se dise que, si d'aventure, il nous arrivait la même chose, on réagirait de cette façon. Le plus important, maintenant, c'est de devenir gourmand, mais pourquoi pas, d'arriver à refonder le système financier international et les institutions internationales. Nicolas Sarkozy veut donner au FMI un rôle de grand régulateur, si je peux dire, qu'il n'a pas jusque-là. Si on réussit ça, ce que le Président appelle "un nouveau Bretten Woods" et si on arrive par ailleurs à coordonner davantage les réponses entre les pays les plus riches, ce qui doit être le G13 ou le G14, et l'Union européenne, de cette crise sera sorti pas mal de bien pour l'avenir.
Roselyne FEVBRE.- Oui. Vous reconnaissez quand même qu'à un moment, un peu pour pinailler, que l'attitude d'Angela Merkel… On s'est heurté aux égoïsmes nationaux au début de cette crise. C'était Harpagon qui avait les mains sur sa cassette. Personne ne voulait lâcher.
Roselyne FEVBRE.- Peut-être, je n'étais pas dans la salle lorsqu'elle discutait avec le Président de République. Il y avait d'ailleurs assez peu de monde. Je me méfie donc des exégèses. Ce que dit Angela Merkel, qui est de dire qu'il peut y avoir coordination globale et adaptation dans chacun des pays, n'est pas nécessairement absurde. Les historiens diront dans quelque temps ce qui s'est passé exactement pendant quelques jours. Encore une fois, il y a tout ce qui est pris, et c'est déjà pas mal.
Roselyne FEVBRE.- Ce qui est assez paradoxal, c'est l'attitude de Gordon Brown. Il était à lui tout seul une action en chute libre dans son pays, dans son parti, et là, d'un seul coup, lui, le social-démocrate qui donne des leçons d'économie à l'Europe et au monde et qui devient le champion de la régulation et de l'interventionnisme étatique.
Eric BESSON.- Il était déjà un grand régulationniste. Simplement, il y a eu une époque où la troisième voix a consisté à dire "l'Etat doit être un état stratège, régulateur et ne doit pas faire ce que d'autres font mieux que lui". De ce point de vue-là, les éléments qui viennent de se produire ne démentent pas ce qu'ont fait Tony Blair et Gordon Brown.
En revanche, il est certain que les éléments ont servi quelqu'un de sa stature. C'est un économiste, un homme de sang-froid et, comme tous les Anglais, un très grand pragmatique. La grande leçon, c'est quand même, c'est vrai d'ailleurs pour Gordon Brown, pour Nicolas Sarkozy…
Eric BESSON.- …c'est de dire "je ne m'enferme pas dans des mécanismes et des matrices intellectuelles que je cherche à plaquer artificiellement sur une réalité. Je pars de la réalité, et je vois ce que je peux faire". Cela n'a pas trop mal marché, et pour Nicolas Sarkozy et pour Gordon Brown, et par certains côtés, parce qu'il y a un autre vainqueur politique même si lui n'a pas été acteur, c'est Barak Obama. Au moment où on parle, il est le grand favori de l'élection américaine. Convenons que les thèses régulationnistes dont il est issu lui ont bénéficié et ont fait que les Américains se sont dit "finalement, pour une nouvelle donne (je n'ose pas dire un new deal mais c'est quand même cette idée), il faut probablement mieux piocher chez les démocrates que chez les héritiers de George Bush".
Roselyne FEVBRE.- Puisqu'on parle de la gauche, on parle des travaillistes, des démocrates, le problème permanent que le PS français n'a jamais su résoudre, c'est son idéologie face à la façon de concilier l'idéologie et l'économie de marché.
Eric BESSON.- Convenons que c'est difficile pour lui. Je connais bien les dirigeants socialistes. Je suis sûr que dans leur for intérieur, ils pensent, premièrement, que Nicolas Sarkozy et François Fillon agissent bien. Quand vous êtes dans l'opposition, je le sais d'expérience, c'est difficile, notamment en France, de dire "je reconnais que les gouvernants agissent bien". On vous dit "mais alors, vous n'êtes plus dans l'opposition" ! C'est donc difficile pour eux.
Deuxièmement, cela se passe à un moment où la régulation revient en force, et c'est Nicolas Sarkozy qui prend le thème de la régulation.
Troisièmement, circonstance aggravante, celle du calendrier. Cela se passe au moment de la préparation et à quelques jours du vote des militants. Convenons que la tâche n'est pas facile pour les socialistes.
Roselyne FEVBRE.- Oui, mais il est clair, à un moment où il y a quelques semaines, les Etats-Unis deviennent eux aussi les premiers champions de la régulation et que l'on n'entend pas une proposition socialiste en France, qui était quand même le parti des idées il y a quelques années, cela fiche un coup, non ?
Eric BESSON.- Oui. Ne me transformez pas en avocat du parti socialiste. Je n'ai plus envie de l'être.
Roselyne FEVBRE.- Je peux vous faire dire du mal d'eux, si vous le voulez.
Eric BESSON.- Non plus. C'est une histoire un peu ensevelie pour moi. Simplement, le parti socialiste devrait s'interroger. On parlait de Barak Obama il y a quelques instants. Quand Barak Obama a fait sa tournée européenne, le seul parti d'opposition, dans les grandes démocraties qu'il ait visitées et qu'il n'a pas voulu rencontrer, c'était le parti socialiste français.
Roselyne FEVBRE.- Bien sûr. Il avait vu en Grande-Bretagne, en Allemagne.
Eric BESSON.- En France, il n'a pas vu et voulu voir le parti socialiste considérant qu'il n'était pas dans le jeu qui l'intéressait lui. Cela doit être source de réflexion.
Surtout ce qui doit faire réfléchir les socialistes français, c'est de se demander, alors que les temps se prêteraient à leur thèse, pourquoi ils sont inaudibles.
L'une des raisons, c'est que ce congrès, qui est un enjeu de pouvoir, et après tout, le fait qu'un congrès soit un enjeu de pouvoir n'est pas déshonorant. Que l'on choisisse par des militants ses dirigeants, pourquoi pas ? A condition que cela se fasse autour de clivages clairs, compréhensibles par l'opinion.
Roselyne FEVBRE.- Alors que là, il y a six motions. Trois disent la même chose. Il y a des attelages parfois surnaturels. On se demande ce que Martine Aubry fait avec Laurent Fabius. Pourquoi Laurent Fabius qui avait eu une révélation à gauche….
Eric BESSON.- Ce ne sont pas tant les hommes et les femmes, ils peuvent évoluer dans leur parcours. Ce qui est plus important, ce serait si Bertrand Delanoë disait très clairement "voilà la grille de lecture que je propose", et que Martine Aubry en avait une autre et Ségolène Royal une autre, etc.
Auquel cas, le parti socialiste aurait un congrès utile pour lui-même, mais aussi pour la démocratie française, au sens où ce serait des arbitrages qui seraient présentés devant le grand public. Aujourd'hui, cela n'existe pas. C'est pourquoi le parti socialiste…
Roselyne FEVBRE.- Il n'y a pas d'idées, il n'y a pas de leader ?
Eric BESSON.- Il y a des idées mais elles ne sont pas exprimées, et la bataille qui se fait n'est pas ordonnancée autour de ces idées.
Roselyne FEVBRE.- On n'entend plus Bertrand Delanoë dire qu'il est socialiste et libéral. C'est un gros mot.
Eric BESSON.- Parce que la mode de l'automne n'est pas à cela. Elle est à la régulation. Ce n'est pas incompatible. Il ne faut pas croire que, demain, on va sortir de cette crise en prônant la planification et le retour à l'économie administrée. On sera toujours en économie de marché et plus que jamais en économie de marché régulée.
Roselyne FEVBRE.- Alors, abstention du parti socialiste sur le projet de loi pour mettre en place cette thérapie de choc proposée par Nicolas Sarkozy sur le plan concerté décidé à l'Eurogroupe. Abstention, on est loin de l'unité nationale prônée et demandée par François Fillon.
Eric BESSON.- Oui. Moi, par nature, je n'aime pas beaucoup l'abstention. On est pour ou contre. On fait le tri, et on dit à un moment les avantages l'emportent sur les inconvénients ou l'inverse.
En même temps, dans le contexte que l'on venait de décrire, à quelques jours du vote des militants, on peut comprendre la position des socialistes un peu dictée par des préoccupations internes tactiques. Disons que c'est le moindre mal. Ce qui aurait été vraiment problématique, c'est ce que les socialistes ont fait à propos, de la présence des militaires français en Afghanistan. Là, le vote contre était un vrai problème, et personnellement, c'est l'un des votes qui m'a le plus choqué. Une abstention dans un contexte comme celui-là, on va être bienveillant, on appelle ça une "abstention positive".
Roselyne FEVBRE.- Je voudrais vous poser une dernière question sur les socialistes, avant de parler du numérique. Ségolène Royal, on a vu un peu une transformation, on va dire, physique. Elle chante la fraternité au Zénith. Comment vous percevez son nouveau style ?
Eric BESSON.- Je vais être franc. Quand j'ai vu les images, "fraternité", j'ai beaucoup souri, et très égoïstement, je me suis dit "tiens, ceux qui doutaient de la véracité de ce que je disais il y a un an, un an et demi, vont mieux comprendre".
Si j'essaie d'être moins polémique et un peu plus juste, il y a deux facettes chez Ségolène Royal. Il y a une facette que je respecte : combattante, déterminée et se moquant éperdument du regard des autres. Elle sait pertinemment avant, pendant et après quelle va être critiquée. Elle s'en fiche. Elle est sur sa lignée. Elle la respecte.
Le petit problème, c'est qu'au-delà d'une mise en scène hasardeuse, pour reprendre un adjectif qui avait florès il y a quelques années car je n'ai pas été totalement convaincu par la mise en scène et la gestuelle, c'est surtout que le fond est totalement absent.
Une forme originale de faire de la politique et de se rapprocher de nos concitoyens, pourquoi pas ? Encore faut-il qu'il y ait du fond. Or du fond, dans son show, il n'y en avait pas. Elle n'a parlé que d'elle. C'est une tendance, dit-on en général des hommes politiques. On découvre ce n'est pas partagé que par un genre.
Roselyne FEVBRE.- On va parler du plan numérique pendant les quelques minutes qui nous restent qui sera annoncé la semaine prochaine, ou fin de semaine par Nicolas Sarkozy. L'objectif est de faire de la France à l'horizon 2012 une puissance numérique. La France est à la traîne visiblement.
Eric BESSON.- Elle n'est pas à la traîne, on a quelques atouts. En termes d'infrastructures, ce que l'on appelle "l'accès Internet haut débit", on n'est pas mauvais, on est même dans la bonne moyenne européenne. Le Président de la République veut que l'on aille plus loin. Il va dire très prochainement selon quelles modalités et l'objectif qu'il a assigné à nous tous, et à moi-même, c'est de dire le haut débit pour tous avant 2012. Il va préciser les modalités.
Eric BESSON.- Cela fait partie de ses annonces. L'autre très importante, vous savez que nous devons passer à la télévision numérique terrestre, comme tous les pays développés, et notamment les pays européens. Il va préciser le calendrier, et surtout dire ce que nous allons faire de cette partie des fréquences qui vont être libérées. Ca a l'air très technique, et pourtant très concret. Dans ces fréquences, il peut y avoir de la télévision haute définition, de la télévision mobile personnelle, plus de télévision numérique terrestre, et vous savez ce que cela donne en qualité d'image et en offres. Ce sont 18 chaînes gratuites pour les Français.
Deuxième élément, il va dire quelle part il veut réserver aux nouveaux services de l'Internet. Vous savez que, dans tous les pays industrialisés, le développement des nouvelles technologies de l'information et de la communication et de l'Internet, c'est source de croissance économique. C'est source de meilleur usage.
Roselyne FEVBRE.- Combien ? Cela veut dire qu'on peut gagner un demi point de croissance ?
Eric BESSON.- La thèse de tous les économistes, c'est de dire que dans les pays qui réussissent cela le mieux, la Finlande, la Suède la Corée du sud, en partie les Etats-Unis, le Canada ou quelques grands autres pays, cela pèse entre 0,5% et 1 % de leur croissance. Probablement que c'est aussi l'objectif que doit s'assigner notre pays.
Ce qui est important aussi, c'est de dire que ce sont des nouveaux services qui vont être apportés à nos concitoyens pour se cultiver, se former, surveiller leur santé à distance, pour jouer, s'informer, devenir de vrais citoyens.
C'est pourquoi dans le livre que je publie dans quelques jours, je l'ai intitulé volontairement "la République numérique". Je crois que nous sommes en train de transformer non seulement un certain nombre de considérations économiques, industrielles, culturelles, sociales, mais que c'est un peu notre vivre ensemble qui va être transformé par Internet. Cela veut dire une société plus fluide…
Roselyne FEVBRE.- "Vivre ensemble", c'est très socialiste.
Eric BESSON.- "Vivre ensemble", ce n'est pas seulement socialiste, c'est une part que je...
Roselyne FEVBRE.- Non mais cela a souvent été des slogans socialistes. Le "vivre ensemble", on l'a souvent entendu.
Eric BESSON.- Comment on invente une société qui ne nie pas la part individualiste que nous avons, et que les outils modernes consacrent. Internet est un outil individualiste, mais vous pouvez être individualiste en groupe, solidaire, libéral et social, libéral et solidaire pour reprendre l'expression que vous souhaitiez.
Roselyne FEVBRE.- Le "vivre ensemble" au Gouvernement, aimeriez-vous que des camarades socialistes vous rejoignent, c'est-à-dire poursuivre l'ouverture au Gouvernement ? En parlez-vous parlez avec Nicolas Sarkozy.
Eric BESSON.- Non, je ne lui en parle pas. Quand il prendra ses décisions, il ne me demandera vraisemblablement pas mon avis. C'est lui qui est juge de l'équilibre qu'il entend donner à sa majorité. Si tel ou tel de mes anciens camarades nous rejoignait, ce n'est pas à moi bien évidemment que cela ferait de la peine.
Roselyne FEVBRE.- On parle d'un remaniement éventuellement au mois de janvier ?
Eric BESSON.- Pas seulement. Je ne spécule pas là-dessus. Je vous l'ai dit tout à l'heure, parce que vous avez bien voulu m'interroger, j'aime ce que je fais, je suis dans l'action et dans ce que m'ont donné le Président de la République et le Premier ministre, que ce soit en prospective ou que ce soit sur les questions du numérique, ils m'ont donné la chance d'être sur des sujets d'avenir. Je savoure donc cette situation. Je ne spécule pas. Je fais de la prospective pour tout le monde, sauf pour moi.
Roselyne FEVBRE.- Merci. Bravo en tout cas, vous seriez l'un des rares, mais il y en a, peut-être. Vous en faites peut-être partie ?
Roselyne FEVBRE.- Oui. Merci en tout cas Eric Besson d'être passé sur le plateau de France 24. On se trouve la semaine prochaine avec un nouvel invité.
Merci et tout de suite les informations sur France 24.

























