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Uribe accusé d'entraver une enquête sur les paramilitaires

Dernière modification : 17/10/2008

Selon l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch, le chef de l'État colombien ferait tout pour bloquer l'enquête portant sur les crimes des paramilitaires soupçonnés de collusion avec certains hommes politiques.

L'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW) a accusé jeudi le gouvernement du président colombien Alvaro Uribe de freiner les efforts de la justice pour enquêter sur les crimes commis par les paramilitaires et leurs liens avec la classe politique.

Cette accusation a été rejetée par la vice-présidence colombienne, qui a qualifié le rapport de HRW de "ridicule" et "mensonger".

"Sabotage", "obstruction", "mise en danger": Jose-Miguel Vivanco, qui dirige le département des Amériques de HRW, n'a pas eu de mots assez durs pour qualifier l'attitude de l'exécutif à l'égard de la justice, lors de la présentation à Bogota du rapport de l'organisation sur les enquêtes menées en Colombie sur les paramilitaires.

Selon HRW, "si le gouvernement d'Uribe continue sur ce chemin, il est probable que les énormes efforts des tribunaux et procureurs colombiens pour enquêter sur les complices des paramilitaires n'arrivent pas à casser le pouvoir des mafias".

Le rapport, publié alors que la situation des droits de l'Homme en Colombie va être examinée en décembre par la commission de l'ONU chargée de cette question, énumère une liste de comportements jugés "inquiétants" du gouvernement.

M. Vivanco s'est notamment insurgé contre "les attaques personnelles visant la Cour suprême", chargée d'enquêter sur les liens présumés entre une soixantaine de parlementaires appartenant pour la plupart à la majorité présidentielle et les paramilitaires, attaques qu'il a qualifiées de "campagne destinée à décrédibiliser la Cour suprême et parfois le parquet, lorsqu'ils enquêtent sur des sujets sensibles".

Le rapport de HRW dénonce également l'attitude du gouvernement qui s'oppose d'une part à une réforme du Congrès destinée à éliminer l'influence sur les élus des paramilitaires, mais soutient d'autre part des réformes constitutionnelles qui élimineraient la compétence de la Cour suprême pour ces dossiers.

Les groupes paramilitaires, encore actifs dans le sud-ouest et le nord-est du pays, sont apparus en Colombie pour défendre les terres contre les guérillas des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc - marxistes) et de l'Armée de libération nationale (ELN - guévariste).

Mais les milices d'extrême droite, avec la complicité par endroits de l'armée ou d'autorités locales, se sont rendues coupables de tortures ou d'exécutions extrajudiciaires de milliers de personnes, forçant aussi des centaines de milliers de Colombiens à fuir leurs villages pour s'emparer de leurs terres.

Le gouvernement d'Alvaro Uribe, élu en 2002, se félicite d'avoir obtenu la démobilisation de plus de 30.000 de ces miliciens en échange d'amnisties partielles.

Mais ses opposants l'accusent de freiner les enquêtes gênantes pour le pouvoir, comme celle portant sur le massacre en 1997 de 15 personnes à El Aro, dans le département d'Antioquia (nord-est), dans laquelle l'ex-paramilitaire Francisco Villalba a accusé M. Uribe, alors gouverneur de la province, d'avoir participé à une réunion de planification de cette opération paramilitaire.

En mai, le gouvernement a en outre donné son feu vert à l'extradition de 14 des principaux chefs paramilitaires colombiens vers les Etats-Unis, pour trafic de drogue, soulevant une nouvelle polémique, car il paralysait de fait les investigations menées par la justice colombienne sur leurs crimes.

Dans son rapport, HRW recommande que la Cour pénale internationale (CPI) puisse superviser les enquêtes sur les crimes des paramilitaires.

L'ONG demande aussi au Congrès américain de ne pas ratifier de traité de libre-échange avec la Colombie tant que des "résultats concrets et constants" de ces enquêtes n'ont pas été constatés.

La vice-présidence colombienne a aussitôt rejeté le rapport de HRW. Il est "ridicule" de prétendre que le gouvernement ne cherche pas à ce que "toute la lumière soit faite rapidement" sur "les violences commises par tous les groupes armés", a-t-elle déclaré un communiqué.

Pour la vice-présidence, le rapport de HRW est "biaisé", "mensonger", "chargé d'animosité personnelle" et résulte de "manipulations".
 

Première publication : 17/10/2008

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