Queue-de-pie, chapeau haut-de-forme, une allure de croque-mort : ces derniers temps, dans les rues de Madrid, il n'est pas rare de croiser un "Cobrador del Frac". Comprenez : un "encaisseur en redingote". Leur rôle est de se rendre chez les mauvais payeurs, avec cet uniforme bien reconnaissable, afin de provoquer la honte du débiteur et l’inciter à régler ses dettes.
Manuel, l'un de ces encaisseurs, nous fait monter à bord de sa voiture qui arbore le slogan et le logo de l'entreprise. Il explique ne jamais quitter son uniforme lorsqu'il fait ses tournées : "L'uniforme, c'est en quelque sorte pour faire de la mauvaise publicité à celui qui doit de l'argent. Et pour susciter sa peur."
A la chasse aux débiteurs
Alors que la crise de l'immobilier frappe l'économie espagnole, au siège de cette entreprise, on se frotte les mains : les mauvais payeurs sont de plus en plus nombreux. Du coup, un nombre croissant de clients font appel au "Cobrador del Frac" afin de pourchasser leurs débiteurs.
"Entre 70% et 80% des cas que nous traitons viennent du secteur de la construction en tant que telle, mais aussi des entreprises qui sont liées au secteur, ajoute Juan Carlos Granda, le directeur international de l'entreprise. Pour vous donner une idée, nous traitons 40% à 45% de dossiers en plus par rapport à l'an dernier. Et nous pensons que la demande va encore augmenter."
Au centre d'appel de l'entreprise, les employés enquêtent. Ils sont chargés de savoir si les débiteurs de leurs clients sont bien solvables. "Nous n'intervenons pas lorsque la personne est réellement ruinée, explique Granda. Ce qui se passe en général c’est que ceux qui ne veulent pas payer se disent insolvables. Mais nous, nous savons qu'il peuvent payer parce que nous avons enquêté."
Ensuite, c'est au tour des encaisseurs d'intervenir. Ils se déplacent parfois à deux, pour éviter les risques d'agression, indique Manuel. "Tous les mauvais payeurs sont nerveux. Personne n'aime devoir de l'argent. Même si, bien sûr, ce qu'on lui demande est légitime."
"Zorros", "Panthères roses", "Toreros"…
Ces encaisseurs se chargent des dettes contractées par des entreprises, mais aussi par les particuliers. Au grand dam de l'Union des consommateurs espagnols (UCE) qui demande la restriction de leur action. "Le fait d'avoir un agent de recouvrement qui suit un 'mauvais payeur' publiquement, en mettant en évidence aux yeux de tous que cet individu, ce consommateur, a des dettes, constitue une atteinte directe au droit fondamental reconnu par la Constitution espagnole : le droit à l'intimité", insiste Daniel Vega, responsable de la communication à l'UCE.
"Toreros", "panthères roses" ou encore "zorros" des mauvais payeurs : les entreprises comme celles-ci se multiplient en Espagne, même s'il existe une procédure légale simplifiée pour le recouvrement des dettes. En Espagne, 62% des impayés commerciaux sont volontaires, contre 35% dans le reste de l'Europe.













