- Chine - Crise financière
Pour la première fois cette année, Carrefour suspend sa campagne de recrutement dans les universités chinoises. Habitué de ces opérations-séduction dans les grandes écoles du pays, le géant français de la grande distribution réduit cette année la voilure. Il estime avoir assez de curriculum vitae dans ses tiroirs. Comme Carrefour, Liby, HSBC ou Citigroup ont annulé cette année leur campagne dans les universités et misent sur des recrutements minimum.
Longtemps eldorado des jeunes diplômés, la Chine commence à subir le contrecoup de la crise. Avec une croissance qui passe pour la première fois depuis six ans sous la barre des 10%, et en pleine tempête économique, les multinationales sont devenues plus prudentes. “Cette année, constate Bai une étudiante de l’université de Sichuan, il n’y aucune banque et aucun établissement financier qui est venu sur notre campus. J’ai décidé de poursuivre mes études un an de plus, le temps peut-être que la situation économique s’améliore.” Cette année, le taux de chômage des jeunes diplômés devrait atteindre les 15% en Chine. Du jamais vu depuis le début des années 90, date à laquelle le pays a autorisé les jeunes diplômés à choisir le métier de leur choix.
Chômage et emplois moins bien payés
Le nombre de diplômés a plus que triplé en dix ans en Chine. Passant de 1,8 millions il y a dix ans à près de 6 millions cette année. Mais la crise économique est passée par là. “La situation des jeunes diplômés est préoccupante, explique Tang Xiaolin, responsable des anciens élèves à l’université Fudan. D’abord la croissance économique ralentit, ensuite beaucoup de secteurs souffrent de la crise, c’est le cas de l’industrie automobile, de la finance et des secteurs très dépendants des exportations. Ensuite, beaucoup de jeunes Chinois qui sont partis étudier à l’étranger ne trouvent pas d’emplois en Europe et aux Etats-Unis et doivent revenir en Chine”.
Résultat, beaucoup de jeunes Chinois découvrent les affres du chômage et sont prêts à accepter des emplois moins qualifiés ou moins bien payés. “C’est pas grave si je ne trouve pas directement dans mon domaine d’étude, explique Wang qui a étudié la comptabilité à l’université Fudan. J’ai besoin de trouver d’abord un premier emploi pour avoir de l’expérience. Je suis prêt a travailler pour moins de 2000 Rmb par mois (200 euros, ndlr)."
De nombreux analystes estiment que la situation va encore s’aggraver dans les prochains mois, notamment dans le secteur financier. Des secteurs qui n’embauchent plus alors que d’autres ont déjà entrepris de licencier. C’est le cas de la moitié des usines de jouets qui a déjà mis la clé sous la porte. Dans la province de Canton, une province toute entière dédiée à l’export, on commence déjà à mesurer l’étendue des dégâts. 9 000 des 45 000 usines de cette région industrielle, située à une encablure de Hong Kong, sont ainsi menacées de fermeture. Et ce n’est pas fini. Au total, plus de 3 millions de personnes pourraient perdre leur emploi dans cette région autrefois moteur de la croissance chinoise.

























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