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Le gouvernement français s’apprête à accorder l’asile politique à un membre des FARC, ce qui constituerait une procédure inédite. Alors que Paris se targue de proposer une solution politique à Bogota, politologues et spécialistes dénoncent un effet d’annonce du gouvernement français.
Il s’appelle Isaza. Il a quitté les FARC le week-end dernier avec son otage, Oscar Tulio Lizcano, ancien parlementaire détenu depuis huit ans. Pendant trois jours, ils ont marché dans la jungle avant de rejoindre le premier poste de l’armée. Le guérillero s’est alors rendu.
Isaza, de son vrai nom Wilson Bueno Largo, 28 ans, a expliqué son choix lors d’une conférence de presse, dimanche : "La pression de l’armée, le manque de sommeil, d’argent, la faim et aussi le fait que M. Lizcano soit très malade m’ont fait prendre conscience qu’il fallait fuir". Son épouse était également membre des FARC mais elle les a quittées il y a quelques mois.
Depuis la fin de 2007, la France évoque l'accueil de guérilleros prisonniers qui seraient remis en liberté par Bogota contre la libération d'otages. Alors que les FARC sont considérées comme une organisation terroriste depuis 2002 par l'Union européenne (UE), accorder le droit d’asile à un terroriste, même repenti, serait une première.
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Eric Chevallier, a tenu à préciser, sur FRANCE 24, que l’asile politique ne lui sera accordé que sous deux conditions : "qu’il soit repenti et qu’il ne soit pas sous le coup de procédures judiciaires où que ce soit dans le monde".
"Communication tapageuse de la France"
Eric Chevallier a également rappelé que le gouvernement espère ainsi aider à la libération d’autres otages et n’entend pas abandonner les prisonniers des FARC au motif qu’Ingrid Betancourt a été libérée.
Mais politologues et spécialistes dénoncent un effet d’annonce du gouvernement français. "On est face à une communication tapageuse des autorités, lance Pierre Henry, directeur général de France Terre d’Asile. Je rappelle qu’il ne leur appartient pas de décider. Le statut de droit d’asile est strictement encadré par une convention internationale cadrée par la Convention de Genève". En France, il n'y a que l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) qui puisse attribuer ce statut. Et de préciser : "la seule chose que peuvent faire le président et le Premier ministre est d’accorder un sauve-conduit".
"Une situation différente du cas des Brigades rouges"
Cette décision du gouvernement français jette le trouble dans les esprits. Il y a quelques mois encore il semblait bien disposé à extrader, avant de se rétracter pour raisons humanitaires, Marina Petrella, l’ex-membre des Brigades rouges, groupe terroriste d'extrême gauche qui a sévi en Italie dans les années 1970 et 1980.
Cette décision ne manque pas de susciter des interrogations en Colombie. Est-ce que les guérilleros repentis veulent vraiment quitter leur pays ? Est-ce qu’ils veulent vraiment s’installer en France, un pays de culture et de langue différentes ? "Je ne pense pas que ce soit une perspective agréable pour eux", commente Renée Frégosi, directrice de recherche à l’Institut des hautes études d’Amérique latine (IHEAL). Lors d'une conférence de presse, Wilson Bueno Largo a déclaré ne pas savoir, pour le moment, s'il voulait se rendre en France.
Selon elle, les guérilleros qui choisissent de rendre leurs armes ne sont plus menacés de mort par les FARC, comme c’était le cas auparavant. Et ils encourent rarement des poursuites judiciaires. Une loi, "Justice et Paix", votée en 2005, permet aux paramilitaires de voir leur peine allégée. "Dans les faits, cela s’applique aussi aux guérilleros", précise Renée Frégosi.
Le gouvernement colombien, en position de force pour trouver un accord humanitaire avec la guérilla, craint cependant que les repentis ne rejoignent le Pôle, parti de centre-gauche qui constitue une alternative à la lutte armée. "Je pense qu’Uribe [le chef de l’Etat colombien, NDLR] ne veut surtout pas que les ex-membres des FARC viennent grossir les rangs du Pôle, commente-t-elle. C’est pourquoi il préfère les envoyer en France". Le Pôle démocratique alternatif de Carlos Gaviria représente le deuxième parti du pays.


























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