Dernière modification : 30/10/2008 

- Nord-Kivu - RD Congo


Ballet diplomatique pour rétablir la paix au Nord-Kivu
Alors que les rebelles du général Nkunda ont annoncé, mercredi, un cessez-le feu, la France évoque le déploiement de troupes européennes dans l'est de la RD Congo, où les forces de la Monuc ont pris position.
Par Julien PEYRON (texte)
Laure DE MATOS (vidéo)

Pour comprendre les raisons de l'instabilité dans l'est du Congo, retrouvez le reportage de Arnaud Zajtman et Marlène Rabaud en cliquant ici. 

 

"Est-il possible d'envoyer d'autres troupes ? Mon attitude personnelle est de tenter de faire quelque chose", a affirmé le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner qui a évoqué la possibilité de déployer 400 à 1 500 soldats européens dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC).

 

Mais la France, qui assure la présidence tournante de l'Union europénne (UE), doit en convaincre les autres Etats membres. S'ils se mettent d'accord sur une position commune, une force pourrait être mise en place sous "huit à 10 jours", a affirmé le chef de la diplomatie française.

 

A quelques heures d'une nouvelle réunion du Conseil de sécurité sur la question, le correspondant de FRANCE 24 Philippe Bolopion a expliqué depuis le siège de l'ONU à New York que le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, avait passé la journée à contacter des dirigeants africains pour qu'ils persuadent les autorités de Kinshasa et  les rebelles de stopper les combats dans la région.

 

Malgré l'aggravation de la situation, le Conseil de sécurité n’a pas voté l’envoi de nouvelles forces qui pourraient prêter main forte aux 17 000 soldats de la Monuc.

 

"Si l'ONU envoyait des renforts, cela prendrait sans doute plusieurs mois, a expliqué Philippe Bolopion. A court terme, pour les Congolais qui sont pris dans les combats, une force européenne est la seule chance."

 

Cessez-le-feu unilatéral

 

La rébellion congolaise, emmenée par le général Nkunda, a proclamé "un cessez-le-feu unilatéral" afin de "ne pas paniquer la population de Goma" qui, depuis 24 heures, fuit par milliers cette ville de l'est de la République démocratique du Congo (RDC).

 

Les troupes de l’armée régulière congolaise ont commencé à se retirer de Goma, laissant en première ligne les forces de la mission de l’ONU en République démocratique du Congo (Monuc).

 

Selon les casques bleus, certains soldats congolais se sont même retournés contre eux au cours de leur fuite. L’ONU a évacué son personnel civil de la ville, mais les soldats de la Monuc devraient rester en position.

 

"Si on se retrouve dans le cas de figure où Goma tombe, on peut penser que les Nations unies vont essayer de rester sur place et faire preuve de diplomatie avec les rebelles pour assurer la sécurité des civils",  estime Arnaud Zatjman, correspondant de FRANCE 24 en RDC.

 

L'avancée des hommes de Laurent Nkunda s'accompagne d'incidents frontaliers avec le Rwanda voisin, accusé par Kinshasa de soutenir la rébellion.

 

Arnaud Zatjman rappelle que le chef des rebelles est un ancien officier de l'armée rwandaise. "Aujourd’hui, Laurent NKunda intervient en cavalier seul, mais il a conservé des milliers d’hommes et acquis récemment du matériel lourd. Certains témoins affirment qu’il reçoit du soutien du Rwanda, ce que Kigali dément", explique-t-il.

  

La Monuc critiquée

 

Le statut de la Monuc, dont la mission se cantonne au maintien de la paix et à la protection des civils, est remis en cause par une partie de la population congolaise, qui critique son manque de réaction même si des journalistes, sur place, ont pu constater que ses hélicoptères ont déjà tiré à plusieurs reprises sur les hommes de Nkunda.

 

Alan Doss, le chef de la Monuc, continue de demander des renforts sur le terrain et s’engage à faire son possible pour protéger Goma afin de "prévenir un désastre humanitaire".

 

Alain Le Roy, chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU en RDC, affiche des demandes importantes : "Nous avons besoin de bataillons d’infanterie, d’unités de police  et d’aviation supplémentaires ainsi que de forces spéciales", a-t-il déclaré à FRANCE 24.

 

Toujours sur FRANCE 24, Louis Michel, Commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire, se pose en adversaire de l’affrontement armé : "Nous sommes aux côtés de la RDC, mais je ne crois pas à l’option militaire. Je crois à l’option diplomatique et politique, c’est comme cela qu’on réglera de façon durable ce conflit."

 

"Plus de 30 000 réfugiés en moins de 24 heures"

 

Dans l’est du Congo, la situation humanitaire se détériore de jour en jour, prévient Mohammed Touré, délégué au Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) : "Nous avons reçu en moins de 24 heures plus de 30 000 réfugiés."

 

Un afflux de réfugiés qui ne fait que grossir les camps déjà bien peuplés. "On estime qu’environ 1,5 million de personnes se sont retrouvées déplacées dans l’est du Congo du fait de ces guerres incessantes qui durent maintenant depuis un an", rappelle Mohammed Touré.

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