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Le satellite "Simon Bolivar" fait la fierté du régime chaviste

Texte par François-Xavier FRELAND

Dernière modification : 29/10/2008

En coopération avec la Chine, le Venezuela a lancé, avec succès, son premier satellite de télécommunication. Pour la plus grande fierté de Chavez, qui se targue d'offrir à son peuple un meilleur accès aux nouvelles technologies.

"Il s'agit d'un programme satellitaire de télécommunication à des fins pacifiques. Il n'a aucun objectif militaire, il a été conçu dans un but purement social." Dans sa tenue d'officier vert olive, assis devant une réplique miniature du satellite Venesat-1 baptisé "Simon Bolivar" - du nom du grand libérateur de la nation latino-américaine -, le commandant de la station terrestre, le général Antonio Jose Nuñez, se veut rassurant.


Juste à côté pourtant, les avions de chasse Sukhoi, tout récemment livrés par la Russie, décollent sans interruption de la piste d'entraînement voisine.

 

A la station "El Sombrero". Photo François-Xavier Freland

 

 


Un décor de guerre froide


Avant de passer le premier check-point de l'observatoire spatial, situé au cœur de la base aérienne militaire, une pancarte prévient : "La patrie socialiste ou la mort".


Plantée au milieu d'une grande pleine semi-désertique, plombée par le soleil, avec sa route fraîchement asphaltée, ses poteaux électriques et ses immenses antennes satellites flambant neuves, la station spatiale terrestre "El Sombrero" est la fierté du régime chaviste.


"Elle scelle le début d'une grande aventure scientifique vénézuélienne conçue pour l'homme, claironne le chef du programme satellitaire, Luis Holder. Outre le fait d'offrir les moyens de télécommunications modernes au plus grand nombre, nous allons développer demain des programmes de surveillance des phénomènes climatiques et ainsi préserver notre environnement".


Un satellite au service de l'homme



Lorsqu'il sera situé à 35 786 kilomètres de la Terre, à 78 degrés de longitude ouest, le satellite Venesat-1 (2,36m de haut sur 3,60m de long), devrait offrir à l'Amérique latine l'accès pour tous aux moyens de télécommunication les plus modernes (Internet haut débit, télévision haute définition, téléphonie portable, etc.).


"Venesat-1 va enfin répondre aux attentes et aux besoins des Vénézueliens", se réjouit Luis Holder. Sur le dossier de presse élaboré par le ministère du Pouvoir populaire, de la Science et de la Technologie, une citation du sociologue français Edgar Morin, est mise en exergue : "Sans connaissance, il est impossible d'affronter les problèmes fondamentaux et globaux".


Il est vrai qu'au Venezuela, Internet et la téléphonie portable sont encore parfois à leurs balbutiements. Tout dépend de la zone où l'on se trouve. Rapides et fiables dans le centre et les quartiers privilégiés de Caracas, la couverture téléphonique et les connections Internet sont beaucoup plus approximatives et lentes dans le reste du pays, voire franchement inexistantes dans les barrios (bidonvilles).


Coup médiatique ?



Au Venezuela aussi les prouesses technologiques, et plus particulièrement spatiales, font rêver. Mais pour certains – notamment ceux qui maudissent "la révolution socialiste du XXIe siècle incarnée par Chavez -, on soupçonne derrière cette opération une nouvelle gesticulation médiatique de la part d’"El Presidente".


"Au lieu de mettre des satellites en orbite à coup de millions de dollars, explique Juan, un commerçant du centre de la capitale, Chavez ferait mieux de rénover notre système d'électricité défaillant, on en a marre des coupures de courant à répétition."


A quelques semaines d'un double scrutin régional et municipal qui s'annonce serré, le 23 novembre prochain, cette "prouesse technologique" est un plus pour le président vénézuélien, personnellement engagé dans la bataille.


Pourtant, en y regardant de plus près, le projet a été réalisé, conçu et fabriqué à 90 % par la Chine. Il suffit d'entrer dans la salle de contrôle de la station terrestre pour en avoir le cœur net. Derrière les ordinateurs, des ingénieurs chinois "anglophones" sont aux manettes, même si une trentaine d'ingénieurs vénézuéliens, formés à Pékin, devraient peu à peu les remplacer. "C'est un grand honneur pour nous d'avoir conçu ce satellite à vocation uniquement civile, explique Nan Yin, une journaliste de l'agence Xinhua (Chine nouvelle), notre coopération avec le Venezuela montre qu'il est possible de construire un nouveau monde, plus juste et davantage centré vers l'homme."

 

 

Dans un café, un client regarde le lancement du satellite, retransmis en direct à la télévision publique. Photo : François-Xavier. Freland.

 

 

Première publication : 29/10/2008

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