- Droits de l'Homme - Rama Yade
Cliquez ici pour regarder la suite de l'Entretien avec Rama Yade, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères et aux Droits de l'Homme.
Roselyne Febvre – Bonjour et bienvenue sur le plateau de Politique. Avec nous sur ce plateau cette semaine, Rama Yade, Secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme et aux affaires étrangères. Bonjour.
Rama Yade – Bonjour.
Roselyne Febvre - Très heureux de vous recevoir. Vous venez de publier un livre : Les Droits de l’Homme expliqués aux enfants de 7 à 77 ans. C’est un livre où vous parlez beaucoup de vous-même, on va en parler dans quelques instants. On va aussi parler de l’actualité, de la RDC, et des élections américaines. Mais tout de suite, l’actualité toute chaude : La République Démocratique du Congo à nouveau en proie à une offensive rebelle des partisans de Laurent Nkunda. A l’est du pays, la mission de l’ONU est débordée, dépassée par la situation. On voit que Paris et Bruxelles ont des positions sur la solution militaire tout à fait divergentes. Bernard Kouchner dit qu’il faut envoyer 1 500 soldats, et Javier Solana a Bruxelles dit qu’il faut soutenir l’ONU. Que faut-il faire ?
Rama Yade - Franchement, j’ai été en RDC il y a quelques mois. J’ai vu une situation catastrophique dans les Kivus, à l’est du Congo. Notamment à Goma et à Bukavu. On a une population qui est dans un désarroi total. La situation des femmes est terrible. On a dans ce pays 50 000 viols depuis deux ans. Des bandes armées, impunément, descendent des forêts enlèvent des femmes dans les villages, les transforment en esclaves sexuelles, et détruisent – à travers elles – les communautés. C’est ce que Eve Ensler, qui a écrit Les monologues du vagin, appelle [inaudible]. La situation est catastrophique.
Roselyne Febvre - Vous voulez dire la situation humanitaire…
Rama Yade - Evidemment, quand je vais là-bas, je me dis, « que fait-on en RDC face à cette situation » ? je suis allé les voir, il y a la Monuc, une force onusienne, la plus grande du monde (20 000 hommes). Et c’est ce que j’essayais d’expliquer aux femmes qui témoignaient de leur histoire tragique. Mais elles m’ont dit, « La Monuc, on ne l’a pas vu, ça n’empêche pas les bandes armées de venir nous attaquer. » Je me suis sentie ridicule à dire, « Il y a la Monuc, il y a la plus grande force onusienne. » Parce ce que ça n’empêche pas les viols massifs, collectifs, de se poursuivre. Ça n’empêche pas les tortures. Je suis allée voir la Monuc et elle fait ce qu’elle peut.
Roselyne Febvre -Donc il faut revoir le fonctionnement de la Monuc…
Rama Yade - A mon retour, j’ai voulu voir s’il était possible que cette Monuc s’occupe des populations civiles, qu’elle les protège. C’est dans les textes. Mais, simplement, on voit que les responsables démissionnent parce qu’ils disent qu’ils sont incapables de remplir cette mission.
Roselyne Febvre -Qu’est-ce qu’il faut faire alors ?
Rama Yade -Je pense qu’il aurait fallu faire quelque chose il y a bien longtemps. Mais, puisque c’est maintenant qu’on s’en préoccupe, je crois qu’il faut que les européens se réunissent pour en parler ; parce que pour l’instant, sur les positions, chacun y va de son analyse. Je crois qu’il y aura une réunion à Bruxelles pour en parler. Il faut prendre une décision. Je ne sais pas quelle est la bonne solution. Mais il faut déjà un appel à Laurent Nkunda pour que tout ceci s’arrête. Il faut penser aux populations civiles. Il faut penser que ce pays est carrément en guerre depuis dix ans. C’est quand même le plus grand pays d’Afrique (cinq fois plus grand que la France). C’est une force régionale. Si la RDC est déstabilisée, c’est la région qui l’est. Je crois qu’il faut appeler les armées qui sont à l’est à s’arrêter, au nom des civils.
Roselyne Febvre -Vous n’avez pas répondu à ma question sur le fait que Bernard Kouchner a dit qu’il fallait envoyer 1 500 soldats français. Est-ce qu’il faut un contingent français, strictement, là bas ?Un commandement français où une force européenne commandée par les français ? Vous me disiez que visiblement l’Elysée n’est pas tout à fait d’accord avec Bernard Kouchner…
Rama Yade - Il faut une réponse collective. Je pense que, dans des questions aussi compliquées, aussi difficiles, il ne faut pas qu’un pays y aille tout seul. D’ailleurs ce n’est pas ce que Bernard Kouchner propose : il parle d’une réponse européenne. Ce qui est très bien : européenne ou onusienne peu importe ; il faut que ce soit une réponse collective. Et il faut un engagement, un appel, à arrêter ces hostilités, à avancer cette avancée militaire, sur Goma. Ce sont des terres déjà blessées. Donc, maintenant, je pense qu’il faut une réponse collective. Je ne pense pas qu’une réponse franco-française soit la solution. Mais ce n’est pas, d’ailleurs, ce que propose Bernard Kouchner, puisqu’il appelle à un contingent plutôt européen.
Roselyne Febvre - Avec 1 500 soldats français…
Rama Yade - Il faut voir comment coordonner ça avec l’ONU, avec la Monuc. Ça nécessite une réflexion rapide et décisionnelle.
Roselyne Febvre - Que veut faire le Président de la République ?
Rama Yade - Pour l’instant, on est en train de consulter les européens et de discuter avec l’ONU et le secrétariat général des Nations-Unies pour coordonner les positions. C’est absolument indispensable pour ne pas partir chacun dans son coin.
Roselyne Febvre - Sur notre antenne, Laurent Nkunda, le général rebelle, a déclaré que, si les français venaient soutenir les Hutu il les attaquerait…
Rama Yade - Nous on n’est pas dans une optique de soutenir les Hutu, les…
Roselyne Febvre - Mais est-ce que la France a reconquis sa neutralité après la guerre du Rwanda ?
Rama Yade - Je me méfie toujours des analyses ethniques, ethnicistes et ethnicisées. Parce qu’elles sont toujours des exploitations politiques de réalités, qui sont beaucoup plus compliquées que ça. Donc je ne veux absolument pas rentrer dans ce genre de polémique ou de discussion. Parce que ce n’est pas le sujet. En revanche, ce qui m’importe, c’est que l’on protège les civils. Quels qu’ils soient.
Roselyne Febvre - Justement, on voit que la situation devient dramatique. Comment on garantit aujourd’hui la sécurité des populations en grande souffrance ?
Rama Yade - Je crois qu’il est important que la Monuc fasse son travail puisque dans son mandat elle a le devoir de protéger les civils. Mais, si elle n’y arrive pas, il faut qu’elle dise où ça ne va pas, quels sont les moyens dont elle a besoin, quels sont les compléments d’action nécessaires. Il faut qu’elle dise cela pour que l’on puisse apporter des réponses. La Monuc et sur le terrain donc elle peut savoir où ça ne marche pas, et où ça marche bien pour que la communauté internationale puisse apporter une réponse. Et je crois que, dans le mandat de la Monuc, il y a des dispositions qui disent que cette force internationale doit faire des rapports pour expliquer comment elle applique sa mission de protection des civils. Donc il faut regarder ces rapports.
Roselyne Febvre - Est-ce qu’elle sert à quelque chose ?
Rama Yade - C’est la plus grande force onusienne du monde. Est-ce que l’on peut imaginer ce qui se serait passé si elle n’avait pas été là ? Je pense qu’il faut se départir de ces analyses un peu simples, extérieures et regarder la réalité du terrain.
Roselyne Febvre - Ils disent eux-mêmes qu’ils se sentent impuissants puisqu’ils ne peuvent pas agir…
Rama Yade - C’est pour ça que la communauté internationale tire les conséquences de la mission de la Monuc…
Roselyne Febvre -Tout ce qui s’est passé en 1996…
Rama Yade - J’ai été les visiter. Ce sont des hommes courageux qui ont envie de protéger les civils. S’il y a des problèmes avec leurs actions, il faut que l’on sache lesquels, afin que la communauté internationale puisse trouver des réponses.
Roselyne Febvre -Mais vous dites vous-même qu’il faut revoir le fonctionnement de la Monuc…
Rama Yade - Je dis que, puisque la Monuc dit qu’elle n’est pas capable de protéger les civils aussi bien qu’elle le voudrait, il faudrait bien en tirer les conséquences et apporter des solutions nouvelles. Et les aider. Ça c’est absolument indispensable. Puisqu’on ne peut pas continuer à avoir une situation aussi dramatique, avec des cohortes de femmes, d’hommes, de bébés, avec des baluchons sur le dos, qui partent sur les routes des Kivus, dans la boue, dans le désarroi le plus total. Ce n’est pas possible. Ces images on les a déjà vues. Elles devront faire partie du passé. Quand j’y a été, j’ai été traumatisé. A l’est de la RDC, j’ai vu le pire que je n’avais jamais… Pourtant, j’avais été en Afghanistan, en Haïti, partout. Ce que j’ai vu en RDC je ne l’ai pas vu ailleurs. Depuis que je suis revenue, je n’arrête pas de parler de ça. Un peu vainement, mais il faut que les gens s’y intéressent. C’est tragique.
Roselyne Febvre - Alors, justement, vous avez été nommée à ce poste il y a un an et demi avec la création d’un Secrétariat d’Etat aux Droits de l’Homme qui n’existait pas. Est-ce que vous pouvez commencer à dresser un bilan de votre action ? C’est un ministère de la parole où on a l’impression parfois que vous peinez un petit peu à exister (parce qu’il y a l’ombre tutélaire de Bernard Kouchner). J’ai envie de vous demander si vous n’avez pas le sentiment, par moments, d’être impuissante? A quoi vous servez, en fait ?
Rama Yade - Premièrement, je suis Secrétaire d’Etat aux affaires étrangères et aux Droits de l’Homme. C’est très précis, c’est très important parce que ça a des conséquences sur ce que je fais. Camus disait qu’il ne fallait pas mal nommer les choses pour ne pas participer à la régression du monde. Je crois que c’est très précis.
Deuxièmement, par rapport à Bernard Kouchner, je ne peine pas du tout à exister. Il y a un an, personne ne me connaissait. Aujourd’hui, les français ne semblent pas mécontents de mon action. On me voit partout. Peut-être même trop (selon certains). Donc je ne trouve pas du tout que j’ai du mal à exister. Au contraire. Comparé à d’autres, je n’aurais pas rêvé d’avoir un espace d’expression publique aussi important.
Troisièmement, j’ai conquis cet espace. J’aurais très bien pu rester dans mon petit coin à faire des petits communiqués. Je ne l’ai pas fait. Je me suis battue sur tous les fronts. Et je continue à le faire. Parce que les Droits de l’Homme sont un combat.
Vous me demandez à quoi ça sert. Mais c’est terrible ces questions.
Roselyne Febvre - Excusez-moi mais, effectivement, avant d’être élu, Nicolas Sarkozy avait mis les Droits de l’Homme au fronton de sa diplomatie. Après il va en Chine (vous n’allez pas), il va en Tunisie, il va en Arabie Saoudite. Puis on ne l’entend pas tellement sur les Droits de l’Homme. Est-ce qu’il ne fait que de la realpolitik ?
Rama Yade - D’abord il y a un bilan. C’est un peu tôt pour faire un bilan mais je pense avoir travaillé beaucoup en peu de temps. J’ai fait à peu près 70 déplacements dans le monde. J’ai vu le terrain. Je ne me suis pas contentée de parler. Je suis allée voir. J’ai rencontré à peu près 80 Chefs d’Etat, de gouvernement, et des ministres. J’ai visité 110 ONG sur le terrain. J’ai affirmé des principes forts.
Roselyne Febvre - Vous dites parfois que vous vous sentez pestiférée car on vous regarde de travers en casseuse d’ambiance.
Rama Yade - Dans certains régimes, oui. Parce que les Droits de l’Homme c’est à tenir à distance. Mais je suis très fière d’être cette pestiférée là. Parce que je défends quelque chose auquel les français tiennent énormément et qui fait partie de leur identité.
Je continue sur le bilan. On a parlé des femmes en RDC tout à l’heure. Je ne me suis pas contentée de dire qu’il faut aider les femmes. J’ai monté un plan d’action avec l’Union Européenne qui va bientôt trouver sa conclusion avec l’adoption de lignes directrices pour lutter contre les violences. Pour les enfants, j’ai rallié, à mon initiative, une vingtaine d’états dans le monde après une campagne d’un an pour lutter contre le phénomène des enfants soldats. J’ai fait la réforme de l’adoption internationale. Sur la liberté d’expression j’ai fait à peu près 2 900 interventions dans le monde pour sortir de prison des gens auxquels on niait la liberté d’expression.
Roselyne Febvre - Et vous y êtes arrivée ?
Rama Yade - Oui. Il y a, par exemple, un avocat tunisien, deux avocats soudanais, Je me suis battue pour [inaudible]. Je l’ai fait avec des Etats qui sont quand même des états puissants. Même les Etats-Unis. Quand on intervient pour que Denis Foster ne soit pas exécuté, au dernier moment, et que ça marche – et récemment avec Troy Davis, dont l’exécution a été suspendue…Jusqu’au dernier moment. Tout ça n’est absolument pas rien. Quand j‘ai fait réélire la France au Conseil des Droits de l’Homme après une campagne acharnée, pendant des mois, même si ce n’est qu’à une voix face à l’Angleterre et à l’Espagne. C’est énorme. Quand je fait nommer des parlementaires dans les instances onusiennes pour que la France soit représentée. Ça, c’est quand même du boulot. Et ce n’est pas inutile. Parce que, quand on vit de l’intérieur les Droits de l’Homme, on comprend très vite que ce n’est pas d’un claquement de doigts, ni du jour au lendemain. C’est un combat permanent.
Roselyne Febvre - Vous n’avez même pas pu rendre visite à Aung San Suu Syi.
Rama Yade - Je me suis battue pour obtenir un visa et je l’ai obtenu. Mais, simplement, les conditions dans lesquelles ce voyage aurait été réalisé n’étaient pas bonnes. Parce que l’on me demandait de me mettre les mains dans la poche, donc de ne pas aller voir Aung San Suu Syi, ni d’aller voir les autorités décisionnaires de la junte birmane. Dans ces conditions, j’ai fait le choix librement et en connaissance de cause de ne pas y aller.
Roselyne Febvre - Les menaces de l’ambassadeur de Chine sur la réception du Dalaï-lama…
Rama Yade - Ce n’était pas des menaces. Je n’ai fait que reproduire une déclaration de l’ambassadeur de Chine qui, pendant l’été, nous disait qu’il ne fallait pas recevoir le Dalaï-lama. Le Président de la République y avait réagi très fortement en disant que personne ne lui dicte son agenda. Je crois que la position finale d’aller aux JO de Pékin, en tant que Président de l’Union Européenne, et de faire recevoir le Dalaï-lama par une partie de son gouvernement et par son épouse, a été une bonne chose. Maintenant, évidemment, je regrette beaucoup que le dialogue entre la partie tibétaine et la partie chinoise n’ait pas avancé. C’est dommage parce que c’est la seule solution. On a le sentiment que le Dalaï-lama baisse un peu les bras aujourd’hui.
Roselyne Febvre - On peut se demander sur la situation en France aussi. Les suicides en prison, est-ce que ça vous interpelle ?
Rama Yade - Bien sûr. Je suis rattachée au Quai d’Orsay donc on parle des questions extérieures. Mais, comme je pense que les Droits de l’homme sont indivisibles, et comme je pense qu’il est important de renforcer notre message à l’international en étant exemplaires chez nous, de temps en temps je me suis permise quelques incursions en politique intérieure : les tasers, le fichier edwidge, les sans-logis à Aubervilliers, et les prisons, bien évidemment. On est pointé du doigt là-dessus.
Roselyne Febvre - Donc Rachida Dati fait bien son travail…
Rama Yade - Oui, elle fait bien son travail. Elle n’en est pas responsable de la situation des prisons parce que ça dure depuis tant d’années…
Roselyne Febvre - C’est la Garde des sceaux…
Rama Yade - Il y a un texte pénitentiaire, il y a des rénovations immobilières, qu’elle met en place. Mais ça mettra du temps. Parce qu’il y a eu du retard.
Roselyne Febvre - Mais est-ce que vous allez faire des tours en prison, comme ça… [rires]
Rama Yade - On connaît la réalité des prisons. J’ai vu et entendu des témoignages bouleversants de détenus qui vivent dans des conditions atroces. Evidemment, je ne suis pas insensible à cela. D’autant moins que, lorsque je suis dans les enceintes internationales, je suis interpellée sur l’application des Droits de l’Homme en prison. Que l’on soit détenu ou pas, je pense que la dignité humaine c’est ce qu’il y a de plus fondamental. Rachida Dati fait de son mieux là-dessus. Il y a une politique pénitentiaire qui est à l’œuvre. Evidemment, les résultats tardent. Mais le Ministère de la justice est l’un des ministères qui a vu son budget augmenter deux années de suite. Et de manière assez conséquente. Donc ce n’est pas pour rien. Je regrette évidemment cette situation de désarroi dans les prisons et j’espère vraiment qu’on mettra le paquet là-dessus.
Roselyne Febvre - Nicolas Sarkozy a reçu les syndicats de magistrat. Est-ce que cela vous aurait vexé ?
Rama Yade - Non. Si le Président me disait qu’il allait s’engager sur la question des Droits de l’Homme, concrètement, je serais très heureuse.


























Commentaires (3)
vous demissionez quand ?
Suite aux massacre des innocents civils palestiniens par l'état terroriste israéliens, après la famine le blocus les assassinats, Madame Rama Yade reste toujours bouche bée ,j'espère qu'elle démissionne bientôt de son poste , elle n'était jamais à la hauteur et surtout l'accueille chaleureux pour des criminels de guerre comme (Monsieur Shimon Pires et Madame Levni ) et je me passe ce que je demande à Madame Rama Yade de nos faire un bon cadeau de fin d'année c'est de démissionné de ce gouvernement, c'est une charge de plus pour le gouvernement et pour nos impots.
Rama Yade est trés jolie, elle parle trés bien,
mais elle ne sert à rien...
rama...
J'ai vu rama yade en rdc lors de son voyage, je l'ai vu blêmir lorsqu'un enfant atteint du sida l'a touchée, je l'ai aussi vue écouter tranquillement son ipod dans le car du retour, elle n'avait pas vraiment l'air préocuppée par la situation humanitaire...