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Roselyne FEBVRE.- Bienvenue sur le plateau de "Politiques" en compagnie d’Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères. Bien sûr, on va évoquer l’élection américaine, l’élection d’Obama. Rarement, une élection n’a suscité, je dirais, autant d’enthousiasme, il faut remonter à Kennedy. Mais comment vous expliquez cette espèce d’« Obamania », cette espèce de communion mondiale ? Comment vous l’expliquez ?
Hubert VEDRINE.- La passion pour cette élection a commencé avant, avant l’élection d’Obama. Ça a commencé très tôt et ça s’explique très simplement.
Ça s’explique par une sorte de rejet, pas total, mais enfin presque mondial de l’administration Bush et de la politique Bush, le rejet du « Bushisme ». C’est comme si une grande partie du monde, depuis maintenant deux ans que cette interminable campagne a commencé… Entre parenthèses, c’est absurde d’avoir ces campagnes de deux ans et demi pour un mandat de quatre ans. C’est absurde. Enfin, ça a commencé il y a très longtemps et le monde était tellement agressé par la politique Bush, en dehors de deux ou trois pays qui ont trouvé leurs intérêts dans la politique de Bush, qu’il y avait une attente, une impatience à ce que ça se soit terminé. C’est comme ça que j’explique…
C’est comme ça que j’explique cette passion mondiale qui est sans précédent. A l’époque de Kennedy, il y a eu un mythe Kennedy après. Après l’élection et encore plus après son assassinat, mais il n’y a pas eu une passion extraordinaire pour la campagne électorale américaine, ce n’est pas du tout comparable parce que les gens ne voulaient pas se débarrasser de l’Amérique. Tandis que là, les gens, une grande partie du monde voulait se débarrasser de la politique Bush.
Roselyne FEBVRE.- Alors, vous, vous dites : « C’est l’homme du moment ». En gros, c’est “The right person at the right place”. Vous n’êtes pas, je dirais, dans le mainstream en disant: “Il a été élu parce qu’il était noir”. Vous dites…
Hubert VEDRINE.- Ah non, certainement pas. Il n’a pas été élu parce qu’il était noir. En fait, il est métis, mais dans la classification américaine, il est noir. Est-ce qu’il a été élu pour ça ? Je pense que ce serait diminuer son mérite.
Roselyne FEBVRE.- Pourtant, on ne parle que de ça au cœur des débats, on ne parle que de ça.
Hubert VEDRINE.- Oui, enfin en France surtout, on a une sorte de projection, une sorte de méli-mélo politiquement correct sur le sujet qui me paraît mal expliquer le mécanisme de l’élection. D’ailleurs, dans la primaire, quand les Clinton, Hillary et Bill, ont essayé de le coincer en disant : « Il est très bien, mais enfin, c’est le candidat des noirs, pour les noirs » et s’ils avaient réussi leur coup, Obama…
Hubert VEDRINE.- …représentait 15 % de l’électorat. Il s’est dégagé de ça, il a fait un discours qui est d’ailleurs magnifique, à Philadelphie, en montrant qu’il était Américain, c’était un candidat post-racial et que certainement, il y avait beaucoup de choses à dire sur la question raciale qui n’est d’ailleurs pas réglée par son élection. En tout cas, il s’est échappé de ça. Donc, il ne faut pas pour des raisons… gentilles, mais enfin un peu réductrices, le ramener à ça aujourd’hui.
D’ailleurs, à la seconde même où il a été élu, toutes les questions du genre : « Est-ce que les Américains sont capables d’élire un noir, etc. ? » : pulvérisées, disparues. Et les questions qui se posent maintenant, c’est : « Comment il va faire pour… ? »…
Roselyne FEBVRE.- Oui, mais en tout cas, est-ce que ce n’est pas vécu comme une réparation. Quand on parle d’il y a soixante ans, les noirs ne pouvaient pas s’asseoir à côté des blancs.
Hubert VEDRINE.- « Vécu comme » peut-être, mais ce n’est pas l’explication du vote.
Hubert VEDRINE.- Alors, sur le vote, là où il y a eu un effet, je pense que c’est entre les mobilisations dans une partie de la population noire qui s’en fichait des élections et qui ne votait jamais. Donc, il a certainement gagné plusieurs points de participation là. Est-ce que c’est dans des Etats-clef, je n’en sais rien, mais en tout cas, il y a un effet évident. Il a sans doute perdu un peu de l’autre côté certains blancs qui, au bout du compte, se sont dit : « Quand même je n’ai pas envie de voter pour lui ». Donc, il y a un effet électoral, mais ce n’est pas l’effet majeur. Je pense que les Américains qui avaient élu Bush, qui l’avaient réélu encore mieux que la première fois et qui ont quand même, petit à petit, pris conscience du fiasco, fiasco diplomatique, fiasco écologique, crise économique, rejet de l’Amérique dans le monde entier, ils ont cherché l’homme le plus opposé à tout ça pour liquider l’héritage Bush. S’il y avait eu un candidat…
Roselyne FEBVRE.- Et ça, il l’a compris puisqu’il vient à Berlin, donc il est conscient du degré de rejet des Américains dans le monde, il vient à Berlin et il vient en quelques sortes…
Hubert VEDRINE.- Oui, mais avant même d’aller à…
Hubert VEDRINE.- Non parce qu’il était à Berlin uniquement pour l’image par rapport aux Américains.
Hubert VEDRINE.- Il a joué sur le rejet de l’administration Bush depuis le début. Le candidat républicain…, McCain était très honorable, mais le candidat républicain n’aurait eu de chance qu’à condition de rompre avec Bush.
Roselyne FEBVRE.- Ce qu’il a fait un petit peu, mais pas totalement. On disait : « McCain, le rebelle… »…
Hubert VEDRINE.- Oui, mais à titre personnel, psychologiquement, pas politiquement. Et puis, le choix de Sarah Palin montrait qu’il voulait, même chose, se lancer dans la recherche du soutien de cette droite religieuse extrême…
Hubert VEDRINE.- Certainement et puis, ça a fait peur aux gens. L’idée de l’imaginer présidente, c’était terrifiant. Et donc, il a essayé de récupérer la droite religieuse, mais il ne s’est pas démarqué complètement, donc il n’a pas fait la…, étant donné qu’il était républicain, il aurait dû dire : « Je suis républicain, mais d’une complète autre nature », il aurait dû rompre avec Bush, il aurait dû être agressif avec Bush, il aurait eu peut-être des chances.
Mais les Américains, ils ont cherché la personne qui était la plus à même de solder l’ère Bush et c’était Obama qui, en plus, est extraordinairement doué et qui, en plus, se trouve être noir. Il se trouve être noir, mais ce n’est pas pour ça qu’ils l’ont élu.
Maintenant, une fois qu’il est élu, bien sûr, c’est symboliquement extraordinairement puissant et ça aura donc des conséquences politiques et sociales et sociologiques dans de très nombreux pays, mais c’est une conséquence. Ce n’est pas une cause.
Roselyne FEBVRE.- Alors, il va falloir sans doute garder un optimisme raisonné parce que, quand même, Président des Etats-Unis, en ce moment, c’est peut-être le pire de jobs avec une crise financière et puis, deux guerres totalement ingérables. Il va arriver à la Maison Blanche le 20 janvier, qu’est-ce qu’il va falloir qu’il fasse ? Est-ce qu’il va falloir qu’il joue pour se maintenir dans ce momentum, c’est-à-dire cette espèce d’euphorie ? Est-ce qu’il faut qu’il choisisse très vite ses priorités ou, au contraire, est-ce qu’il faut qu’il prenne son temps ?
Hubert VEDRINE.- On verra bien. De toute façon, je n’ai pas à lui donner de conseils. Mais un président n’a pas le choix de toute façon. Un président, il est assailli, surtout le président d’une grande puissance comme ça, il est assailli par tous les problèmes en même temps. Il ne peut pas dire : « Bon, allez, je vais m’occuper de l’économie pendant quinze jours et je commencerai à réfléchir sur l’Irak après », ce n’est pas possible.
Roselyne FEBVRE.- Non mais on le compare, par exemple, à Roosevelt qui a pris le pouvoir après la crise de 29 et qui a fait une sorte de paquet législatif et on sait très bien que c’est dans les 100 jours que ça se gâte.
Hubert VEDRINE.- Non, ce sont des histoires.
Roselyne FEBVRE.- Kennedy, ça a été l’affaire de la Baie des cochons. Clinton, les débuts de Clinton ont été assez difficiles.
Hubert VEDRINE.- Non, non. Qu’est-ce qu’il y a eu de difficile dans les débuts de Clinton ? Rien de spécial.
Hubert VEDRINE.- Non, il a mis un temps assez long à choisir certains responsables, mais… Non, mais je ne crois pas à ces théories, ce sont des théories médiatiques ça, les « 100 jours » et tout ça. Bon, voilà… C’est comme les comparaisons avec Napoléon qui n’ont aucun rapport avec notre époque.
Non, de toute façon, les problèmes sont là.
Hubert VEDRINE.- Il y a déjà une attente immense alors qu’il n’est même pas à la Maison Blanche. La crise est aigue et il y a plusieurs crises en même temps. Il y a la crise boursière, qui est devenue financière, qui devient économique, qui sera sociale et peut-être politique. Bon, ça, c’est immédiat, il n’y a pas le choix. Mais en même temps, l’enlisement en Irak, il est là. Ce qu’a dit Obama sur l’Afghanistan, ça se joue tout de suite, il ne va pas attendre des mois avant de prendre des décisions militaires. Tout se présente en même temps.
Et alors, il a été élu par les Américains, si je comprends bien, pour essayer de répondre à la crise, pour enrayer la crise, pour essayer de sauver les jobs américains, donc il a des décisions économiques, financières et budgétaires. Des décisions commerciales : quels types de relations avec la Chine ? Une autre approche des négociations commerciales qui ne sera peut-être pas uniquement centrée sur la libéralisation systématique, il voudra peut-être introduire non pas du protectionnisme global, ce serait absurde, mais des éléments de protection…
Hubert VEDRINE.- Une crainte, ça dépend de qui. Non, il n’y a pas de crainte des Américains sur le protectionnisme…
Roselyne FEBVRE.- Non, mais une crainte de protectionnisme, c’est ce que craignent peut-être les pays…
Hubert VEDRINE.- Mais les Américains, peut-être pas.
Hubert VEDRINE.- D’ailleurs depuis des années et des années, quand on fait des sondages, les Américains, comme les Européens, trouvaient que la mondialisation avait plus d’aspects négatifs que positifs.
Donc, il est obligé de traiter tout ça, mais le reste aussi. Donc, ce n’est pas une question de priorité, c’est de savoir : est-ce qu’il va prendre les bonnes décisions sur… ?
Hubert VEDRINE.- Non, « au bon moment », c’est tout de suite, ça a commencé déjà.
Roselyne FEBVRE.- Et quand il veut alléger l’embargo avec Cuba et renforcer les échanges avec l’Amérique latine, par exemple, c’est… ?
Hubert VEDRINE.- Non mais, il faut voir ça globalement.
Globalement, la politique étrangère de Bush était une politique unilatérale - bon ça, toutes les grandes puissances sont unilatérales en réalité -, mais unilatérale brutale, provocante et, en plus, maladroite puisqu’il a échoué à peu près partout. Donc, Obama, semble-t-il, est conscient du fait que le rejet de l’Amérique dans le monde est devenu un handicap pour les Etats-Unis, il faut le corriger, donc c’est un changement global, ça ne concerne pas que Cuba ou ceci cela. Il a montré à plusieurs reprises pendant la campagne qu’il estimait qu’il ne fallait pas s’interdire de parler à qui que ce soit, même à des régimes adverses. Alors que l’administration Bush avait enfermé l’Amérique, et nous un peu avec…
Hubert VEDRINE.- …Surtout dans la période récente où on l’a trop suivie – dans un manichéisme. Comme quoi on parle avec les amis, mais les autres, on n’en parle pas. On n’a pas le droit de leur parler, on ne parle pas aux Iraniens, ni au Hamas, ni au Hezbollah, ni aux Talibans, ni ceci cela. On a pu voir dans la campagne - surtout au début parce qu’après, il est devenu plus prudent, Obama - qu’il voulait se dégager de ça. Donc, il me semble que cet homme porte en lui la redéfinition d’une autre politique étrangère américaine et ça ne se fera pas en trois minutes.
Roselyne FEBVRE.- Oui alors, justement, c’est vous qui avez théorisé, qui avait inventé le terme d’« hyperpuissance » pour caractériser les Etats-Unis en prédisant son déclin, mais est-ce qu’Obama, en incarnant ce rêve, ne va pas réactiver cette espèce d’hyperpuissance ?
Hubert VEDRINE.- Non, le terme d’« hyperpuissance » n’est pas une critique, ça veut dire…
Hubert VEDRINE.- …La plus grande puissance de tous les temps. Je l’ai dit à l’époque Clinton, ce n’était pas une critique, je ne parlais pas de déclin, je dis : « C’est la plus grande puissance qui ai jamais existé ». Bon, elle peut mener une bonne ou une mauvaise politique…
Hubert VEDRINE.- Alors, même après le 11 septembre, une hyperpuissance peut être vulnérable et en Irak, elle peut se fourvoyer, ça reste la plus grande puissance de tous les temps. Et pour le moment, il n’y a pas d’autre puissance qui puisse la contrebalancer. Il se trouve que cette puissance ou hyperpuissance, comme on veut, avait perdu tout prestige moral.
Hubert VEDRINE.- Alors, Obama, par sa seule élection, en une minute…
Hubert VEDRINE.- Non, pas « peut », c’est fait, ça y est.
Hubert VEDRINE.- C’est fait. A la minute même où on a dit : « Obama, Président », je ne connais pas les sondages nouveaux, mais c’est évident que dans le monde entier, l’image de l’Amérique a repris 20 ou 30 points. Avec en retour une attente géante qui sera peut-être déçue, mais la réhabilitation morale, elle est faite.
Hubert VEDRINE.- Alors, après la politique étrangère concrète qu’il va mener globalement : Chine, Russie, monde arabo-musulman, Amérique latine…
Hubert VEDRINE.- …C’est compliqué. Il ne peut pas se dégager du jour au lendemain des ornières de Bush, mais je crois qu’il veut le faire, moi.
Roselyne FEBVRE.- Mais alors, il y a une prédestination chez les Américains, ils pensent qu’ils incarnent une nation élue qui est là pour sauver le monde. C’est une permanence chez les Américains dans la politique étrangère. Est-ce que ça, ça va perdurer avec Obama ? Est-ce qu’il y aura toujours ça au fond de chaque Américain et au fond de lui ?
Hubert VEDRINE.- Oui, il le croit. Il le croit. D’ailleurs, les Américains ont cru ça bien avant d’être les maîtres du monde. Au XIXe où c’était encore la Grande-Bretagne qui était la puissance dominante, en tout cas des Européens, ils avaient déjà toute cette espèce de rhétorique qui de loin peut paraître ridicule, mais qui est devenue réelle après la Guerre de 14…
Hubert VEDRINE.- …Et puis la suite, la guerre de 39, le jeu mondial fait qu’ils sont devenus au centre des choses à partir de 1945. Donc, oui, la nation exceptionnelle, la destinée exceptionnelle, la destinée manifeste, ils sont là pour éclairer le monde, le leadership, bon, tout ça. Ils y croient à fond. Tous les Américains pensent ça.
Hubert VEDRINE.- Alors, sauf que les autres avaient donné une traduction militaire bornée, brutale de ça et Obama va essayer de redonner une dimension charismatique rayonnante, à condition qu’il arrive à répondre aux questions immédiates sur la crise et à reformuler une politique étrangère. A condition que... Mais je crois que c’est ce que les Américains pensent. En même temps, ce n’est pas leur souci immédiat. Leur souci immédiat, c’est les jobs. Ils le pensent, ils n’ont pas changé entre-temps.
Hubert VEDRINE.- Non. Non, il n’y a pas de doctrine Obama. Ce n’est pas un doctrinaire.
Hubert VEDRINE.- Oui, il a donné des orientations. Il a insisté sur les échecs principaux de Bush. Sur l’Irak. Il a dit des choses assez précises sur l’écologie. Là, il y a un tournant qui va se produire.
Roselyne FEBVRE.- Oui, mais ça, il ne s’était rien passé, donc ce n’était pas compliqué de dire qu’il fallait signer un protocole…
Hubert VEDRINE.- Ben si puisque l’administration s’y opposait. Donc, il a annoncé un vrai changement sur le plan écologique. Ça, c’est important, ça aura des suites et on va entrer…, l’Amérique…, le retour de l’Amérique sur ce plan va accélérer le processus de mutation des économies qui sont prédatrices et folles en économies écologiques. Ça va prendre 15 à 20 ans, mais ça va se produire.
En politique étrangère, il est plus prudent. Mais je répète, je crois qu’il a l’intuition et l’envie de reformuler une politique étrangère, une vraie. Bon, après la parenthèse de 8 ans.
Hubert VEDRINE.- Mais ça va être… Alors, il a dit des choses : « Il ne faut pas s’interdire de parler à l’Iran, il faut faire plus en Afghanistan, il faut sortir de l’Irak élégamment ». Bon…
Roselyne FEBVRE.- …Il dit : « Il n’y a pas de solution militaire en Irak », donc il veut faire une sorte de vase communicant avec l’Afghanistan…
Hubert VEDRINE.- Il ne peut pas sortir complètement.
Roselyne FEBVRE.- Oui, il ne peut pas, mais pourquoi ça deviendrait une solution militaire, comment il pourrait y avoir une solution militaire en Afghanistan s’il n’y en a pas une en Irak puisque personne n’a jamais gagné en Afghanistan ? Est-ce qu’on ne passe pas d’une obsession irakienne à une obsession afghane ?
Hubert VEDRINE.- Votre remarque est très juste, mais…, enfin la question est très juste, mais « obsession », c’est trop tôt pour dire ça. Il ne donne pas l’impression d’être obsédé par l’Afghanistan. Peut-être a-t-il parlé d’un renforcement de l’action militaire en Afghanistan pour contrebalancer le fait qu’il parlait d’une sortie d’Irak et que, d’autre part, il indiquait que - à la grande fureur d’Israël d’ailleurs - il ne fallait pas s’interdire de parler aux Iraniens. Mais s’il parle aux Iraniens, ce n’est pas pour leur dire des amabilités, il fait une négociation stratégique comme entre les Etats-Unis et l’Union soviétique au moment de la Guerre froide. Donc, comme ça pouvait paraître peut-être, selon la vieille rhétorique Bush, trop conciliant, il a peut-être éprouvé le besoin de dire : « Je vais faire plus en Afghanistan ». Mais j’espère bien, là-dessus, que…
Hubert VEDRINE.- Oui. Enfin, je ne sais pas si c’est une erreur de l’avoir dit dans la campagne. Son but, c’était d’être élu. Ce serait une erreur de le faire.
Hubert VEDRINE.- J’espère. Ce serait une erreur de le faire et les Européens auraient bien tort d’accepter de renforcer en Afghanistan sans discussions.
Roselyne FEBVRE.- Oui parce qu’il va demander aux alliés, effectivement, de rajouter des troupes et sûrement à la France et là, alors, il faut refuser ?
Hubert VEDRINE.- Il ne faut pas accepter comme ça. Il ne faut pas accepter, il faut dire – même si ça vient de notre ami Obama, il y a l’Obamania et tout ça – il faut dire : « Bon, peut-être, mais il faut qu’on remette tout sur la table, on va tout remettre à plat. Pourquoi on est là-bas, la stratégie, quel est l’objectif, est-ce qu’il y a un volet politique pour essayer de réintégrer une partie des pachtouns dans le jeu ? Qu’est-ce qu’on fait au Pakistan ? Pourquoi il n’y a que les Occidentaux à faire ça, c’est absurde… ? »
Hubert VEDRINE.- Oui, en quelque sorte. Il faut remettre la Chine et la Russie dans le jeu, enfin il faut refaire de la vraie politique étrangère, il faut réinventer un peu le vélo. Donc, même si c’est Obama, « le gentil Obama que nous aimons, que nous adorons » qui nous demande ça, je dis…
Hubert VEDRINE.- Enfin, je suggère, moi, je ne suis pas aux Affaires en ce moment, aux commandes…
Hubert VEDRINE.- …Mais je pense qu’il ne faut pas le faire comme ça d’emblée et dire : « On va discuter ».
Roselyne FEBVRE.- Mais les conditions, pour vous, les conditions pour remettre des troupes, elles sont assorties, justement, de quelles conditions ? Vous venez un peu de les expliquer, mais…
Hubert VEDRINE.- C’est ce que je viens de dire.
Hubert VEDRINE.- Il faut tout remettre à plat. Quel est l’objectif ?
Hubert VEDRINE.- Oui, d’accord, ça prend du temps. Donc, il faut dire : « Quel est l’objectif ? », mais en même temps : « Quelle est la politique iranienne ? ». Donc, de proche en proche, ça consisterait à avoir une discussion de la France, et dans l’idéal de l’Europe si les Européens sont capables de se mettre d’accord sur quelques grands objectifs, ce qu’ils devraient faire, il faut le faire tout de suite parce que l’administration américaine ne va pas être à l’écoute tellement longtemps. Elle peut l’être pendant quelques semaines, quelques mois maximum. Donc, là-dessus, on pourrait parler de l’ensemble du sujet qui va du Proche-Orient à l’Afghanistan, au Pakistan.
Roselyne FEBVRE.- Justement, par exemple, sur l’Irak, est-ce qu’il faut effectivement qu’il s’inspire du rapport de James Baker sur : associer les pays voisins de l’Irak pour aider à trouver un accord politique et fédéral ?
Hubert VEDRINE.- Moi, je pense que oui. Enfin, à titre personnel, je trouve le rapport Baker-Hamilton est très juste, mais le rapport Baker-Hamilton indique qu’il faut également relancer le processus de paix palestinien…
Hubert VEDRINE.- Non, il s’était aligné derrière le Likoud, soyons plus nets. Il ne l’a pas laissé en déserrance. Donc, il a soutenu ceux des Israéliens qui ne sont pas d’ailleurs majoritaires dans l’opinion israélienne en plus et qui inventent tous les prétextes, comme l’a reconnu Monsieur Olmert, pour tout bloquer. Alors, qu’il y a une autre politique possible dans l’amitié avec Israël entre Américains et Israéliens. Et tout est lié. Donc le rapport Baker - c’était un morceau très intelligent, l’Irak - mais il dit aussi - « Il faut relancer à côté et il faut parler avec l’Iran ». Et même chose si on parle Afghanistan.
Donc, en fait, c’est l’ensemble de la politique arabo-islamique de l’administration Bush qui est mauvaise. A mon avis.
Mais il y a un petit mystère Obama là-dessus parce qu’au début, dans la campagne des primaires, il donnait l’impression d’être conscient de ça et de vouloir vraiment faire bouger les choses. Dans la campagne proprement dite, il s’est peut-être méfié des attaques et il est devenu beaucoup plus conformiste. Il a même presque parlé comme l’administration Bush sur plusieurs points. Donc, on verra.
On continue à analyser avec vous cette élection et, bien sûr, ce qui va se passer après, mais tout de suite, les Infos, on se retrouve dans quelques instants. Merci.













