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De Chicago à la Maison Blanche

Texte par Leela JACINTO

Dernière modification : 07/11/2008

Durant les 77 jours le séparant de son investiture, le président Obama doit former son équipe. C'est le "jeu favori de Washington" au cours duquel les candidats se livrent une bataille impitoyable. Reportage de Leela Jacinto à Chicago.

Lire notre article: "Panorama de la garde rapprochée de Barack Obama".

Lire notre article:  "Les jeunes Américains se lèvent pour Obama"
 

Retrouvez également le portrait de Barack Obama.

 

Et notre dossier: "Barack Obama, un président entre dans l'Histoire"

 

Tous les quatre ans, haut fonctionnaires, analystes, et politiciens de tous poils s’engagent dans une compétition acharnée pour trouver une place dans l’administration du nouveau président.

Souvent appelé "le jeu favori de Washington", la sélection, la validation et le recrutement de la nouvelle élite politique du pays est, sous couvert de bonnes manières, un combat vicieux et sanglant.

Dans les 77 jours séparant son élection le 4 novembre 2008 et son investiture le 20 janvier 2009, le nouveau président élu Barack Obama doit former deux équipes : celle de son cabinet, mais aussi celle de ses collaborateurs et conseillers.

Même un président élu en prônant le changement ne peut déroger aux règles de ce jeu. Mais, cette fois-ci, le jeu ne se joue pas vraiment à Washington, mais plutôt à Chicago, le fief du président.

Depuis leurs bureaux du Kluczynski Federal Building de Chicago, la toute nouvelle équipe de transition d’Obama est occupée à choisir les candidats au cabinet présidentiel et à préparer les premières initiatives politiques de la nouvelle administration.

Rapidité et fuites

Un autre signe distinctif de la transition d’Obama : la rapidité à laquelle son équipe s’est mise au travail.

Quelques heures seulement après l’annonce des résultats de l’élection et son discours de Grant Park mardi soir, Obama a annoncé les noms des personnages-clés de son équipe de transition.

Parmi eux, plusieurs vétérans politiques ayant des attaches solides avec Chicago, comme John Podesta, ancien secrétaire général de la Maison Blanche sous Clinton, et Valérie Jarrett, une femme d’affaires de Chicago qui avait auparavant travaillé pour Harold Washington, le premier maire noir de la ville, ainsi que pour le maire actuel, Richard M. Daley.

Valérie Jarrett, l’une des plus proches collaboratrices d’Obama durant sa campagne, a apporté au candidat une aide précieuse pour gérer un bureau de campagne professionnel et discret durant la course à la Maison Blanche. Une seule information a filtré, le lendemain de l’élection : la désignation de Rahm Emanuel comme secrétaire général de la Maison Blanche. Il a, depuis, accepté le poste.


"Rahmbo" et la machine démocratique de Chicago

Natif de Chicago et représentant de l’Illinois au Congrès, Rahm Emanuel est réputé pour sa pugnacité. Cela lui a valu, dans les cercles politiques, le surnom de "Rahmbo".

"Emanuel est l’exemple typique du guerrier sans pitié, celui de la machine démocratique de Chicago, cette organisation de ‘la victoire à tout prix’, qui s’est transformée en méthode de campagne pour Obama", a écrit dans le quotidien britannique "The Guardian" Linda Hirshman, de la Brandeis University dans le Massachusetts, avant d’ajouter : "Cela montre qu’Obama est prêt pour le combat."

Connu pour son vocabulaire fleuri et ses neuf doigts (il en a perdu un lors d’un accident de moto), Rahm Emanuel était le directeur financier de Bill Clinton au cours de sa campagne de 1992 avant de devenir un de ses conseillers au sein de son administration.

La rapidité avec laquelle s’est mise à l’œuvre l’équipe de transition d’Obama ne surprend pas les experts politiques qui se rappelle le fiasco de la transition Clinton, qui n’avait nommé son équipe que cinq jours avant son investiture.

"De nombreux membres de l’équipe d’Obama sont des vétérans de l’administration Clinton en 1992, ils ont vécu cette terrible transition, explique John Wilson. Ils ne veulent pas répéter les mêmes erreurs."

Les "clintonistes" reviennent à Washington

L’un des plus grands atouts d’Obama dans sa campagne a été son image d’unificateur, sa capacité à écouter tous les points de vue et à faire des compromis. Mais certains de ses supporters craignent que cette qualité ne se transforme en handicap à la Maison Blanche.

La rumeur politique enfle concernant certaines nominations, qui inquiètent les soutiens les plus progressistes d’Obama. Celle de Larry Summers, par exemple, au poste de secrétaire du Trésor américain.

Summers, ancien secrétaire du Trésor dans l’administration Clinton et ancien président de la prestigieuse université de Harvard, avait dû quitter son poste en 2006, après avoir tenu des propos controversés concernant les différences entre les sexes et les aptitudes des femmes en mathématiques et sciences.

"Je suis totalement déconcerté de savoir qu’Obama pense à nommer une machine à gaffes, une personne aux qualités de management douteuses et un partisan de ce libéralisme dont nous payons les frais aujourd’hui", commente John Wilson.

Mais tous ne partagent pas ses inquiétudes. Pour Charles Branham, de l’université de Chicago, "ce serait une décision très sage".

La présence de tant d’anciens collaborateurs de Clinton dans la liste des candidats éventuelles à la nouvelle administration peut inquiéter : le changement promis par Obama aux Américains sera-t-il vraiment au rendez-vous ?
 
Brahman estime pourtant que ces choix sont compréhensibles pour un premier mandat. "Le problème de Barack Obama, c’est que malgré son équipe de campagne, qui était composée de professionnels aux idées fraîches, il va peut-être devoir plutôt s'entourer de personnes d’expériences."
 

Première publication : 07/11/2008

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