M. Ulysse GOSSET.- Bienvenue su France 24 ! Nous sommes en duplex de New York, le sénateur Bradley. Merci d’être avec nous. Bonjour !
M. Bill BRADLEY.- Bonjour. C'est un grand plaisir pour moi d'être avec vous.
M. Ulysse GOSSET.- Nous sommes également avec Pierre Lellouche, l'un des meilleurs connaisseurs de l'Amérique, diplômé de Harvard, l’ université où a étudié Barack Obama, Pierre Lellouche est membre de la Commission de défense de l'Assemblée nationale. Pierre Lellouche est sans doute l'un des meilleurs experts des Etats-Unis. Il a rencontré à la fois Barack Obama et John McCain. Bonjour !
M. Ulysse GOSSET.- J'ai envie de vous demander tout d'abord comment vous avez vécu cette élection de Barack Obama, un véritable tournant dans l'histoire de l'Amérique et du monde. C'est vraiment une nouvelle ère qui s'ouvre pour l'Amérique ?
M. Bill BRADLEY.- Je pense qu'il n'y a aucun doute : c'est une nouvelle ère. D'après moi, cela représente l'un des moments les plus fiers en tant qu'Américains. Pourquoi ? Parce que cela représente deux choses : cela représente cette capacité à mettre sur place une véritable démocratie et à remettre le cap sur les choses et réaliser des changements, et deuxièmement, c'est un symbole, le symbole de Barack Obama en tant que premier Président noir des Etats-Unis. Ce serait une erreur de se focaliser là-dessus tout d'abord, parce que je pense qu'en fait, c'est sa capacité en tant que leader dirigeant, et c'est quelque chose de très enthousiasmant par rapport à cette élection.
M. Ulysse GOSSET.- Bill Bradley, véritablement, pensez-vous que Barack Obama va changer l'Amérique ?
M. Bill BRADLEY.- Oui, je pense que cette autre vue représente le fait qu'il a changé les Etats-Unis du jour au lendemain car, si M. McCain avait été élu, je ne crois pas que cette autre vue existerait. Le fait qu'il ait été élu signifie maintenant que le monde considère les Etats-Unis de façon totalement différente. Il y a des éléments très positifs par rapport aux Etats-Unis. On a rappelé certains éléments durant cette élection. Cela donne une occasion à ce nouveau Président de réaliser des changements lui permettant de diriger le monde de façon très différente par rapport au huit années précédentes.
M. Ulysse GOSSET.- L'attente est telle aux Etats-Unis qu'il y a des risques de déception. Ce danger existe-t-il et, en particulier pour la communauté noire qui était ravie de voir enfin un africain américain passer les portes de la Maison blanche dans quelques semaines ? N'y a-t-il pas un véritable danger de déception ?
M. Bill BRADLEY.- Je pense qu'il y a toujours un risque de déception lorsque les exigences sont tellement élevées, lorsqu'il y a un moment tellement émotionnel. Je pense que Barack a été très concret par rapport aux raisons pour lesquelles il voulait être élu. Il a vraiment fait passer le même message depuis le début. On peut faire de grandes choses en tant qu'Américains mais afin de réaliser ces objectifs, nous devons surmonter la culture de Washington avec tous les lobbies et les éléments financiers. "Vous devez m'élire Président des Etats-Unis mais, ensuite, à l'issue de cette élection, j'ai besoin de votre soutien Messieurs les citoyens, afin de surmonter la culture de Washington." En fait, ce processus de responsabilité en tant que citoyen, c'est cela que Barack Obama a fait passer aux citoyens. Cela diminuera toute désillusion car, au départ, il a parlé des besoins de leurs engagements. Lorsqu'un politique est au devant la scène… Il a pu refléter cette lumière et a demandé aux citoyens de faire partie de ce processus et de s'exprimer au cours de son administration.
M. Ulysse GOSSET.- Quelle est selon vous la priorité absolue ? Barack Obama va arriver à la Maison blanche le 20 janvier. Quelle est, selon vous, la première décision qu'il doit prendre ?
M. Bill BRADLEY.- En fait, il a déjà pris des décisions, c'est-à-dire les membres de son administration avec un secrétaire d'état, un ministre de la Défense, un conseiller en matière de sécurité, un secrétaire au Trésor, et d'autres membres également. Ce seront des décisions très importantes car le Président est l'acteur le plus important du gouvernement mais la qualité de ces membres autour de lui représente un élément très important également.
Concernant les problématiques, dans le fond, le budget sera une question très importante également. Je pense aussi que la façon dont il va faire passer les messages de par le monde, et lors de la hiérarchisation de ses priorités, il va essayer de dialoguer avec d'autres pays, cela représentera également un problématique importante.
M. Ulysse GOSSET.- Nous allons revenir sur votre parcours personnel.
Vous êtes un grand joueur de basket. Vous êtes connu dans le monde entier, en France en particulier. Avez-vous déjà joué au basket avec Barack Obama. On sait qu'il a joué au basket le jour de l'élection. Avez-vous déjà joué avec lui et cela va-t-il se faire bientôt ?
M. Bill BRADLEY.- Non, je n'ai jamais joué au basket avec lui. En fait, je l'ai soutenu avant les primaires du New Hampshire et j'ai en fait travaillé avec lui dans la campagne. On a suggéré un jeu de basket mais j'ai dit que ce n'était pas vraiment une bonne idée. Il ne s'agissait pas de jouer au basket avec lui.
M. Ulysse GOSSET.- Plus sérieusement, les rapports de l'Amérique avec le monde : l'Amérique va-t-elle se réconcilier avec le monde, et vous, qu'attendez-vous de cette présidence en matière internationale ? Est-ce la fin de l'unilatéralisme selon vous ?
M. Bill BRADLEY.- Oui, je pense que c'est la fin de l'unilatéralisme. Je pense qu'il y aura beaucoup de consultations, de dialogues avec d'autres pays, avec des efforts multilatéraux, et la façon dont le pays devra maintenir le cap. Je pense qu'il sera suffisamment courageux pour s'atteler aux tâches très importantes comme l'Irak ou l'Iran, quelles que soient les priorités. Je pense que vous allez voir ici une nouvelle un nouveau style de Président, un président où les Etats-Unis ne seront pas là pour se prétendre comme la seule puissance. Ce sera un partenariat, un travail d'équipe, c'est-à-dire que d'autres membres devront contribuer, entrer dans la danse lors des décisions finales.
M. Ulysse GOSSET.- Vous le savez, Sénateur Bradley, nous sommes avec Pierre Lellouchee, l'un des meilleurs experts des Etats-Unis en France, il a rencontré Barack Obama. Je voudrais qu'il s'adresse à vous et qu'il vous demande finalement ce que lui attend du nouveau Président, ce qu'il attend de la nouvelle Amérique ?
M. Bill BRADLEY.- Sénateur, cher Collègue, qu'attendez-vous de Barack Obama que vous avez soutenu ?
M. Bill BRADLEY.- Comme je l'ai déjà dit, je pense qu'il nommera des membres de haute volée dans son gouvernement. La priorité, en plus du budget, ce sera la crise économique, la crise financière. S'il doit y avoir des phases supplémentaires afin de s'atteler à sa tâche, je pense qu'il devra stabiliser l'économie avant de s'atteler aux tâches dont il a parlé durant sa campagne, par exemple la santé et l'éducation. Il existe d'autres choses qu'il pourra faire par rapport à l'énergie et, évidemment, diminuer notre dépendance au pétrole. On pourra stimuler l'économie en même temps.
M. Ulysse GOSSET.- Pierre Lellouche, êtes-vous d'accord avec le Sénateur Bradley : c'est la fin de l'unilatéralisme, c'est une nouvelle relation qui s'engage avec les Européens ?
M. Pierre LELLOUCHE.- Oui, c'est aussi quand même toutes les priorités intérieures dont le Sénateur vient de parler. C'est la remise en ordre de l'économie, moins de dépendance à l'égard du pétrole, un peu plus d'écologie. Ce sont des chemins très importants. Sur le multilatéralisme, nous verrons à l'usage. Je le souhaite. Il est difficile de faire plus unilatéral que Bush, je pense donc qu'Obama part gagnant dans ce domaine. Il y a beaucoup de domaines, et nous Français, nous attendons beaucoup de la coopération du président Obama sur le domaine financier, sur le domaine stratégique, sur l'Iran et la non profit et bien sûr sur l'OTAN.
M. Ulysse GOSSET.- Sénateur Bradley, je reviens vers vous. Vous, personnellement, vous êtes absolument convaincu que ce qui va l'emporter, c'est le dynamisme créé par l'élection pour permettre de relancer la machine américaine, la crise économique, vous en avez parlé, les relations avec l'extérieur ? C'est véritablement une renaissance américaine ? Etes-vous d'accord avec cette expression employée un peu partout ?
M. Bill BRADLEY.- Oui, la réponse est affirmative. Barack Obama représente l'un de ces dirigeants qui arrivent toutes les trois ou quatre générations. Je pense que l'aspect singulier de sa candidature, qui aura un rôle durant son mandat, c'est ce dont j'ai parlé précédemment, c'est-à-dire la façon dont il pourra maintenir les Américains engagés dans sa gouvernance. Le dernier week-end en Pennsylvanie, il y a eu près d'un million de ménages avec une personne de l'équipe Obama qui frappait à la porte en demandant aux gens de voter pour Obama.
En fait, il a pu réunir 700 millions de dollars et 400 millions de dollars provenaient d'individus ayant contribué avec moins de 250 dollars. Il existe donc des millions de personnes sur sa liste et sur ses e-mails. En fait, le grand défi qu'il devra relever, les nouveaux aspects de la démocratie américaine seront les suivants : mobiliser les individus qui voudront faire partie de ce processus de modification en matière de santé, d'éducation d'environnement et d'énergie. Ensuite, il y aura des répercussions sur les législateurs, les députés à Washington afin de vaincre les priorités ou les lobbies à Washington qui s'exprimaient beaucoup trop en matière de législation ces 25 dernières années en l'occurrence. Les véritables problèmes dont on se préoccupait, c'est-à-dire avoir un bon emploi, un bon salaire, de bonnes écoles, la santé, etc. On avait marginalisé tous ces problèmes. Tout cela est derrière nous !
M. Ulysse GOSSET.- Je me retourne maintenant vers Pierre Lellouche, du côté français, du côté européen, qu'attend-on de ce G 20 qui a lieu à Washington, une refonte du capitalisme, peut-être la première pierre d'un nouveau système financier international ?
M. Pierre LELLOUCHE- Du côté français, parce que je sais pour en avoir parlé au Président, les attentes sont fortes. Il est convaincu d'avoir marqué un point très important en amenant les Américains à la table des négociations pour repenser ensemble le système financier international. Pour Nicolas Sarkozy, c'est le début d'un processus. Cela ne va pas se régler en une seule journée à Washington.
M. Ulysse GOSSET.- Il y a un désaccord entre Européens et Américains sur ce que l'on va faire ?
M. Pierre LELLOUCHE.- Y a-t-il une position européenne commune sur l'ensemble des dossiers ? Cela reste à démontrer. Tout l'art du Président de la République, Président de l'Europe, c'est d'essayer de présenter une synthèse qui marche au nom de l'Europe.
Les Américains devront revenir sur un certain nombre de leurs mauvaises habitudes, notamment la culture de la dérégulation dont on a vu qu'elle amenait à un empilement d'un jeu de casino.
On a transformé le système financier international qui devait irriguer les échanges internationaux en un jeu extraordinairement dangereux de recyclage de dettes de plus en plus toxiques ; le tout basé sur l'endettement croissant des Etats-Unis.
M. Pierre LELLOUCHE.- Le FMI est une partie du problème, notamment pour venir à la rescousse des états les plus endettés. La grande idée peut-être, c'est de bâtir une banque centrale mondiale qui va coordonner les politiques monétaires et les instructions données aux banques des Etats-Unis à l'Europe en passant par les pays émergents, en évitant les paradis fiscaux où vont se cacher des dizaines et des dizaines de milliards de dollars plus ou moins toxiques.
M. Ulysse GOSSET.- Là-dessus peut-on attendre un accord des Européens et des Américains, et surtout un accord avec le nouveau Président Obama ?
M. Pierre LELLOUCHE.- Cela reste avoir. La secousse est telle aux Etats-Unis que la culture de la dérégulation est probablement derrière nous.
Les thuriféraires de Greenspan sont très silencieux aujourd'hui, et même les plus libéraux des Britanniques ont comprit qu'il fallait gérer les banques et s'assurer que les normes comptables, s'assurer que les agences de notation, s'assurer que les régulations données aux banques soient à peu près les mêmes partout, sinon on risquait de nouvelles bulles.
M. Pierre LELLOUCHE.- On va le voir. Pour l'instant, il y a un accord pour en parler. C'est le début d'un processus. Devant la gravité de la crise, il serait fou de ne pas conclure rapidement un accord qui au moins vienne terminer la phase financière de la crise.
Derrière, s'annonce le plus difficile, c'est-à-dire les conséquences d'un repli, d'une dépression économique, d'une récession, espérons que ce n'est pas une dépression, sur le chômage à travers le monde, et les conséquences politiques qui vont s'en suivre. C'est ce qui nous menace et c'est ce qui sera le plus difficile.
M. Ulysse GOSSET.- Sénateur Bradley, dernière question. Barack Obama peut-il mettre fin à la guerre en Irak, va-t-il faire rentrer les boys à la maison ?
M. Bill BRADLEY.- Oui je pense qu'il peut le faire. Il le fera. C'est une question de calendrier. Il fera ses premiers briefings cette semaine. Il me semble qu'il pourra également jouer un plus grand rôle au Moyen-Orient, différemment en fait par rapport aux années précédentes. Il sera certainement plus consultatif. Il se tournera davantage vers nos alliés. Il l'a déjà dit. Il est prêt à parler avec l'Iran sur la base de certaines conditions préalables et selon une structure prédéfinie. Il a reconnu le fait que de ne pas parler au pays, aux nations, n'était pas vraiment la bonne solution et que la diplomatie doit remplacer la guerre. Vous devez parler, établir des pourparlers. Je pense que cela se produira et qu'il réalisera des actions afin de réduire notre dépendance sur le pétrole. Cela aura aussi des répercussions au Moyen-Orient. On pourra effectuer des changements par rapport à la question palestinienne et israélienne. Tous ces problèmes sont liés les uns aux autres si nous voulons aller de l'avant à l'international.
M. Ulysse GOSSET.- Merci beaucoup Sénateur Bill Bradley d'avoir été avec nous.
Merci beaucoup aussi à Pierre Lellouche. Restez avec nous car c'est la fin de cette première partie mais nous nous retrouvons dans quelques minutes, tout de suite après le journal de France 24.






















Commentaires
Quand est-ce-qu'on vivra "sans" les révolutions ?
Apres une revolution "orange" en Ukraine,
Une revolution "rose" en Géorgie,
Voilà une révolution "noire" aux USA !