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Les otages libérés en échange de prisonniers, selon les pirates

Vidéo par Valérie GIEBEL

Texte par AFP

Dernière modification : 12/11/2008

Les sept Français et le Tunisien pris en otage au large du Cameroun fin octobre, et libérés mardi, sont arrivés à Paris. Des rebelles et des sources indépendantes affirment que cette libération intervient en échange de prisonniers.

Le mystère demeurait mercredi autour des conditions de la libération de dix otages enlevés pendant douze jours à Bakassi, au Cameroun : alors que les autorités démentent "rançon" ou "marchandage", rebelles et sources indépendantes parlent "d'échange de prisonniers".
   
Les otages, sept Français, deux Camerounais et un Tunisien, ont été libérés mardi. L'arrivée des sept Français et du Tunisien à Paris mercredi matin n'a pas permis d'éclaircir le flou. La secrétaire d'Etat française aux droits de l'Homme Rama Yade a parlé d'une "coopération excellente avec les autorités camerounaises" mais ne s'est pas exprimée sur les conditions de la libération.
   
Un porte-parole du ministère français des Affaires étrangères a affirmé que la France n'avait pas versé de "rançon".
   
L'ambassadeur du Cameroun en France, Lejeune Mbella Mbella a lui indiqué: "Nous somme sûrs qu'il n'y a pas eu de marchandage et pas de rançon". Au Cameroun, les autorités refusent de communiquer sur le dossier qui est considéré "très sensible".
   
Les ex-otages ne se sont pas exprimés devant la presse.
   
Mais l'homme qui dirigeait les opérations des ravisseurs, les Combattants de la Liberté de Bakassi (Bakassi Freedom Fighters, BFF), le "commandant" Ebi Dari, a affirmé lui qu'il y avait eu un échange de prisonniers "en mer, sur un bateau".
   
"J'ai vu leur bateau. J'y suis allé (avec le mien). Ils m'ont donné leurs prisonniers, je leur ai donné les miens. Et, nous sommes partis. Tout s'est passé en douceur. Sans problème", a-t-il dit joint par téléphone depuis Libreville. "Il y avait les officiels camerounais et deux +hommes blancs+ à bord. Un des deux au moins était français", a-t-il ajouté.
   
Cette version est confirmée par deux sources indépendantes ayant suivi de près le dossier.
   
Selon le "commandant" Dari, les 13 prisonniers qui étaient détenus dans des geôles camerounaises sont "des pêcheurs de Bakassi qui avaient des problèmes de papiers" et avaient été arrêtés cette année.
   
Les ravisseurs ont également laissé entendre, sans vouloir le confirmer ni parler de sommes, qu'ils avaient touché de l'argent.
   
"Nous sommes en droit de demander de l'argent. Les gens de Bakassi souffrent et ont besoin d'argent", a affirmé le "général" AG Basuo, chef du Conseil de sécurité et défense du delta du Niger (NDDSC), dont font partie les BFF.
   
Si les autorités ne font pas preuve de transparence, les rebelles non plus.     Alors qu'ils détenaient les otages, ils sont toujours restés vagues quant à leurs demandes, affirmant simplement qu'ils voulaient "négocier avec le gouvernement camerounais" et précisant qu'ils ne dévoileraient pas leurs revendications.
   
"Ce n'est pas une question d'argent, nous avons fait ça pour attirer l'attention", avaient-ils notamment affirmé.
   
Aujourd'hui, ils promettent de continuer à en découdre si la situation des habitants de Bakassi ne change pas: "Nous acceptons que Bakassi soit camerounais. Mais, un père doit penser à son fils et le Cameroun doit donc penser à ses enfants de Bakassi", a estimé le "général" Basuo.
   
La péninsule de Bakassi (1.000 km2), dont les eaux sont potentiellement riches en pétrole et en gaz, est une région de mangrove instable dans le delta du fleuve Niger, où de nombreux groupes armés sont actifs. Elle a été rétrocédée au Cameroun par le Nigeria le 14 août, après quinze ans d'un différend frontalier.
   
Les populations qui y vivent sont très pauvres et les équipements sont sommaires: pas de routes, de réseau électrique, peu d'eau courante, peu de centres de santé et d'écoles.
   
"Nous agissons comme des gens qui veulent protester et qui protestent. (La fin de cette affaire) n'a rien réglé. La situation est encore mauvaise", a poursuivi le "général" Basuo.
   
Le "commandant" Dari lui menace: "Il n'y pas le temps. Si les conditions des gens de Bakassi ne changent pas, je continuerai à me battre".
 

Première publication : 12/11/2008

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