L’industrie du disque souffre du piratage sur le Net. En 2007, 4 milliards de fichiers ont été piratés et les ventes de CD ont chuté de 50%, en cinq ans, dans le monde. Dans ce contexte fragilisé, certains parviennent pourtant à tirer leur épingle du jeu.
A 29 ans, Grégoire est Disque d’Or, seulement quelques semaines après la sortie de son premier album "Toi + Moi". Il est le premier artiste en France à avoir été produit par son public, grâce au site participatif, My Major Company.
L’idée de départ est de se servir de l’interaction avec les internautes pour tirer profit des évolutions du marché musical.
En un an seulement, les quatre co-fondateurs de ce site transforment leur premier essai en coup de maître. Ils proposent aux internautes d’écouter une vingtaine d’artistes sur lesquels ils peuvent miser - entre 10 et 1 000 euros -, devenant ainsi l’un de leurs futurs producteurs. Dès que la cagnotte d’un artiste atteint 70 000 euros, les fondateurs de cette major ajoutent 30 000 euros supplémentaires. Trois mois plus tard, l’album est réalisé et distribué.
Sur les 100 000 euros nécessaires pour produire un artiste, My Major Company en finance donc, en moyenne ,le tiers ; avec un risque moindre que dans les maisons de productions « classiques », puisque l’interprète a déjà un public.
Grégoire est le premier à avoir été produit par 347 internautes ; le bouche a oreille s’est rapidement transformé en buzz. Trois semaines après sa sortie, les ventes de son album dépassent 75 000 exemplaires.
Les internautes qui ont misé sur lui se partagent 30% des revenus - au prorata de leur mise de départ -, dès la barre des 45 000 albums vendus atteinte. Autant dire que ces producteurs en herbe ont eu une bonne oreille. Michael Goldman, l’un des fondateurs de ce label communautaire, parle « d’un système de production nouveau et vertueux qui devrait se généraliser puisqu’il limite le risque au lancement d’un artiste ». Désormais internaute, producteur et public ne font qu’un.
Ce nouveau modèle de production résonne comme une alternative au sinistre du marché du disque et fait ses preuves également en Allemagne où le site Sellaband a déjà produit 25 artistes depuis 2005.
Un dialogue direct entre l’artiste et son public
Ce système de production novateur est inspiré des Etats-Unis, où le site Artist Share existe depuis 2003. Ce site permet aux fans de faire part de leur appréciation en finançant leur projet d’enregistrement, en échange d’un accès au processus de création. Moyennant la somme de 1 000 dollars, les internautes deviennent « Gold participants » et peuvent assister aux sessions d’enregistrement de l’artiste qu’ils on choisi. De plus, leur nom figure parmi les crédits inscrits sur la pochette de l’album auquel ils ont participé en termes de production. La somme déboursée par ces internautes actifs est directement utilisée pour créer l’album de l’artsite. L’internaute établit une relation privilégiée avec l’interprète de son choix et peut télécharger des morceaux exclusifs - en plus d’avoir accès à des interviews, des photos inédites et des vidéos.
Ici encore, ce système inédit remporte un vif succès. Depuis 2005, pas une des cérémonies des Grammy Awards ne s’est déroulée sans nominer et récompenser au moins l’un des artistes produits par le site.
Maria Schneider est une compositrice américaine. Entre 1995 et 2003, ses trois albums jazz ont été nominés aux Grammy. Mais c’est seulement en 2004 qu’elle sera récompensée pour son album « Concert in the Garden », financé grâce à Artist Share. Avec ce système, l’artiste a récolté 85 000 dollars et ainsi pu enregistrer son album. Brian Camelio, le fondateur du site, explique qu’il a été inspiré par les soirées traditionnelles de danse africaines pendant lesquelles le public jette des pièces sur scène pour exprimer son engouement. Pour lui, cette façon spontanée de témoigner son enthousiasme pour les artistes devait être conjuguée à la technologie et à un nouveau profil économique.
Aujourd’hui, l’offre du site américain s’est élargie, puisqu’elle permet maintenant aux internautes d’éditer des auteurs et de produire des réalisateurs de cinéma. Ces sites participatifs ne fuient pas la technologie, qui cause la chutes des uns ou, au contraire, l'embrasse et crée de nouveaux artistes.


























Commentaires
musique face à la crise
tout simplement bravo à tous ceux qui inventent et qui croit à un autre monde, avec la musique en plus !
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