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Des centaines de Maliens sont expulsés de Libye

Texte par AFP

Dernière modification : 14/11/2008

Environ 280 migrants maliens ont été expulsés de Libye et sont arrivés à Bamako, jeudi. Ils devraient bientôt être près de 400 à connaître le même sort, une conséquence du durcissement de la politique de Tripoli envers les clandestins.

Quelque 280 migrants maliens ont été expulsés jeudi de Libye, pays militant pourtant activement pour les "Etats-Unis d'Afrique", nombre d'entre eux exprimant à leur arrivée à Bamako leur amertume et leur colère et affirmant avoir été victimes de mauvais traitements.
  
"On parle d'unité africaine, de la Libye qui aime les Africains. C'est faux, c'est archi-faux", martèle Mohamed Diané, arrêté dans le sud de la Libye.
  
"Les Libyens sont très racistes. Moi, j'ai tout perdu dans ce pays, mon argent, mes vêtements. Je ne conseille à personne d'aller dans ce pays", explique-t-il.
  
"J'ai fait onze mois en prison. On m'a arrêté en plein Tripoli alors que j'avais mon passeport avec un visa", déplore Oumar, 15 ans. Comme lui, ses collègues ont fait un séjour, plus ou moins long, dans les prisons libyennes avant d'être expulsés.
  
L'adolescent affirme avoir été, avec "d'autres Africains", victime de "tortures" en prison. "Chaque matin, notre premier repas, c'était les coups de de bâton. On nous frappait systématiquement", assure-t-il.
  
Parmi les Maliens expulsés, certains travaillaient illégalement en Libye, riche Etat pétrolier, d'autres voulaient émigrer en Europe.
  
Un premier convoi de Maliens expulsés est arrivé dans la nuit de mercredi à jeudi par vol spécial et 140 autres sont arrivés jeudi à la mi-journée, selon une source aéroportuaire.
  
"Au total, ce sont 420 ressortissants maliens qui sont concernés par cette mesure d'expulsion. Nous attendons les autres" dans les prochaines 24 heures, a déclaré une source proche du ministère malien de l'Intégration africaine.
  
"Je voulais partir en Europe. Mais ce n'est pas une raison pour me traiter comme ça", renchérit Amadou, qui a été arrêté alors qu'il tentait d'aller en Italie via la Libye, important point de transit vers le sud de l'Europe.
  
"Je suis resté comme un voleur en prison pendant six mois. On me donnait un peu de pain et de la sardine à manger. Rien d'autre. Il y a aujourd'hui des centaines, mêmes des milliers d'Africains en prison en Libye", affirme-t-il.
  
Omar, un autre expulsé, ne tentera plus de passer par la Libye pour gagner l'Europe: "Il vaut mieux tenter sa chance de partir autrement et ailleurs. Par la Libye, ce n'est pas la peine. C'est trop dur, trop dur! Et si on t'attrappe, tu es foutu!".
  
Dans les discours officiels, la Libye du colonel Mouammar Kadhafi tient un discours très pan-africaniste en faveur de la constitution des "Etats-Unis d'Afrique" et la mise en place rapide d'un "gouvernement africain". Mais la Libye se plaint aussi d'être devenue un pays attirant tous les déshérités.
  
En février, Tripoli a encore durci sa politique contre les émigrés clandestins, notamment envers les Africains venus du sud du Sahara. Ses voisins méridionaux comme le Mali et le Niger, en grande partie désertiques, comptent parmi les pays les plus pauvres du monde.
  
"Nous dénonçons avec la dernière vigueur les mauvais traitements infligés en Libye aux ressortissants maliens finalement expulsés vers Bamako", a déclaré jeudi à l'AFP Mamadou Kéita, membre de l'Association malienne des expulsés (AME), la plus importante association locale qui porte secours aux maliens expulsés d'autres pays.
  
"C'est inadmissible", a renchéri le président de l'Association malienne de défense des droits de l'Homme (AMDH), Ibrahima Koné. "On ne peut pas se réclamer du panafricanisme, et traiter des Africains de cette manière. Nous condamnons les mauvais traitements physiques infligés aux Maliens".
  
M. Koné a réclamé l'ouverture d'une enquête. "Je trouve aussi inquiétant le silence du gouvernement malien sur la question. Il faut qu'il s'exprime. Il y a eu des témoignages des expulsés", a-t-il poursuivi.

Première publication : 14/11/2008

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