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Des milliers de réfugiés hors de portée des humanitaires

©

Vidéo par Marlène RABAUD , Arnaud ZAJTMAN

Texte par AFP

Dernière modification : 16/11/2008

L'assistance humanitaire censée porter secours aux dizaines de milliers de civils fuyant les combats entre l'armée et les rebelles de Laurent Nkunda dans le Nord-Kivu n'ont pas accès aux zones dont les besoins sont les plus urgents.

Des dizaines de milliers de personnes qui ont fui les affrontements dans l'est de la République démocratique du Congo sont hors de portée des humanitaires, dont le travail est entravé par l'insécurité et compliqué par les mouvements permanents de déplacés au gré des combats.
   
"On a suffisamment d'aide, mais aujourd'hui, le problème c'est l'accès" à des dizaines de milliers de déplacés, explique à l'AFP Christophe Illemassene, chargé d'information du Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha).
   
A cause de l'insécurité permanente, "il y a des trous noirs, des endroits où on n'a pas accès" dans la province du Nord-Kivu, où les combats entre rebelles de Laurent Nkunda et l'armée ont repris depuis fin août et provoqué le déplacement de plus de 250.000 personnes.
   
Les humanitaires hésitent à intervenir dans ces zones car ils sont eux-mêmes visés par ces violences: 21 agressions contre des humanitaires ont été recensées dans le Nord-Kivu depuis fin août, selon Ocha.
   
"Il y a beaucoup d'ONG à Goma (capitale du Nord-Kivu), mais l'aide n'arrive pas dans les zones les plus touchées, où il y a énormément de besoins", ajoute un responsable de Médecins sans frontières (MSF) dans la région, François Dumont.
   
"Des personnes dorment à la belle étoile avec des bébés. Il fait froid la nuit et c'est la saison des pluies", ajoute Olga Miltcheva du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). "Les gens ont fui à la hâte, ils n'ont pas de biens essentiels", comme des couvertures, des ustensiles de cuisine, de l'eau potable.
   
Le plus gros trou noir humanitaire est aujourd'hui la région de Kanyabayonga, située à environ 100 km au nord de Goma et qui a été le théâtre cette semaine de pillages et exactions commis par des soldats de l'armée régulière.
   
La majorité des humanitaires "s'est retirée de la zone" depuis plusieurs jours, explique M. Illemassene.
   
Résultat, à Kayna, 15 km plus au nord, "le stock de vivres est complètement épuisé" dans un centre de nutrition thérapeutique, selon Ocha.
   
A Bambu (80 km au nord de Goma), 25.000 personnes qui ont trouvé refuge près d'une petite base de la Mission des Nations unies en RDC (Monuc) sont sans assistance humanitaire.
   
"Trois enfants sont morts" dans ce camp improvisé, selon le porte-parole militaire de la Monuc, le lieutenant-colonel Jean-Paul Dietrich, ajoutant que la base de la Monuc est à court de médicaments.
   
Dans les alentours, des centres de santé ont été pillés, d'autres ne reçoivent plus de médicaments, alors qu'un millier de cas de choléra ont été enregistrés dans le Nord-Kivu en octobre.
   
Plus au sud, dans la zone contrôlée par les rebelles entre Goma et Rutshuru, distantes d'environ 75 km, les humanitaires commencent à peine à pouvoir retravailler après une interruption de près de deux semaines.
   
Le Programme alimentaire mondial (PAM) a débuté vendredi la première distribution massive de nourriture à Rutshuru depuis fin octobre. L'objectif est d'atteindre 12.000 déplacés.
   
Mais, reconnaît Ocha, beaucoup de personnes dans le besoin ne vont pas recevoir de quoi manger car elles "se cachent en brousse et bougent au gré des combats". Pour les soins, MSF rencontre le même problème dans la région car "les populations sont très mouvantes".
   
C'est en périphérie de Goma, où se sont réfugiés des dizaines de milliers de personnes, que les humanitaires sont les plus présents. Mais là encore leur travail est compliqué par l'insécurité.
   
Les camps de Kibati, qui accueillent environ 65.000 personnes et ont triplé de volume depuis le 25 octobre selon le CICR, "se trouvent dans un no man's land" à proximité de la ligne de front, note M. Illemassene. Le 7 novembre, des combats ont éclaté dans les alentours, le PAM qui débutait une distribution a dû plier bagage précipitamment.
   
Les déplacés qui le souhaitent doivent être transférés cette semaine dans un camp en construction plus éloigné du front.
 

Première publication : 15/11/2008

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