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Le procès Politkovskaïa s'est ouvert

Vidéo par Karim YAHIAOUI

Texte par Clea CAULCUTT

Dernière modification : 19/11/2008

Le procès de trois personnes, soupçonnées d'être impliquées dans l'assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa, reprend ce lundi. Ni le tireur ni les commanditaires du meurtre n’ont été identifiés à ce jour.

Seulement trois suspects seront à la barre, le 17 novembre, et jugés pour le meurtre d’Anna Politkovskaïa, la journaliste russe dont le travail sur la Tchétchénie et les violations des droits de l’Homme l’ont rendue célèbre dans le monde entier.

 

Anna Politkovskaïa, fervente opposante au régime de l'ancien président russe - et désormais Premier ministre - Vladimir Poutine, a été tuée dans l’ascenseur de son appartement moscovite, en octobre 2006. Son assassinat, qui symbolise l’érosion des libertés civiles en Russie, avait choqué l’opinion. Deux frères tchétchènes, Dzhabrail et Ibragim Makhmudov, sont soupçonnés d'avoir organisé sa surveillance avec l’aide technique d’un ancien officier de police, Sergei Khadzhikurbanov.

 

Tous les trois clament leur innocence. Ni l’auteur du coup de feu ni les commanditaires de l’attentat n’ont encore été identifiés à ce jour.

 

Le procès a débuté devant un tribunal militaire de Moscou, le 15 octobre, avant d'être finalement ajourné au 17 novembre afin de laisser le temps à la cour de constituer un jury.

 

Le juge Evguéni Zoubov a accédé à la demande répétée des avocats de la défense et de la famille de la victime de le rendre public. Le juge a toutefois menacé de prononcer le huis clos "si des jurés dénoncent des pressions exercées sur eux", a-t-il déclaré.

 

Les autorités n’ont aucun intérêt à voir ce procès très politique se dérouler en public car des membres de la police et des services secrets sont impliqués, pensent certains. Pavel Ryaguzov, un officier des Services de sécurité fédéraux (FSB), l’agence d’espionnage ayant succédé au KGB à la fin de la guerre froide, a également été mis en accusation. Il n’est plus considéré comme suspect, mais doit comparaître à la cour.

 

Des absents sur le banc des accusés

 

Le Kremlin était irrité par les nombreux articles d’Anna Politkovskaïa détaillant les multiples violations de droits de l’Homme ayant cours dans la région tchétchène. La correspondante de la Novaïa Gazeta prenait de gros risques pour entrer dans les zones de combat et avait reçu de nombreuses menaces de mort à Moscou.

 

Pour beaucoup, la mort de Politkovskaïa serait le résultat d’un meurtre commandité. Son fils confiait le 15 octobre à la presse “son espoir que les responsables de ce crime et ses auteurs soient trouvés."

 

L’homme soupçonné d’avoir tiré sur Politkovskaïa, Rustam Makhmudov, a jusqu'ici échappé à toutes les tentatives d’arrestation. Les deux ressortissants tchéchènes sur le banc des accusés sont ses frères. Mais de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer le déroulement de l’enquête, accusant les autorités de ne pas avoir révélé qui était derrière l’assassinat.

 

Tentative d’empoisonnement sur une avocate ?

 

Le procès est d’ores et déjà mal engagé. L’avocate Karinna Moskalenko, spécialiste des droits de l’Homme et l’un des conseillers de la famille Politkovskaïa, a manqué l’audience préliminaire du 15 octobre, car elle et sa famille étaient retenues en France afin de suivre des examens médicaux à la suite d’une possible intoxication au mercure.

 

Deux jours auparavant, Moskalenko avait annoncé qu’elle avait trouvé une substance ressemblant à du mercure dans sa voiture. Dans une interview accordée à FRANCE 24, elle avait expliqué qu’après cette découverte elle ne serait pas en mesure d’assister à l’audience à Moscou.

 

L’enquête française avait plus tard conclu que la substance trouvée dans la voiture de l’avocate n’était pas toxique. Moskalenko se rend fréquemment à Strasbourg, où elle travaille en collaboration avec la Cour européenne des droits de l’Homme.

 

Première publication : 17/11/2008

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